5 juin 2008

La complainte de l’expat’

Si vous connaissez un expatrié, ou ex-expatrié, vous avez probablement entendu ce genre de remarque: "les XYZ sont durs à se faire comme amis", ou "les XYZ ils ne parlent pas beaucoup culture/histoire/politique", en remplaçant bien sûr le "XYZ" par la nationalité concernée (si vous n’avez jamais entendu un expat’ faire ce genre d’affirmation, vous avez bien de la chance). Dans notre cas, il s’agit donc des Canadiens.

Les Canadiens sont durs à se faire comme amis

D’abord, on n’abordera pas la question de savoir si vous êtes quelqu’un d’intéressant, sociable, et qui ne sent pas mauvais de la bouche. Mais brossez-vous bien les dents quand même, on ne sait jamais. Ensuite, on peut se demander comment on définit un ami… est-ce quelqu’un que l’on voit en dehors du travail ou de l’activité à travers laquelle on l’a originalement rencontré? Est-ce quelqu’un que l’on a comme ami sous Facebook? Est-ce quelqu’un avec qui on s’entend tout simplement bien?

Pour des gens de la tranche d’âge 25-35 ans, la majorité des amis sont issus des études (université, lycée, et même collège et école primaire si vous avez gardé contact toutes ces décennies). Ce sont des gens qui étaient dans votre classe ou promo, vos colocataires, ou des membres des mêmes activités étudiantes (clubs de sport, de musique, de cuisine, de reconstitution historique de la bataille de Mouveaux en Bouillonne, etc.). Se faire des amis dans la salle de classe est nettement plus facile et rapide que de se faire des amis dans la salle de réunion de votre boulot actuel. Dans les deux cas, pourtant, on se fait chier et on a pas envie de suivre ce que raconte le gars au tableau, mais c’est seulement dans le premier cas qu’il est possible de discuter avec ses voisins impunément depuis le fond de la pièce. Au bureau, on ne peut que se contenter de faire des gribouillis sur son carnet de notes, ou jouer au bullshit bingo.

La socialisation au travail est pourtant très différente entre la France et le Canada, et on reviendra sur le sujet un jour. Mais dans les deux cas, quelqu’un aura-t-il été au cinéma ou au restaurant avec ce gars qui est arrivé d’Ukraine il y a 6 mois? Probablement pas. La socialisation sera restée dans le cadre du bureau, autour du déjeuner de midi ou de la pause café. J’ai pu voir ce genre de situation dans les deux pays avec, heureusement, des exceptions (sinon, le gars repartirait dégoûté en Ukraine).

Les expatriés qui font les remarques du genre "c’est dur d’être ami avec les Canadiens" ont souvent tendance à croire qu’ils peuvent se reconstruire en moins d’un ou deux ans un cercle d’amis similaire à ce qu’ils avaient en France, et qui leur avait pris 10 ou 15 ans à bâtir sans les barrières culturelle et de la langue. Inversement, les indigènes ont déjà leur cercle d’amis bien établi. Vous êtes dans la même situation que l’Ukrainien sus-cité. Vous débarquez, vous ne connaissez pas grand monde, et vous cherchez à vous reconstruire un réseau. Les Canadiens et immigrés de longue date affichant déjà complet dans leur emploi du temps social, les expatriés se retrouvent statistiquement plus souvent entre eux. D’autant plus que l’on est dans la tranche d’âge où les gens déjà bien installés sont soudainement occupés par leur premier enfant, limitant encore plus leur temps libre.

Le plus facile est alors d’entrer en contact avec des expatriés Français puisque vous aurez immédiatement plein de points communs avec eux (principalement: râler sur la France, râler sur le Canada, et s’échanger des addresses pour acheter du fromage qui pue). Un travers courant chez les expatriés est ainsi de rejoindre la communauté Française la plus proche et d’y rester, n’ayant que peu d’amis non-Français, mais ne se gênant pas pour râler à propos de la sociabilité des autres nationalités.

Bref, j’espère que je ne viens pas de vous apprendre que s’intégrer dans un pays et se faire de nouveaux amis sont des procédés qui prennent du temps. Les outils indispensables pour cela sont ici Craigslist et Facebook, pour (re)trouver des groupes ou activités qui vous permettront de rencontrer des gens (clubs de sport, de musique, de cuisine, de reconstitution historique de la bataille de Mouveaux en Bouillonne, etc.).

