30 octobre 2008

La parade des âmes perdues

Ca y est, Halloween est de retour, avec ses moultes décorations, festivités, et, euh, articles de blogs. Parce que mine de rien, plusieurs de mes compatriotes bloggueuses on déjà posté sur le sujet. Et comme elles sont françaises, elles râlent! Habitant toutes deux dans Kitsilano, elles se plaignent (une semaine à l’avance) de ne pas y voir beaucoup de maisons décorées… eh bien mesdames, c’est du côté de Commercial Drive qu’il faut aller!

La grande faucheuse

Petite remarque sur les photos de cet article: il faisait super sombre, il se passait plein de trucs, il y avait plein de gens dans tous les sens… mon appareil photo était complètement peaumé, le flash à la ramasse, l’auto-focus dans les choux… désolé pour les flous « artistiques » et le bruit sur les images, donc, sans compter les trucs géniaux que je n’ai pas pu prendre en photo et que vous ne verrez pas. C’est le signe qu’il me faut un appareil tout neuf, tenez. Ca tombe bien, c’est Noël bientôt, et avec le contexte économique y’en a sûrement un parmi vous qui a 5000$ et qui ne sait pas quoi en faire…

Commercial Drive, c’est à la fois une rue et un quartier qui se trouve autour, situés à l’est de Vancouver. Pour faire vite (on essaiera de vous reparler de ce quartier une autre fois), c’est un lieu qui était appellé à une époque « Little Italy » (« Petite Italie« ), rapport à la forte concentration d’immigrés italiens dans les années 50. Rajoutez au fil des décennies suivantes une couche d’activisme lesbien, de revendications pro-marijuana, et plusieurs vagues d’immigration sud-américaines et européennes, et vous avez un quartier très vivant, sorte d’alternative populaire à Kitsilano.

Homme à cornes

Chaque année, le quartier organise la « Parade of Lost Souls » (« Parade des âmes perdues« ), un peu avant Halloween. C’est plus un gros bordel qu’une parade, soit dit en passant, mais je suppose que ça respecte plus l’esprit du quartier comme ça. Aussi, ne croyez pas qu’il s’agit là d’une célébration qui s’inscrit dans « Halloween la fête commerciale ». C’est plutôt un évènement relatif aux vieilles fêtes païennes, dont le but est de « célébrer la vie et honorer les morts » (le crédo de la soirée).

Homme... quelque chose

Pour l’occasion, plusieurs quartiers de maison sont bloqués à la circulation, et plein de gens s’entassent autour de Grandview Park. On trouve des déguisement en tous genre, certains étant assez élaborés, comme par exemple cet homme marionnette:

L'homme marionnette

Il y a aussi des petits rigolos qui ont décidé de faire honneur au truc le plus mort de chez mort en ce moment:

Le Dow Jones, complètement moribon

Plusieurs groupes de musique aux déguisements et styles variés défilent dans les rues temporairement piétonnes, suivis par un cortège de créatures en tous genres éclairés à la torche. Ca me fait beaucoup penser à ce que j’imagine être les fêtes des morts en Louisiane, voire même en amérique du sud. Sauf qu’il fait probablement beaucoup plus froid ici.

Musique à la torche

Il suffit donc de sauter de groupe en groupe, chacun défilant un peu où il veut et dans n’importe quel ordre. La plupart de ces groupes sont également accompagnés de grosses marionettes bizarres:

Grosse marionette

Tout ça a sûrement une signification profonde – l’anthropomorphisation d’un concept philosophique quelconque – mais pour moi c’est juste une grosse marionette qui fout les boules.

Mais revenons à nous moutons: les maisons décorées. Parce que là, pour la parade, les gens du quartier ils sont à fond. Le minimum vital, c’est les décorations sur les fenêtres. Ca va de la maison avec des yeux (dont l’un est en photo ci-dessous) à la maison où on voit des ombres chinoises inquiétantes s’animer sur les fenêtres.

L'oeil de la maison

Le niveau d’au-dessus, c’est les animations sur les balcons. Vous entendez soudainement un rire strident et sadique sur votre gauche? C’est normal, c’est juste quelques sorcières qui menacent de s’envoler sur leurs balais du 2ème étage d’une maison avoisinante. Vous avez aussi ce gars, ci-dessous, qui, si j’ai tout bien compris, est une sorte de Zorro qui tue des enfants avec son épée. Ou un truc dans le genre.

