11 avril 2010

Le retour des prix hors-taxe: l’explication chiante

Allez hop, vite: vous avez 15 dollars dans votre poche et vous voyez les affiches suivantes:

Plat du jour

Wrap

Chez qui vous allez manger?

Pour les expatriés et les touristes, l’une des premières différences frappantes entre l’Amérique du Nord et l’Europe est l’affichage des prix. En effet, le Canada et les Etats-Unis font partie de cette minorité de pays crétins qui affichent leurs prix hors taxes, et de la moitié de pays intelligents qui affichent leurs prix hors pourboires… bref, vous allez payer sacrément plus que le prix affiché. On en avait déjà parlé lors d’une baisse des taxes il y a 2 ans, et si vous avez bien suivi, la réponse est “je vais chez le Pakistanais qui fait des wraps à $5.99 parce qu’avec $15 j’ai pas assez d’argent pour un repas à $15”. Par contre, ce dont on avait pas parlé, c’est de l’explication pour laquelle ça se passe comme ça…

La raison, suprenante, de cet affichage qui ferait hurler les associations de consommateurs françaises est simple: un mélange d’embroglio politico-administratif et de gouvernements soucieux de l’opinion publique.

Crepes japonaises

Avant 1991, il n’existait au Canada aucune taxe sur les ventes. La seule taxe existante était une taxe fédérale relativement obscure, la FST (“taxe sur les ventes de producteurs”). Le problème de la FST était qu’elle ne s’appliquait qu’à une catégorie relativement restreinte de produits, et seulement en amont dans la chaine de production (elle était invisible aux consommateurs). Cela nécessitait donc beaucoup de paperasses justificatives entre producteurs, et rendait certaines industries canadiennes peu compétitives à l’export. Aussi, son application non-systématique déformait les marchés.

En 1991, par contre, un gouvernement conservateur centriste (quoique légèrement à droite sur les sujets économiques) se met à introduire un sytème de taxe sur la valeur ajoutée sous la forme de la GST (“taxe sur les produits et services”), fixée alors à 7%. Le système de taxe ajoutée signifie, grosso-modo, que chaque maillon de la chaine de production paie des taxes sur ses achats, puis fait payer des taxes sur ses ventes à ses clients, mais ne reverse que la différence (ou “valeur ajoutée”) à l’état. Vu de loin, ce système ressemble à notre bien nommée TVA nationale. De toutes façons, vu de loin, pratiquement toutes les taxes sur les ventes appliquées dans le monde (sauf aux Etats-Unis parce que c’est des gros nazes) sont inspirées de la TVA française, introduite en 1954 dans une version un peu plus réduite que celle qu’on connait maintenant (elle fut étendue dans les années 60 par Valéry Giscard d’Estaing). Encore une grande invention française, quoi… pas la peine de nous remercier, les gars.

Bref, rendez-vous compte que l’introduction d’une telle TVA au Canada est un évènement relativement récent, et les gens qui se rappellent de “l’avant GST” sont nombreux… vous pouvez imaginez qu’à l’époque, ils n’étaient pas super contents, surtout qu’au même moment toutes les provinces, sauf l’Alberta, décident également d’appliquer une taxe provinciale, la PST (“taxe provinciale sur les ventes”), avec des taux entre 6 et 12%. Les taxes totales sur les ventes sont donc une combinaison de TVA fédérale (la GST) et de TVA provinciale (la PST).

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Faisons maintenant une brève pause et remontons au 19ème siècle, lorsque l’Acte Constitutionel de 1867 fut signé. C’est un document extrêmement important car il fait partie des quelques étapes qui unifièrent le Canada en un dominion fédéral avec le système politique que l’on connait maintenant. Le problème c’est que pour unifier des territoires aussi immenses et éloignés les uns des autres, il était impératif de leur laisser un minimum d’autonomie. Un petit détail de cet acte constitutionel déclare ainsi (allez savoir pourquoi) que chaque province décidera comme bon lui semble des lois gouvernant le marketing et l’affichage des prix. Par contre, et afin d’établir une certaine protection des citoyens contre le bon vouloir des provinces, une autre clause indique que seul le gouvernement fédéral peut mettre en place un quelconque impôt indirect. Si une province décide d’inventer un nouvel impôt, il sera obligatoirement direct afin que les citoyens de cette province soient pleinement conscients de la situation.

Revenons maintenant en 1991. Le gouvernement fédéral vient d’introduire la GST avec, entre autres, le but de rendre les taxes plus “visibles” pour les consommateurs (par opposition à la précédente FST). Il souhaite également rendre le mélange entre taxes fédérales et provinciales plus simple, en encourageant les provinces à adopter une taxe “harmonisée” (HST) qui combinerait GST et PST… mais les provinces ont d’autres idées en tête. Face à une opinion publique largement mécontente à l’idée d’une hausse des prix, elles préfèrent en mettre le plus possible sur le dos d’Ottawa. Ainsi, lorsque le débat se présente de décider s’il faut imposer un affichage TTC (“toutes taxes comprises”), les provinces choisissent d’éviter le sujet: toute cette histoire de taxes est la faute du gouvernement fédéral, après tout, et ils veulent une taxe “visible”, qu’ils disent! De toutes façons, les provinces n’ont constitutionellement pas le droit d’imposer un affichage des prix avec la PST comprise car celle-ci deviendrait alors une taxe indirecte (selon la définition canadienne du terme qui dit que la taxe est indirecte si elle est, entre autres, “cachée” dans une autre transaction financière… on ne sait pas si le fait qu’elle soit indiqué sur le reçu de caisse la rend ou non visible puisque la question n’a jamais été sérieusement étudiée). Inversement, le gouvernement fédéral ne peut rien imposer aux provinces sur ce sujet (à part peut être sur l’inclusion de la GST uniquement), toujours à cause de la constitution. Ils auraient pu en profiter pour la changer pour l’occasion, mais je suppose que ça aurait décuplé la complexité d’une initiative déjà pas super triviale à la base.