Les Canadiens ne parlent pas culture/histoire/politique

Ma seule explication pour ce genre de remarque, par contre, est simplement la barrière de la langue. Difficile pour un anglophone d’engager, ou maintenir, une conversation soutenue sur l’histoire des Croisades s’il ne comprend pas la moitié de ce que vous baragouinez (et qu’il est trop poli pour vous le dire).

Evidemment, comme en France, les 3/4 des gens ne sont juste pas intéressés par ces sujets, préférant lire le DaVinci Code et regarder Canadian Idol/La Nouvelle Star (ouais, je fais mon réac’ si je veux, c’est mon blog). Mais jusqu’à présent, j’ai trouvé qu’il était par exemple très facile d’engager la plupart des Canadiens sur le sujet de la politique Canadienne ou Américaine. Un nombre étonnant d’entre eux ont suivi, au moins de loin, les élections Françaises. Et ce qui est bienvenu, c’est qu’ils ont chacun leur propre opinion. On est loin des discussions politiques Françaises où les gens regurgitent la moitié du temps ce que les Guignols ont raconté la semaine d’avant, ou évitent totalement le sujet en jouant la carte du réactionnaire cynique.

Une autre différence est que les Canadiens sont beaucoup plus éduqués sur le plan économique. Dans un pays où les lois du marché sont plus présentes, où le seul voisin est les Etats-Unis, et où la paperasse pour la banque ou les impôts est deux fois plus compliquée, il est très courant d’assister à des discussions sur le cours du loonie, sur le NASDAQ, ou sur les conséquences des dernières nouvelles américaines ou (dans une moindre mesure) européennes.

Sur le plan historique, par contre, il est probable qu’un Européen moyen est plus éduqué q’un Canadien moyen, tout simplement parce que l’Histoire (avec un grand H s’il vout plaît) occupe une part plus importante de notre culture et de notre identité, ce qui se retranscrit, par exemple, sur les programmes scolaires.

De toutes façons, il est indéniable que les Canadiens n’ont pas grand chose de local à se mettre sous la dent qui remonte plus loin que le 18ème siècle. En plus, un pionnier, ça prend du temps à construire des maisons et labourer des champs, donc il ne se passe pas beaucoup de trucs super intéressants. Du coup, on constate deux tendances. La première est de s’intéresser plutôt, au choix, à l’histoire de l’Europe, de l’Afrique, ou de l’Asie. C’est assez peu commun. Les nord-Américains se contentent d’avoir les yeux qui brillent quand on parle de Paris ou Barcelone ou Amsterdam, mais n’y connaissent pas grand chose, à part ceux qui y ont été en vacances. La deuxième tendance est de connaitre en détail l’histoire nord-Américaine du 20ème siècle. Je trouve que ce deuxième type de connaissance est assez intéressant car elle permet de mieux comprendre la direction actuelle du pays. En Europe, les gens qui s’intéressent à l’histoire se focalisent généralement sur des périodes lointaines qui, si elles sont souvent passionnantes, ne permettent pas vraiment d’expliquer le problème des banlieues.

 

Bref, voilà mon avis sur la complainte de l’expat’. Je suis sûr que certains ne seront pas d’accord, donc déchaînez-vous dans les commentaires! (je m’en fous, je peux les censurer, mouah ha ha)

6 janvier 2008

Bonne année, mais pas nécessairement pour tout le monde

Après mon article sur les grosses affaires vancouverites pas joyeuses du moment, je me suis dit que je pourrais bien parler des problèmes locaux plus courants. Déjà, ça vous changera de mes photos traffiquées pour vous faire croire que le ciel est toujours bleu à Vancouver. Ensuite, ça vous gâchera votre euphorie de la nouvelle année. Et puis ça vous changera de la routine habituelle des syndicats et des grèves, de l’Europe, des banlieues, du chomâge, du trou de la sécu, de la gauche, de la droite, du milieu, et autres rangaines socio-politiques françaises. Enfin, ça vous permettra de savoir, en contrepartie, quelles sont les rangaines d’ici.