Du coup, on laisse le choix aux magasins d’adopter l’affichage qu’ils désirent… et par souci de compétitivité, tout le monde adopte rapidement l’affichage hors taxes (ça le fait mal d’afficher un produit à $115 alors que le voisin l’affiche à $99, même si on met un gros panneau “les prix sont TTC !”).

Notez qu’il existe tout un tas d’exceptions: les pompes à essence, les tickets de cinéma ou de théâtre, les taxis, les parc-mètres et autres machines automatiques, les téléphones publics, certains trucs comme les zoos et les parcs d’attraction, etc… tous font figurer des prix TTC (probablement parce que le gros de la clientèle est composée de touristes qui supportent mal l’affichage hors taxes). Bref, bonjour le bordel pour le consommateur (mais moi j’m’en fous, j’suis riche donc je regarde pas ce que je paie).

Pour terminer, voilà un petit résumé des évènements relatifs à notre sujet depuis 1991:

  • Le parti conservateur qui avait introduit la GST était à l’époque bien évidemment majoritaire dans la Chambre des Communes, avec 169 sièges sur 295. Pendant les élections de 1993, ils se font détruire par les électeurs et se retrouvent avec seulement 2 sièges, au profit des libéraux de Jean Chrétien. Ouaip. Deux sièges. Avoir introduit la GST de manière aussi visible était donc un bon suicide politique. Des gens (dont beaucoup de conservateurs même) pensent que ça se serait beaucoup mieux passé s’ils avaient réussi à imposer des affichages de prix TTC sur le plan fédéral, limitant ainsi la “mémoire” des canadiens sur le changement des prix à la caisse. Notez qu’on trouve encore de nos jours des gens qui râlent en réclamant le retrait de la GST… un peu comme les gens qui réclament le retrait de l’euro en Europe, quoi, mais avec 10 ans de plus et une chemise à carreaux.
  • En 1992, le Québec introduit la QST (“taxe québécoise sur les ventes”) comme alternative aux PSTs des autres provinces (parce que le Québec fait jamais comme les autres). Son fonctionnement en rapport à la GST est proche de la taxe harmonisée (HST) voulue à l’origine par le gouvernement fédéral, mais elle est administrée par Revenu Québec (le fisc local), et n’apporte pas vraiment d’amélioration sur le plan administratif des entreprises aux autres systèmes PST/GST.
  • En 1997, une réelle HST est mise en place en Nouvelle Ecosse, Nouveau Brunswick, et Terre-Neuve (qui veulent qu’on les appelle “Terre-Neuve-et-Labrador” mais on a pas que ça à foutre). Apparemment, l’accord entre ces provinces et le gouvernement fédéral incluait à l’origine des conditions sur l’affichage de prix TTC sur certains produits et services, mais ces clauses ont été combattues férocement par les entreprises nationales, pas très chaudes à l’idée de devoir maintenir deux affichages de prix différents dans leurs magasins, catalogues, sites internet, etc., en fonction de la province concernée.
  • En 2006, puis en 2008, le gouvernement fédéral baisse la GST de 1% (elle est maintenant à 5%), principalement à cause de promesses électorales (comme quoi des fois les politiciens les tiennent).
  • Au 1er juillet prochain, la Colombie Britannique et l’Ontario vont également mettre en place la HST. L’Ontario aura exactement la même taxation que les autres provinces déjà sujettes à la HST, soit 13%. La Colombie Britannique fait sa maline avec une HST de 12%, mais principalement parce que la PST y était jusqu’à maintenant 1% plus basse que chez ses copines… et comme l’introduction de la HST est déjà très impopulaire, ça serait encore plus le bordel si le gouvernement rajoutait 1% en plus (on en repalera, de toutes façons, c’est le genre de bordel politique fédéral/provincial bien canadien qu’on ne connait pas en France, ça vous changera du bouclier fiscal et des burkas). En tous cas, ça fout la pression sur les quelques provinces restantes qui n’ont pas encore harmonisé leurs taxes…

Pfiou. Voilà, je crois que vous savez à peu près tout, maintenant (si j’ai dit une connerie, insultez moi en commentaire)… et s’il y a des futurs expatriés parmi vous qui s’inquiètent, sachez que l’affichage des prix en magasin suit en général les autres bonnes pratiques françaises, comme par exemple l’affichage du prix par unité de poids ou de volume afin de mieux comparer… et comme il n’y a aucune GST ou PST sur la plupart des articles de votre panier de courses (nourriture, boissons non-alcoholisées, etc.), les prix affichés en supermarché sont effectivement ceux que vous paierez à la caisse.

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Ca y est, tout le monde est endormi?

6 juillet 2008

Cana-quelque-chose Day

Canada Day, la "Fête du Canada", tombe le 1er juillet. C’est comme vous pouvez vous en douter la fête nationale du Canada. Elle marque l’anniversaire du British North America Act, signé le 1er juillet 1867, qui a plus ou moins officialisé l’existence du Canada comme étant une confédération digne de ce nom.

Drapeau canadien

Avant ça, on se contentait de dire "les territoires Anglais d’Amérique du Nord", ou "les territoires au-dessus de ces sales traitres à la Couronne", voire même "qui ça? Oh, non, on s’en fout, d’eux. Remettez-moi un peu de thé, voulez-vous?".

Après, par contre, il s’agissait du "Dominion du Canada", ce qui le fait vachement plus, vous avourez. Pour ceux qui se demandent, un "dominion" est un état autonome au sein d’un empire (et plus particulièrement au sein de l’Empire Britannique, puisque c’est eux qui ont inventé le terme).

Parade canadienne

Comme le traité a en plus réuni 4 des provinces de l’époque (Ontario, Québec, New-Brunswick et Nova-Scotia) sous un gouvernement fédéral, on peut se la péter en parlant de "dominion fédéral", voire même "dominion fédéral de la mort qui tue". Les autres provinces se sont ramenées un poil plus tard. Ici en Colombie Britannique, par exemple, ils ont signé le traité en 1870 — ils ont probablement dû attendre d’avoir le train pour aller jusqu’à Ottawa, puis attendre que des immigrés italiens débarquent pour que quelqu’un puisse faire un costume au gars qui irait signer, et enfin apprendre au gars en question à lire et écrire.

Concert canadien

Bref, à travers tout le Canada, le 1er juilet, on s’épanche de fierté nationaliste en agitant des drapeaux rouges… enfin… tout le Canada? Non, car une bande d’irréductibles québécois célèbrent leur propre fête nationale le 24 juin pour la Saint Jean-Baptiste. Oui, vous avez bien lu. C’est la fête nationale du Québec… n’importe quoi… et après ils s’étonnent que les trois quarts du reste du Canada ne les aime pas.

Enfin bref, ici à Vancouver, comme il fait beau et qu’il se passe des trucs dehors (une occurence rare!), vous pensez bien que tout le monde est dehors.

Tertre de Granville Island

Au programme, vous avez toutes les attractions classiques (comprendre: à deux balles), de ce genre d’évènement. Des gens qui vous peignent le visage, des dégustations de pancakes et de sirop d’érable, des défilés et des parades, des démonstrations de l’armée canadienne, des spectacles de danse, des stands de hot-dog, des gamins qui crient, etc. Y’avait un truc rigolo où il fallait mettre un petit caillou sur une carte pour indiquer là d’où on vient. Il n’y avait pas encore beaucoup de caillous car on y est passé pendant la matinée, donc l’un de mes amis a eu l’honneur de placer le premier caillou Kenyan (probablement le seul, aussi). Saurez-vous le trouver sur la photo ci-dessous?

Il y avait aussi quelques concerts en plein air marquant la fin du Festival de Jazz (nous on a principalement écouté Soulstream, sur Robson Street en fin d’après-midi).

Enfin, la journée se termine avec un incontournable feu d’artifice, parce que rien ne permet de traduire la fierté d’appartenir à un pays souverain mieux que de balancer des explosifs en l’air.

Feux d'artifice depuis Canada Place

Par contre, ça ne serait pas Vancouver s’il n’y avait pas un peu de cannabis quelque part. C’est pourquoi tout un tas de gens se sont réunis autour de la gallerie d’art pour fêter "Cannabis Day" (oui, ils ont de l’humour).

Cannabis Day devant la gallerie d'art

A 4h20 (le chiffre "420" est courant chez les fumeurs de cannabis), c’est la folie: les gens agitent les célèbres drapeaux du Canada faisant figurer une feuille de cannabis à la place de la feuille d’érable (on peut si facilement les confondre après tout), pendant que d’autres balancent des joints sur la foule. J’ai du me sacrifier pour vous, préférant prendre des photos plutôt que d’en attraper au vol.

D’ailleurs, si sur les photos on dirait qu’il y avait du brouillard, eh bien c’est que… euh… oui maman, il y avait du brouillard. Ah là là, la météo à Vancouver, ça change si vite… on sentait le brouillard à 2 pâtés de maison, même.

Une fois la distribution gratuite de joints terminée, les gens se mettent à chanter "Ô Cannabis", une version modifiée de "Ô Canada", l’hymne national. Vous pouvez lire le début des paroles sur la photo précédente.

Que fait la police me demandez-vous? Eh bien ils ont envoyé à tout casser 3 ou 4 gars qui surveillent, apparemment sans trop d’inquiétude, depuis l’autre côté de la rue. Apparemment, c’est plus peinard de surveiller des gens endormis à la marijuana que des gens énervés à la bière.

Quid des protestataires et autres anti-gouvernement, sinon? Eh bien la seule chose qu’on ait vu, c’est un "Canada is stolen land" ("le Canada est une terre volée"), écrit gentiment à la craie par terre, histoire que ça soit facilement lavable le lendemain.

Ils sont cools, au Canada, quand même.

5 juin 2008

La complainte de l’expat’

Si vous connaissez un expatrié, ou ex-expatrié, vous avez probablement entendu ce genre de remarque: "les XYZ sont durs à se faire comme amis", ou "les XYZ ils ne parlent pas beaucoup culture/histoire/politique", en remplaçant bien sûr le "XYZ" par la nationalité concernée (si vous n’avez jamais entendu un expat’ faire ce genre d’affirmation, vous avez bien de la chance). Dans notre cas, il s’agit donc des Canadiens.

Les Canadiens sont durs à se faire comme amis

D’abord, on n’abordera pas la question de savoir si vous êtes quelqu’un d’intéressant, sociable, et qui ne sent pas mauvais de la bouche. Mais brossez-vous bien les dents quand même, on ne sait jamais. Ensuite, on peut se demander comment on définit un ami… est-ce quelqu’un que l’on voit en dehors du travail ou de l’activité à travers laquelle on l’a originalement rencontré? Est-ce quelqu’un que l’on a comme ami sous Facebook? Est-ce quelqu’un avec qui on s’entend tout simplement bien?

Pour des gens de la tranche d’âge 25-35 ans, la majorité des amis sont issus des études (université, lycée, et même collège et école primaire si vous avez gardé contact toutes ces décennies). Ce sont des gens qui étaient dans votre classe ou promo, vos colocataires, ou des membres des mêmes activités étudiantes (clubs de sport, de musique, de cuisine, de reconstitution historique de la bataille de Mouveaux en Bouillonne, etc.). Se faire des amis dans la salle de classe est nettement plus facile et rapide que de se faire des amis dans la salle de réunion de votre boulot actuel. Dans les deux cas, pourtant, on se fait chier et on a pas envie de suivre ce que raconte le gars au tableau, mais c’est seulement dans le premier cas qu’il est possible de discuter avec ses voisins impunément depuis le fond de la pièce. Au bureau, on ne peut que se contenter de faire des gribouillis sur son carnet de notes, ou jouer au bullshit bingo.

La socialisation au travail est pourtant très différente entre la France et le Canada, et on reviendra sur le sujet un jour. Mais dans les deux cas, quelqu’un aura-t-il été au cinéma ou au restaurant avec ce gars qui est arrivé d’Ukraine il y a 6 mois? Probablement pas. La socialisation sera restée dans le cadre du bureau, autour du déjeuner de midi ou de la pause café. J’ai pu voir ce genre de situation dans les deux pays avec, heureusement, des exceptions (sinon, le gars repartirait dégoûté en Ukraine).