Contrairement à ce que les mauvaises langues diront, la pluie n’est pas le problème numéro 1 à Vancouver (comme le prouvent mes photos avec des ciels bleus, donc), mais bien les sans-abris et la drogue. Oui, je sais, ça fait théoriquement deux problèmes, mais les deux sont souvent étroitement liés. D’ailleurs, ils sont tous les deux bien correctement rangés dans le Downtown Eastside, situé juste derrière Chinatown et Gastown. D’après certains, c’est carrément le quartier le plus pauvre de tout le Canada (Wouhouh! Allez Vancouver!). Et quand je dis "correctement rangé", c’est vraiment le cas: 2 pâtés de maison avant d’y rentrer, on est encore dans des endroits branchés remplis de gens riches et bien portants. On a vraiment l’impression de traverser un portail inter-dimensionnel, par endroits.

Sans abri

(remarquez au passage l’utilisation judicieuse de filtres de couleur pour faire passer ce qui est probablement un ingénieur d’IBM aux goûts vestimentaires douteux pour un pauvre SDF… c’est ça, la magie des images)

Historiquement, toutes les villes olympiques ont eu un problème avec les sans-abris, car il s’agit de faire bonne figure pour les touristes et les caméras. De Londres à Atlanta en passant par Sydney ou Pékin, seule la méthode change: certains offrent gracieusement un billet de bus pour envoyer les clochards en grande banlieue, d’autres les font fuir en utilisant la police pour faire pression. Les plus gentils ouvrent des foyers d’acceuil, mais prennent bien soin de les placer le plus loin possible. Vancouver ne devrait normalement pas échapper à la règle, mais le problème y est un peu plus complexe.

Piccadilly Pub

Au début des années 90, le Canada était dans une situation économique très difficile, et a été redressé par des coupes budgétaires, un remboursement systématique de la dette nationale1, et diverses autres initiatives issues de gouvernements libérals et social-démocrates. Si l’économie canadienne a très bien récupéré depuis, la théorie selon laquelle la croissance du pays bénéficierait à tout le monde a été infirmée par les inégalités dans les différents secteurs. Ces inégalités ne sont pas significativement pires que dans les autres pays occidentaux, mais particulièrement décriées ici, probablement parce qu’elles incluent par dessus le marché les problèmes d’exclusion des personnes d’origines aborigènes (dont on parlera dans un futur article sur les autres problèmes courants du coin).

Lentement

Les problèmes spécifiquement vancouverois s’ajoutent ensuite aux problèms nationaux. Par exemple, le développement fulgurant de la ville dans certains secteurs (nouvelles technologies et construction, entre autres) aggravent les problèmes d’inégalité mentionnés précédemment. Les nouvelles constructions, les rénovations, les modifications du réseau de transport public, et tous les autres aménagements prévus pour 2010, qu’ils soient à l’initiative de la municipalité ou de compagnies privées, galvanisent le marché immobilier déjà bien en forme grâce, entre autres, aux taux d’emprunt historiquement bas similaires à ce qu’on a connu en France ces quelques dernières années.

Un cas courant est ainsi celui où un établissement change de main pour être rénové, réhabilité, voire démoli pour faire place à des logements de meilleure qualité. Les occupants doivent alors trouver une autre habitation, et peuvent se retrouver devant un dilemme budgétaire où toit et nourriture ne peuvent plus cohabiter. Car dans une situation finalement très similaire à certaines région de France, la montée des prix a dépassé la montée des salaires2, et ne pas pouvoir se payer un appartement, même dans les locations à bas prix, est l’une des principales raisons pour rester à la rue. Selon les endroits, on peut trouver jusqu’à un tiers de SDFs qui ont, en fait, un emploi qui les occupe au moins 30h par semaine. Mais l’emploi ne fait généralement pas long feu à partir de là.

Cuban Cigars

Evidemment, la drogue et les maladies (mentales ou physiques) jouent toujours un rôle important. Sur le plan de la drogue, les Triades, la mafia chinoise, seraient assez actifs dans le coin, rapport au fait que Vancouver est un important port de la côte Pacifique, et le principal accès au territoire canadien depuis l’Asie. Enfin j’ai pas fait un enquête approfondie sur le sujet, hein, remarquez, et comme j’ai pas envie de perdre un doigt, j’irai pas infiltrer les clubs de East Hastings juste pour vos beaux yeux. Mais toujours est-il que le traffic de drogues dures, et plus particulièrement l’héroïne, est important, et touche beaucoup de monde. Vancouver ouvrait ainsi en 2003, et dans le Downtown Eastside, justement, des sites d’injection supervisée (Les premiers d’amérique du nord! Wouhouh! Allez Vancouver!) pour tenter de limiter les problèmes annexes liés à la drogue (principalement la transmission de maladies comme le SIDA par les seringues).

Drugs

On estime entre 2000 et 2300 le nombre de SDFs à Vancouver, ce qui est, en pourcentage de population totale, assez similaire à Paris où les estimations oscillent entre 8000 et 12000. Mais c’est la tendance qui est le problème ici, puisqu’à moins d’une inflection, on dépassera les 3000 sans-abris pour les Jeux Olympiques de 2010. Oui, ça augmente vite. Wouhouh! Allez Vancouver!

Petit vélo

Diverses organisations et associations oeuvrent pour l’amélioration des conditions de vie dans le Downtown Eastside, et pour les gens démunis en général, et il y a pas mal d’attention et d’attentes sur ce que le maire va mettre en place pour régler le problème… mais faudra pas rêver non plus.

Voilà, j’espère que ça vous intéresse, tout ça, et si j’ai dit des conneries (vous savez ce que c’est, la recherche d’infos sur internet…), n’hésitez pas à poster des rectifications dans les commentaires.

Cash

Allez, maintenant que j’ai un nouvel objectif avec un gros zoom (merci Papa Noël… à savoir moi-même), il faudra que j’y retourne pour vous faire de meilleures photos du quartier.

1 Le Canada est l’un des rares pays développés à avoir une dette en baisse et peu, voire pas du tout, de dépassement de son budget fédéral chaque année.

2 Pour vous faire une idée très vague des prix vancouvérois, il faut compter 6000$ (soit 4000€) par mètre carré en centre ville. En comparaison, le prix moyen du mètre carré sur Paris est à un peu plus de 6300€. Cela n’empêche pas les canadiens d’être choqués par les prix de Vancouver qui est maintenant la ville la plus chère du pays en terme de logement (Wouhou! Allez Vancouver!). Il y a quelques années, les provinces de l’est, avec Toronto et Montréal comme villes principales, dominaient le marché, mais le développement des provinces de l’ouest a propulsé Vancouver, Calgary, Edmonton et même Saskatoon vers le haut, parfois de manière totalement obscène, du genre des prix littéralement 2 fois plus cher ici (faut dire qu’on a la ville la plus mieux bien, aussi… Wouhouh! Allez Vancouver!). L’arrivée de nombreux immigrants avec leurs poches pleines d’argent tout neuf n’a pas amélioré la situation, alors que le marché québecois ou ontarien restait relativement sage. De toutes façons, le mieux, c’est d’investir à Iqaluit, une super ville où l’aéroport est plus grand que la ville elle-même.

17 octobre 2007

This is the end

Ceux qui se rappellent de la grève à Vancouver, ainsi que ceux qui vivent à Vancouver, seront heureux de savoir qu’elle est presque finie. La semaine dernière, CUPE 15 acceptait les offres de la mairie. Cette semaine, c’est le tour de CUPE 1004, dont font partie les éboueurs. Ca veut dire qu’il ne reste plus que CUPE 391 en grève… la bibliothèque municipale restera donc fermée encore quelques temps.

18 septembre 2007

Tout comme à la maison

Histoire de pas dépayser les français, et plus particulièrement les parisiens, les employés du service public de Vancouver organisent depuis plus de 8 semaines une grande opération urbaine: la grève. Oui oui, vous lisez bien, les fonctionnaires vancouverois sont en grève depuis 2 mois.

Ca veut dire que les Community Centres (pour faire du sport entre autres) sont clos, que certains parcs et aires de divertissement sont fermés (ou au mieux non entretenus), que divers services municipaux sont indisponibles (comme par exemple la bibliothèque municipale), et, cerise sur le gâteau, que le ramassage des ordures ne se fait pas.

Mais remettons tout ça dans son contexte, d’abord.

Au Canada, il n’y a virtuellement qu’un seul syndicat pour les fonctionnaires: CUPE (pour « Canadian Union of Public Employees« , ou SCFP, pour « Syndicat Canadien de la Fonction Publique » dans les parties francophones du pays). Avec un logo qui fleure bon la SNCF des années 80, on imagine bien un moustachu bedonnant et cinquantenaire, porte voix à la main, en train d’insulter un quelconque membre du gouvernement, alors que la fumée des saucisses grillées s’élève de la tente où sa femme et son beau frère distribuent des tracts… …finalement, j’ai presque raison (c’est le présdient de CUPE B.C., lui).