Les expatriés qui font les remarques du genre "c’est dur d’être ami avec les Canadiens" ont souvent tendance à croire qu’ils peuvent se reconstruire en moins d’un ou deux ans un cercle d’amis similaire à ce qu’ils avaient en France, et qui leur avait pris 10 ou 15 ans à bâtir sans les barrières culturelle et de la langue. Inversement, les indigènes ont déjà leur cercle d’amis bien établi. Vous êtes dans la même situation que l’Ukrainien sus-cité. Vous débarquez, vous ne connaissez pas grand monde, et vous cherchez à vous reconstruire un réseau. Les Canadiens et immigrés de longue date affichant déjà complet dans leur emploi du temps social, les expatriés se retrouvent statistiquement plus souvent entre eux. D’autant plus que l’on est dans la tranche d’âge où les gens déjà bien installés sont soudainement occupés par leur premier enfant, limitant encore plus leur temps libre.

Le plus facile est alors d’entrer en contact avec des expatriés Français puisque vous aurez immédiatement plein de points communs avec eux (principalement: râler sur la France, râler sur le Canada, et s’échanger des addresses pour acheter du fromage qui pue). Un travers courant chez les expatriés est ainsi de rejoindre la communauté Française la plus proche et d’y rester, n’ayant que peu d’amis non-Français, mais ne se gênant pas pour râler à propos de la sociabilité des autres nationalités.

Bref, j’espère que je ne viens pas de vous apprendre que s’intégrer dans un pays et se faire de nouveaux amis sont des procédés qui prennent du temps. Les outils indispensables pour cela sont ici Craigslist et Facebook, pour (re)trouver des groupes ou activités qui vous permettront de rencontrer des gens (clubs de sport, de musique, de cuisine, de reconstitution historique de la bataille de Mouveaux en Bouillonne, etc.).

Les Canadiens ne parlent pas culture/histoire/politique

Ma seule explication pour ce genre de remarque, par contre, est simplement la barrière de la langue. Difficile pour un anglophone d’engager, ou maintenir, une conversation soutenue sur l’histoire des Croisades s’il ne comprend pas la moitié de ce que vous baragouinez (et qu’il est trop poli pour vous le dire).

Evidemment, comme en France, les 3/4 des gens ne sont juste pas intéressés par ces sujets, préférant lire le DaVinci Code et regarder Canadian Idol/La Nouvelle Star (ouais, je fais mon réac’ si je veux, c’est mon blog). Mais jusqu’à présent, j’ai trouvé qu’il était par exemple très facile d’engager la plupart des Canadiens sur le sujet de la politique Canadienne ou Américaine. Un nombre étonnant d’entre eux ont suivi, au moins de loin, les élections Françaises. Et ce qui est bienvenu, c’est qu’ils ont chacun leur propre opinion. On est loin des discussions politiques Françaises où les gens regurgitent la moitié du temps ce que les Guignols ont raconté la semaine d’avant, ou évitent totalement le sujet en jouant la carte du réactionnaire cynique.

Une autre différence est que les Canadiens sont beaucoup plus éduqués sur le plan économique. Dans un pays où les lois du marché sont plus présentes, où le seul voisin est les Etats-Unis, et où la paperasse pour la banque ou les impôts est deux fois plus compliquée, il est très courant d’assister à des discussions sur le cours du loonie, sur le NASDAQ, ou sur les conséquences des dernières nouvelles américaines ou (dans une moindre mesure) européennes.

Sur le plan historique, par contre, il est probable qu’un Européen moyen est plus éduqué q’un Canadien moyen, tout simplement parce que l’Histoire (avec un grand H s’il vout plaît) occupe une part plus importante de notre culture et de notre identité, ce qui se retranscrit, par exemple, sur les programmes scolaires.

De toutes façons, il est indéniable que les Canadiens n’ont pas grand chose de local à se mettre sous la dent qui remonte plus loin que le 18ème siècle. En plus, un pionnier, ça prend du temps à construire des maisons et labourer des champs, donc il ne se passe pas beaucoup de trucs super intéressants. Du coup, on constate deux tendances. La première est de s’intéresser plutôt, au choix, à l’histoire de l’Europe, de l’Afrique, ou de l’Asie. C’est assez peu commun. Les nord-Américains se contentent d’avoir les yeux qui brillent quand on parle de Paris ou Barcelone ou Amsterdam, mais n’y connaissent pas grand chose, à part ceux qui y ont été en vacances. La deuxième tendance est de connaitre en détail l’histoire nord-Américaine du 20ème siècle. Je trouve que ce deuxième type de connaissance est assez intéressant car elle permet de mieux comprendre la direction actuelle du pays. En Europe, les gens qui s’intéressent à l’histoire se focalisent généralement sur des périodes lointaines qui, si elles sont souvent passionnantes, ne permettent pas vraiment d’expliquer le problème des banlieues.

 

Bref, voilà mon avis sur la complainte de l’expat’. Je suis sûr que certains ne seront pas d’accord, donc déchaînez-vous dans les commentaires! (je m’en fous, je peux les censurer, mouah ha ha)

26 janvier 2008

Le parc de la Reine mère

Le Queen Elizabeth Park est situé à une quinzaine de minutes du centre-ville, sur une petite colline de 160m d’altitude, surnommée "Little Mountain" au 19ème siècle. Transformée en carrière au tout début du 20ème siècle lorsqu’il a fallu trouver des pierres pour poser les premières routes pavées de Vancouver, elle est ensuite restée à l’abandon pendant les années 30 jusqu’à ce que le terrain soit placé dans les mains du Comité des Parcs Vancouverois, qui se tatait alors pour transformer toutes les carrières du coin en jardins municipaux. Après la visite royale de 1939 du Roi George VI et madame la Reine mère, c’était enfin officiel, le Queen Elizabeth Park présentait aux visiteurs le premier arboretum municipal du Canada, avec des échantillons des divers arbres qu’on trouve en Colombie Britannique.