Mais bon, revenons à nos moutons contextuels. En 2003, le taux de syndiqués au canada tournait autour des 35%, avec un fulgurant 73% pour la fonction publique (merci Statistics Canada). Comparativement, en France, d’après ce que j’ai pu trouver, il y a en moyenne moins de 10% de syndiqués (entre 5% et 8% selon les sources). Et pour le syndicalisme dans la fonction publique française, si y’en a qui peuvent me donner des chiffres avec leurs sources, ça m’arrangerait parce que je trouve des études qui se contredisent entre elles, et qui contredisent les chiffres avancés par les syndicats… m’enfin bref, de toutes façons, il est clair que la France fait partie des pays les moins syndiqués comparés au reste de l’Europe ou à l’Amérique. Les syndicats français sont également notablement idiosyncrasiques. Par exemple, ils obtiennent leurs revendications pour tout le monde (le bon vieux « on fait ça aussi pour vous autres!« ), alors qu’ici (et bon nombre d’autres pays) les négociations ne concernent que les gens syndiqués dans l’organisation concernée.

CUPE est organisé en tout un tas de « locaux » à travers le pays. Par exemple, CUPE Local 15 concerne les employés municipaux de Vancouver reliés aux services communautaires ou à l’éducation, alors que CUPE Local 391 représente les employés des bibliothèques municipales. Chaque local est représenté au niveau provincial et national, mais garde son organisation interne propre, soit un système décentralisé qui ressemble à la façon dont marche le pays lui-même. Ainsi, par exemple, CUPE 391 a rejoint la grève 2 semaines après les autres locaux de la région.

Mais pourquoi ils font la grève, alors? Déjà, avec les Jeux Olympiques, et une promesse en jeu de ne pas faire de remous avec, oh, je sais pas moi, une grève, par exemple, les salariés sont théoriquement en position de force pour négocier des avantages. Mais ça n’est pas dans les habitudes locales de faire grève à la légère. Il s’agit ici (d’après les syndicats) d’accumulations d’inégalités, de promesses non-tenues, et autres complaintes habituelles. Ainsi, sont en jeu, entre autres, l’amélioration des couvertures sociales, l’égalité des paies entre hommes et femmes, la sécurité de l’emploi, et bien sûr l’augmentation des salaires.

Le problème, c’est que si les négociations ont abouti dans certaines banlieues comme North Vancouver, Vancouver même, ainsi que certaines autres villes avoisinantes, reste bloquée. Comme on peut s’en douter, la mairie et CUPE se pointent tous les deux du doigt en dénonçant un refus de négocier de la part de l’autre. Des offres similaires à celles qui ont satisfait les locaux qui ont stoppé la grève n’ont pas suffi, et les grevistes semblent déterminés à obtenir plus d’engagements de la part de la mairie.

Mais si la mobilisation est massive, vous ne verrez pas 2000 personnes dans la rue en train de bloquer la circulation. La grève à la canadienne se fait de manière posée, avec un petit tabouret, quelques pancartes, et un café chaud à la main. La grande majorité des grevistes restent autour de leur lieu de travail afin de sensibiliser les passants à la situation. Pour ceux qui se posent la question, les 10 premiers jours de grève ne sont pas payés, et sont uniquement couverts par CUPE. Après, un pécule gouvernemental s’ajoute. Le tout est détaillé sur le site de CUPE.

Si vous voulez vous amuser, il est rigolo de comparer les 2 versions de l’histoire, d’après CUPE d’un côté, et Sam Sullivan de l’autre. Le site de la ville présente un détail des offres. Vous pouvez aussi en profiter pour aller lire une nouvelle venue dans l’univers des bloggeurs francouverois, qui vient de débarquer de sa bretagne natale. Bah, au moins il fait beau, elle peut pas totalement se plaindre.