Queen Elizabeth Park (1)

On y trouve aussi plein de fleurs, des petits ponts, des chemins secrets, des cours de golf, tennis, et basketball, et des grandes étendues d’herbe pour pic-niquer1.

Fleurs au Queen Elizabeth Park

Avec un cadre mignon comme ça, il est courant de croiser des gens en costards et grandes robes blanches en train de se faire prendre en photo.

 Queen Elizabeth Park (2)

A part ça, il y a le Bloedel Floral Conservatory, qui contient sous son dôme géodésique une serre et une volière, où les oiseaux peuvent voler librement.

Géodesie

Et… euh… bah voilà, quoi. C’est un parc, mince, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise de plus, moi? Y’a des parcs à tous les coins de rue, de toutes façons, en Amérique du Nord… Bon, allez, en cherchant bien, celui-là, il a des jets d’eau. Hop. Ouais. Incroyable.

Jets d'eau au Queen Elizabeth Park

Et on peut avoir des jolies vues sur la ville, avec les montagnes au fond. Hop. Ouais. Incroyable aussi. Genre on voit pas ça déjà à tous les coins de rue.

Queen Elizabeth Park (3)

Et… euh… c’est tout. Okay, c’est joli, c’est calme, c’est vert, et ça manque de crottes de chien… C’est un parc, quoi…

Ouais, incroyable.

1 Ou niquer tout court, si c’est votre truc (allez, pas la peine de faire genre vous êtes choqués, je suis sûr que vous y pensiez, à celle là).

6 janvier 2008

Bonne année, mais pas nécessairement pour tout le monde

Après mon article sur les grosses affaires vancouverites pas joyeuses du moment, je me suis dit que je pourrais bien parler des problèmes locaux plus courants. Déjà, ça vous changera de mes photos traffiquées pour vous faire croire que le ciel est toujours bleu à Vancouver. Ensuite, ça vous gâchera votre euphorie de la nouvelle année. Et puis ça vous changera de la routine habituelle des syndicats et des grèves, de l’Europe, des banlieues, du chomâge, du trou de la sécu, de la gauche, de la droite, du milieu, et autres rangaines socio-politiques françaises. Enfin, ça vous permettra de savoir, en contrepartie, quelles sont les rangaines d’ici.

Contrairement à ce que les mauvaises langues diront, la pluie n’est pas le problème numéro 1 à Vancouver (comme le prouvent mes photos avec des ciels bleus, donc), mais bien les sans-abris et la drogue. Oui, je sais, ça fait théoriquement deux problèmes, mais les deux sont souvent étroitement liés. D’ailleurs, ils sont tous les deux bien correctement rangés dans le Downtown Eastside, situé juste derrière Chinatown et Gastown. D’après certains, c’est carrément le quartier le plus pauvre de tout le Canada (Wouhouh! Allez Vancouver!). Et quand je dis "correctement rangé", c’est vraiment le cas: 2 pâtés de maison avant d’y rentrer, on est encore dans des endroits branchés remplis de gens riches et bien portants. On a vraiment l’impression de traverser un portail inter-dimensionnel, par endroits.

Sans abri

(remarquez au passage l’utilisation judicieuse de filtres de couleur pour faire passer ce qui est probablement un ingénieur d’IBM aux goûts vestimentaires douteux pour un pauvre SDF… c’est ça, la magie des images)

Historiquement, toutes les villes olympiques ont eu un problème avec les sans-abris, car il s’agit de faire bonne figure pour les touristes et les caméras. De Londres à Atlanta en passant par Sydney ou Pékin, seule la méthode change: certains offrent gracieusement un billet de bus pour envoyer les clochards en grande banlieue, d’autres les font fuir en utilisant la police pour faire pression. Les plus gentils ouvrent des foyers d’acceuil, mais prennent bien soin de les placer le plus loin possible. Vancouver ne devrait normalement pas échapper à la règle, mais le problème y est un peu plus complexe.

Piccadilly Pub

Au début des années 90, le Canada était dans une situation économique très difficile, et a été redressé par des coupes budgétaires, un remboursement systématique de la dette nationale1, et diverses autres initiatives issues de gouvernements libérals et social-démocrates. Si l’économie canadienne a très bien récupéré depuis, la théorie selon laquelle la croissance du pays bénéficierait à tout le monde a été infirmée par les inégalités dans les différents secteurs. Ces inégalités ne sont pas significativement pires que dans les autres pays occidentaux, mais particulièrement décriées ici, probablement parce qu’elles incluent par dessus le marché les problèmes d’exclusion des personnes d’origines aborigènes (dont on parlera dans un futur article sur les autres problèmes courants du coin).

Lentement

Les problèmes spécifiquement vancouverois s’ajoutent ensuite aux problèms nationaux. Par exemple, le développement fulgurant de la ville dans certains secteurs (nouvelles technologies et construction, entre autres) aggravent les problèmes d’inégalité mentionnés précédemment. Les nouvelles constructions, les rénovations, les modifications du réseau de transport public, et tous les autres aménagements prévus pour 2010, qu’ils soient à l’initiative de la municipalité ou de compagnies privées, galvanisent le marché immobilier déjà bien en forme grâce, entre autres, aux taux d’emprunt historiquement bas similaires à ce qu’on a connu en France ces quelques dernières années.

Un cas courant est ainsi celui où un établissement change de main pour être rénové, réhabilité, voire démoli pour faire place à des logements de meilleure qualité. Les occupants doivent alors trouver une autre habitation, et peuvent se retrouver devant un dilemme budgétaire où toit et nourriture ne peuvent plus cohabiter. Car dans une situation finalement très similaire à certaines région de France, la montée des prix a dépassé la montée des salaires2, et ne pas pouvoir se payer un appartement, même dans les locations à bas prix, est l’une des principales raisons pour rester à la rue. Selon les endroits, on peut trouver jusqu’à un tiers de SDFs qui ont, en fait, un emploi qui les occupe au moins 30h par semaine. Mais l’emploi ne fait généralement pas long feu à partir de là.

Cuban Cigars

Evidemment, la drogue et les maladies (mentales ou physiques) jouent toujours un rôle important. Sur le plan de la drogue, les Triades, la mafia chinoise, seraient assez actifs dans le coin, rapport au fait que Vancouver est un important port de la côte Pacifique, et le principal accès au territoire canadien depuis l’Asie. Enfin j’ai pas fait un enquête approfondie sur le sujet, hein, remarquez, et comme j’ai pas envie de perdre un doigt, j’irai pas infiltrer les clubs de East Hastings juste pour vos beaux yeux. Mais toujours est-il que le traffic de drogues dures, et plus particulièrement l’héroïne, est important, et touche beaucoup de monde. Vancouver ouvrait ainsi en 2003, et dans le Downtown Eastside, justement, des sites d’injection supervisée (Les premiers d’amérique du nord! Wouhouh! Allez Vancouver!) pour tenter de limiter les problèmes annexes liés à la drogue (principalement la transmission de maladies comme le SIDA par les seringues).

Drugs

On estime entre 2000 et 2300 le nombre de SDFs à Vancouver, ce qui est, en pourcentage de population totale, assez similaire à Paris où les estimations oscillent entre 8000 et 12000. Mais c’est la tendance qui est le problème ici, puisqu’à moins d’une inflection, on dépassera les 3000 sans-abris pour les Jeux Olympiques de 2010. Oui, ça augmente vite. Wouhouh! Allez Vancouver!

Petit vélo

Diverses organisations et associations oeuvrent pour l’amélioration des conditions de vie dans le Downtown Eastside, et pour les gens démunis en général, et il y a pas mal d’attention et d’attentes sur ce que le maire va mettre en place pour régler le problème… mais faudra pas rêver non plus.

Voilà, j’espère que ça vous intéresse, tout ça, et si j’ai dit des conneries (vous savez ce que c’est, la recherche d’infos sur internet…), n’hésitez pas à poster des rectifications dans les commentaires.

Cash

Allez, maintenant que j’ai un nouvel objectif avec un gros zoom (merci Papa Noël… à savoir moi-même), il faudra que j’y retourne pour vous faire de meilleures photos du quartier.

1 Le Canada est l’un des rares pays développés à avoir une dette en baisse et peu, voire pas du tout, de dépassement de son budget fédéral chaque année.

2 Pour vous faire une idée très vague des prix vancouvérois, il faut compter 6000$ (soit 4000€) par mètre carré en centre ville. En comparaison, le prix moyen du mètre carré sur Paris est à un peu plus de 6300€. Cela n’empêche pas les canadiens d’être choqués par les prix de Vancouver qui est maintenant la ville la plus chère du pays en terme de logement (Wouhou! Allez Vancouver!). Il y a quelques années, les provinces de l’est, avec Toronto et Montréal comme villes principales, dominaient le marché, mais le développement des provinces de l’ouest a propulsé Vancouver, Calgary, Edmonton et même Saskatoon vers le haut, parfois de manière totalement obscène, du genre des prix littéralement 2 fois plus cher ici (faut dire qu’on a la ville la plus mieux bien, aussi… Wouhouh! Allez Vancouver!). L’arrivée de nombreux immigrants avec leurs poches pleines d’argent tout neuf n’a pas amélioré la situation, alors que le marché québecois ou ontarien restait relativement sage. De toutes façons, le mieux, c’est d’investir à Iqaluit, une super ville où l’aéroport est plus grand que la ville elle-même.

16 juillet 2007

Le jeu des différences pas importantes: comment se la péter sur les plaques d’immatriculation

Les plaques d’immatriculation canadiennes font toutes figurer un petit slogan provincial, écrit au dessus ou en dessous du numéro d’immatriculation de la voiture. Et parce qu’ici, on sait se la péter1, on a droit à « Beautiful British Columbia » (« Magnifique British Columbia« ). Mais c’est encore rien face au deuxième slogan du coin, visible sur le site du gouvernement provincial: « The Best Place On Earth » (« Le Meilleur Endroit Au Monde« ). Si vous êtes pas convaincus, vous pouvez toujours prendre une petite cigarette qui faire rigoler, ça vous permettra de mieux vous rendre compte2.

Un détail intéressant est la plaque québecoise. Au moment où la grande majorité des provinces commençait à ajouter un slogan à leurs plaques (au début des années 60), le québec optait pour « La Belle Province » (eux aussi ils savent se la péter). Mais ils changent d’avis en 78, suite à l’arrivée au pouvoir du Parti Québécois3 (favorable à la souveraineté du Québec, et donc une manière nettement plus sérieuse de se la péter). Depuis, le slogan officiel est l’énigmatique « Je me souviens« . Enigmatique, donc, car personne ne, euh, se souvient réellement de ce dont il faut se souvenir. Mince alors.

Du coup, tout le monde y va de sa petite interprétation, allant des gentilles (« Je me souviens de mon héritage français« ), aux un peu plus méchantes (« Je me souviens de ce que les anglais ont fait aux français ici« ), voire aux carrément pas contentes du tout (« Je me souviens de ce que nous ont fait les français« 4). En pratique, il est probable que le gars qui a écrit le slogan à l’origine l’ait simplement repris de l’une de ces plus célèbres citations: « Je me souviens que né sous le lys, je croîs sous la rose« , qui se réfère, respectivement, aux emblêmes français et anglais de l’époque. Nettement moins rigolo, mais ô combien plus consensuel5.