Pour l’instant, pas d’espoir de fin de grève à l’horizon, ce qui plait sûrement beaucoup aux entreprises privées de ramassage d’ordures qui font leurs choux gras depuis quelques semaines…

16 juillet 2007

Le jeu des différences pas importantes: comment se la péter sur les plaques d’immatriculation

Les plaques d’immatriculation canadiennes font toutes figurer un petit slogan provincial, écrit au dessus ou en dessous du numéro d’immatriculation de la voiture. Et parce qu’ici, on sait se la péter1, on a droit à « Beautiful British Columbia » (« Magnifique British Columbia« ). Mais c’est encore rien face au deuxième slogan du coin, visible sur le site du gouvernement provincial: « The Best Place On Earth » (« Le Meilleur Endroit Au Monde« ). Si vous êtes pas convaincus, vous pouvez toujours prendre une petite cigarette qui faire rigoler, ça vous permettra de mieux vous rendre compte2.

Un détail intéressant est la plaque québecoise. Au moment où la grande majorité des provinces commençait à ajouter un slogan à leurs plaques (au début des années 60), le québec optait pour « La Belle Province » (eux aussi ils savent se la péter). Mais ils changent d’avis en 78, suite à l’arrivée au pouvoir du Parti Québécois3 (favorable à la souveraineté du Québec, et donc une manière nettement plus sérieuse de se la péter). Depuis, le slogan officiel est l’énigmatique « Je me souviens« . Enigmatique, donc, car personne ne, euh, se souvient réellement de ce dont il faut se souvenir. Mince alors.

Du coup, tout le monde y va de sa petite interprétation, allant des gentilles (« Je me souviens de mon héritage français« ), aux un peu plus méchantes (« Je me souviens de ce que les anglais ont fait aux français ici« ), voire aux carrément pas contentes du tout (« Je me souviens de ce que nous ont fait les français« 4). En pratique, il est probable que le gars qui a écrit le slogan à l’origine l’ait simplement repris de l’une de ces plus célèbres citations: « Je me souviens que né sous le lys, je croîs sous la rose« , qui se réfère, respectivement, aux emblêmes français et anglais de l’époque. Nettement moins rigolo, mais ô combien plus consensuel5.

Mais bon, nous on s’en fout de tout ça. Après tout, c’est loin, et on est trop occupés à faire des saloperies d’activités physiques dehors… parce que c’est joli, quand même, la Colombie Britannique… Si si, même que c’est marqué sur les plaques d’immatriculation, donc c’est sûrement vrai…

1 Mais de manière cool, hein, parce que c’est la côte ouest, quand même.

2 Comme le disait un collègue, dans « Colombie Britannique« , y’a « Colombie« , c’est pas pour rien.

3 Oui, le « P.Q.« . Difficile de lire un article politique sans ricaner bêtement.

4 Dans la série « ça n’arrange pas l’image anglo-saxonne des français qui laissent tomber tout le monde à chaque guerre« , je vous présente la Bataille des Plaines d’Abraham, où l’armée française, après une escarmouche contre l’armée anglaise, s’est bravement retirée, laissant le Québec (et tous les français y vivant) tomber sous le contrôle anglais. Bon, okay, ça c’est la version méchante. Dans la version gentille, on passe juste pour des demeurés qui, malgré une meilleure position stratégique et plus de soldats, arrivent quand même à perdre. Ah non, merde, c’est méchant aussi ça. Euh, on va juste dire que les conditions pour une victoire n’étaient pas favorables.

5 Enfin on pourrait toujours objecter qu’il y avait de la croissance également du temps où on contrôlait la région, non mais.

8 mai 2007

Elections à distance

Nos concitoyens bloggueurs Elo & Matt ont déjà posté sur les résultats des votes à Vancouver, mais on va le refaire ici… Apparemment, les français de Colombie Britannique ont globalement voté de manière assez similaire aux métropolitains, avec peut-être moins de votes aux « petits candidats » (je me demande quand même ce que les 0,01% de votants pour Nihous viennent faire au Canada…). Par contre, le taux de participation était assez déplorable, tournant autour des 30% (apparemment, quand on s’exile, on a plus grand chose à faire de la mère patrie).

Pour le deuxième tour, c’était même plus serré ici qu’en France:

  • Nicolas Sarkozy: 52,75% (50,68% pour Vancouver uniquement)
  • Ségolène Royal: 47,25% (49,32% pour Vancouver uniquement)

Les plus curieux peuvent aller voir le détail des résultats du premier tour, et ceux du deuxième tour sur le site du Consulat Français.