Mais bon, nous on s’en fout de tout ça. Après tout, c’est loin, et on est trop occupés à faire des saloperies d’activités physiques dehors… parce que c’est joli, quand même, la Colombie Britannique… Si si, même que c’est marqué sur les plaques d’immatriculation, donc c’est sûrement vrai…

1 Mais de manière cool, hein, parce que c’est la côte ouest, quand même.

2 Comme le disait un collègue, dans « Colombie Britannique« , y’a « Colombie« , c’est pas pour rien.

3 Oui, le « P.Q.« . Difficile de lire un article politique sans ricaner bêtement.

4 Dans la série « ça n’arrange pas l’image anglo-saxonne des français qui laissent tomber tout le monde à chaque guerre« , je vous présente la Bataille des Plaines d’Abraham, où l’armée française, après une escarmouche contre l’armée anglaise, s’est bravement retirée, laissant le Québec (et tous les français y vivant) tomber sous le contrôle anglais. Bon, okay, ça c’est la version méchante. Dans la version gentille, on passe juste pour des demeurés qui, malgré une meilleure position stratégique et plus de soldats, arrivent quand même à perdre. Ah non, merde, c’est méchant aussi ça. Euh, on va juste dire que les conditions pour une victoire n’étaient pas favorables.

5 Enfin on pourrait toujours objecter qu’il y avait de la croissance également du temps où on contrôlait la région, non mais.

5 juillet 2007

Pote lâche indien

Quand on s’embête le week-end, et qu’il n’y a pas de conneries assez connes à la télé, c’est l’occasion d’aller se cultiver la tronche dans un musée.

Le Musée d’Anthropologie est situé sur le campus de l’Université de British Columbia. Au passage, vous pourrez remarquer que les universités américaines sont peut-être plus chères que les universités françaises1, mais elles ne plaisantent pas sur la taille des installations. Le musée lui même est d’ailleurs hébergé dans un bâtiment fort joli.

Trois Trucs

Le musée se focalise sur les aborigènes, également appelés premières nations, également appelés amérindiens, également appelés gens qui étaient là les premiers mais qu’avaient que des sagaies moisies alors que nous on avait des gros trucs en métal qui font vachement mal.

Au bout d’une heure à tourner et à écouter la guide, je comprends maintenant pourquoi la plupart des européens rejetent bien souvent l’idée que l’Amérique a une histoire longue de plusieurs milliers d’années:

  1. C’est méga compliqué: y’a plein de petites tribus éparpillées un peu partout, et chacun a ses rites, ses légendes, et bien souvent sa langue. Ca me semble assez similaire aux nombreuses tribus africaines, à la différence près qu’ils étaient moins noirs, et disaient probablement « ah non, merde, pas encore » lorsqu’il pleuvait. Et contrairement à l’Afrique, depuis la fin du 18ème siècle l’Europe a plus des masses de raisons de s’intéresser de près à l’histoire de l’Amérique.
  2. On sait pas grand chose: ces petits malins d’aborigènes, ils faisaient pratiquement tout avec le bois des cèdres roux du coin. L’avantage, c’est que c’est un bois mou facile à sculpter. Le problème, c’est que c’est un bois mou facile à bousiller. Donc au bout d’un siècle, rien qu’avec la pluie, il reste plus grand chose du super totem que Jean-Paul il s’est fait chier à faire pendant 6 mois avec ses petits doigts boudinés.
  3. Ils savent pas grand chose non plus: les aborigènes transmettent le gros de leur savoir par le bouche à oreille, l’apprentissage, les histoires qu’ils se racontent au coin du feu, et les séries télévisées. L’avantage, ceci dit, c’est que leur société pouvait apparemment s’adapter extrêmement facilement aux changements, contrairement à d’autres qui devaient attendre que des gens à Rome changent des trucs dans des vieux bouquins poussiéreux en Latin. Le problème, c’est que certaines histoires appartenaient à une famille donnée, « gardienne » de l’histoire en question. Je vous laisse imaginer le nombre d’histoires perdues ou totalement déformées que ça donne. Finalement, quelques vieux bouquins poussiéreux, ç’eût été utile aussi.

Albator version aborigène

Enfin bref, je vais pas tout vous raconter non plus, je vous laisserai découvrir tout ça pendant votre visite. Sachez quand même que vous y apprendrez comment faire une boite avec un seul bout de bois et aucun clou. Vous comprendrez aussi au passage le jeu de mots pourri (et assez approximatif) du titre de ce billet.

L’exposition temporaire, pendant notre visite, concernait les masques Africains, et leur signification artistique et sociale. Très intéressante, mais malheureusement trop courte.

Masque africain

Mais le musée est en pleine expansion, et va doubler de taille au cours de l’année. On peut donc espérer plein de bonnes choses dans un futur proche.

Enfin, le clou du spectacle, c’est la très médiatisée sculpture du Corbeau et des Premiers Hommes, réalisée par Bill Reid. Je vous avais dit qu’on le recroiserait celui-là.

Le corbeau et les premiers hommes

La statue, réalisée d’un bloc, représente une scène issue d’une légende Haida (un des peuples aborigènes du coin) qui décrit comment les premiers hommes ont été découverts sur une plage de Colombie Britannique par le Corbeau, un dieu facécieux. Eh ouais, non seulement par ici on a inventé Greenpeace et Starbucks2, mais aussi carrément l’humanité. On fait pas les choses à moitié.

Bref, voilà. Maintenant qu’on s’est bien cultivés la tronche, on peut retourner se vautrer dans un train de vie de débauche grasse et commerciale typiquement américaine, un burger dans la main gauche, et la télécommande dans la main droite… ah merde, on a que du tofu et des frisbees. Saleté de côte ouest…

1 Le Canada est moins cher que les Etats-Unis, mais vous pouvez quand même compter dans les 7000$ (4800€) pour une année d’ingénierie appliquée à UBC. Evidemment, une comparaison aussi simpliste n’a aucun sens puisque les vies étudiantes américaine/canadienne et française n’ont pas grand chose à voir, et les programmes de bourses d’études sont bien plus développés ici, et tout ce sujet est bien plus compliqué que ça, mais ça vous donne un ordre d’idée quand même. Si vous voulez plus d’infos là-dessus, vous trouverez votre bonheur par ici.

2 Oui, bon, Starbucks ça vient de Seattle, normalement, mais du temps des premiers hommes, y’avait pas de frontières.

17 février 2007

Et mon béret alors?

Comme le dit mon pote Alexis, il faut parler de bouffe à un moment ou un autre. La France étant le pays auto-proclamé de la bonne bouffe1, c’était une considération très importante pour tous les gens qui nous ont vu partir à l’étranger. Ainsi, beaucoup se sont inquiétés de la disponibilité du camembert ou de la baguette dans les lointaines contrées Canadiennes2.

Je me demande d’ailleurs si cette frayeur alimentaire collective s’est manifestée parce qu’on est partis dans une région largement Américanisée (“ils savent rien bouffer d’autre que des burger ces ricains!”), ou si on obtiendrait le même résultat avec n’importe quel autre pays… Genre: “Tiens, je pars pour 2 ans au Tibet”… “Ah cool, mais tu trouveras du foie gras là-bas?”… Ou encore: “Je vais rejoindre un contingent scientifique en Antarctique”… “Oh, j’espère que tu pourras trouver du Reblochon”.

Enfin bref, revenons à nos moutons (en brochette) et commençons cette série culinaire avec l’un des endroits incontournables pour se procurer des produits frais, à savoir le Granville Market (Marché de Granville), situé sur l’île de Granville à environ 10 minutes en vélo de chez nous.

Au Granville Market on trouve tout un tas de fruits et légumes dont la majorité proviennent de l’agriculture biologique équitable bidule machin. En plus des produits habituels, on trouve énormément de fruits et légumes d’Amérique Centrale ou d’Asie.

Mais qu'est-ce que c'est?Mais qu’est-ce que c’est? Hosted on Zooomr

C’est clair qu’avec plus de Chinois que de Canadiens à Vancouver, la présence Asiatique se fait sentir, et on trouve couramment du fruit du dragon à côté de ses bananes dans la supérette du coin.

L’autre grande présence, c’est les fruits de mer, proximité de la mer oblige.

AppetissantAppetissant Hosted on Zooomr

Pour le reste, c’est des bouchers, des boulangeries (dont l’une essaie, de manière moyennement convaincante, de se faire passer pour une boulangerie Française), un ou deux fromagers (avec des fromages coulants qui puent sous plastique… étrange), des étalages de grains, de pâtes, etc.

Des pates, mais pas des PanzzaniDes pates, mais pas des Panzzani Hosted on Zooomr

Mais sur Granville Island, il n’y a pas que le marché. On y trouve tout un tas d’artisans tels que des luthiers, des cordonniers, des potiers, ou des souffleurs de verre. Plusieurs ateliers d’artistes sont installés également, un institut d’art et design, un théâtre, divers autres machins culturels, et bien sûr quelques boutiques qui gravitent au milieu de tout ça. Sans compter une petite marina, et des promenades pour les courageux qui font leur jogging dehors. Les touristes et les locaux se croisent donc ici au son des musiciens qui rivalisent avec les mouettes criardes.

Notez enfin que Granville Island était au début du 20ème siècle une zone industrielle. Granville était même le nom de Vancouver jusqu’à la fin du 19ème siècle. Après la Seconde Guerre Mondiale, l’activité de l’île a rapidement décliné. Elle a donc été transformée via un grand programme de rénovation pendant les années 70 en un lieu intégré à la vie quotidienne des citoyens. Quelques vestiges de son passé sont donc visibles ça et là.

Grue de GranvilleGrue de Granville Hosted on Zooomr

Enfin remarquez, ça peut juste être un dispositif servant à ramener des trucs lourds au milieu du marché, hein, mais ça fait plus touristique de penser que c’est un vieux truc historique3.

Une fois la visite terminée, il suffit d’aller se chercher quelques beignets et donuts sur l’un des étalages de sucreries du marché… parce que mine de rien, il faut récupérer des forces avant de reprendre son vélo pour le chemin du retour!

1 C’est qu’on aime bien s’auto-proclamer plein de trucs chez nous.

2 Personne n’a demandé si on pouvait acheter des bérets, par contre. C’est dingue, les plus anciennes institutions de notre grand pays se perdent!

3 Par ici, on trouve de l’histoire où on peut, hein, faut pas être regardant.

15 novembre 2006

Les bases (partie 2)

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, voici Vancouver. En haut et à droite, des montagnes. En bas et à gauche, la mer. Qu’est-ce que ça nous donne? Des nuages gorgés de pluie qui arrivent du Pacifique, et qui butent contre les montagnes. Oui, c’est à dire juste au-dessus de la ville. Un grand classique Canadien est donc de se moquer des Vancouverites, de la même façon qu’on se moque du brouillard Londonien ou de la grisaille du Nord-Pas-de-Calais. Les Vancouverites se vengent en se moquant de la neige et du froid qui sévissent de l’autre côté du continent, notamment au Québec, mais bon, il vaut mieux rester en dehors de tout ça. On se contentera simplement de citer un ami de Seattle qui a dit un jour: ”[par ici] il n’y a que deux saisons: l’hiver, et le mois d’août”. Vous pouvez facilement deviner que le jour en question était au coeur de l’hiver, pendant une coupure d’électricité, après s’être enfermé dehors par erreur. Mais il y a sans doute du vrai là dedans.

En face de Vancouver, à l’ouest, se dresse l’Île de Vancouver qui pourrait bloquer les nuages et les empêcher d’arriver jusqu’à la ville, mais non, même pas. Enfin si, un peu, mais pas assez, vraisemblablement. Et pas question d’imaginer, dans un futur proche, la construction de, je sais pas moi, des sortes de gros boucliers en métal ou des déflecteurs laser à particules actives. L’Île de Vancouver est remplie de parcs naturels, et la variété de sa flore est célèbre. Pas question d’y toucher, soit-disant. Admettons.

Oh, et non, Vancouver n’est pas sur l’Île de Vancouver, ça serait trop simple. En fait, leur nom vient du Capitaine George Vancouver, de la Marine Royale Anglaise, qui, autour de 1790, est venu dans le coin accompagné de quelques amis Espagnols pour foutre dehors les indiens qui étaient là depuis plus de 5000 ans et nommer divers endroits notables avec, au choix, son propre nom, ou le nom de ses potes.

On espère qu’il a au moins accompli tout ça avec un minimum de flegme Britannique.