Méchant Zorro

Ensuite viennent les démonstrations passives, comme par exemple cette sorte de famille gothique, installée sur un porche de maison avec bougies et squelettes. Je crois qu’ils étaient en habits des années 20, mais je suis pas sûr.

Famille gothique

Dans la catégorie des démonstrations actives, vous avez ces deux gamins avec des masques blancs qui dansaient au ralenti, sans rien dire, devant chez eux.

La danse des fantômes

Et alors le top du top, c’est la démonstration interactive à thème. De ce qu’on a vu, la palme revient à « Madame Butterfly« . Sa maison est décorée avec moultes plantes, fleurs, draperies et bougies, et la musique de l’opéra de Puccini passe en fond. La madame, déguisée comme vous pouvez le voir sur la photo suivante, marche lentement de gauche à droite sur son porche, se cachant le visage avec un évantail en forme de papillon. Puis, elle prend le récéptacle que vous voyez également sur la photo, et s’approche lentement et gracieusement de son audience, située quelques marches plus bas. Le réceptacle contient bonbons et friandises qu’elle propose aux enfants qui la fixent bouche ouverte et yeux écarquillés. Puis, elle remonte et disparait derrière un rideau.

Madame Butterfly

J’ai été vraiment épaté par tous les costumes, décorations et animations que j’ai vues. Il y avait un mec dans un véhicule araignée (trop génial d’avoir pu voir ça en vrai!), des monstres sortant de murs qui essaient de vous manger, des démonstrations pyrotechniques (principalement des jongleurs de feu), des crottes de chien par terre… plein de trucs super et inhabituels, quoi! Et le jour où vous voyez des flics forcer la Grande Faucheuse à vider sa canette de bière dans un caniveau, vous m’appellez, parce que ce coup-ci j’ai pas eu le temps de prendre la photo.

Monstre poilu

Il y avait aussi diverses références de pop-culture, entre des costumes inspirés par le Muppet Show et un chariot de victimes de la peste directement sorti des Monty Pythons (« Bring out yer dead!« ).

V for Vendetta

C’est sans aucun doute la meilleure festivité d’Halloween à laquelle j’ai assisté, et j’ai hâte d’y retourner l’année prochaine!

Vous pouvez aller voir tout un tas d’autres photos prises par d’autres gens sur Flickr.

28 octobre 2008

Spanish Banks

Spanish Banks, c’est la plage qui se trouve juste derrière Jericho Beach, juste avant les falaises de UBC. Si Jericho Beach est surtout un parc propice aux siestes sous les arbres, aux barbecues, et aux pique-niques, Spanish Banks est une plage principalement occupée par les terrains de beach-volley, confirmant ainsi qu’il s’agit d’une des activités estivales vancouveroises incontournables.

Spanish Banks

Les immeubles du centre ville sont bien loin (comptez 30 minutes à vélo), et si on regarde de l’autre côté, on ne voit que l’océan, et les glaciers au loin. Y’a pas beaucoup de villes où on peut profiter de ce genre de vue.

Y'a pas que l'eau qu'est bonne

Ah oui, on voit des gros bateaux cargo moches, aussi. Mais on fait rapidement abstraction grâce aux jolies filles qui tapent dans les ballons.

20 octobre 2008

Siwash Rock

Si vous faites une balade à pied, rollers ou vélo tout autour du Stanley Park, vous tomberez sur Siwash Rock.

Siwash Rock

Rien de transcendant, hein, c’est juste un bout de rochet avec un arbre dessus… quand je vous disais que ces saloperies poussent partout

29 septembre 2008

Les arbres, ces saloperies qui poussent partout

Vous savez, toutes ces histoires comme quoi il faut sauver les arbres? Et la forêt amazonienne ceci, et gâcher le papier c’est mal, et gna gna gna gna?

C’est que des foutaises.

Ici, des arbres, y’en a partout, c’est une vraie saloperie. Tenez, par exemple:

On manque pas d'arbres, par ici

Voilà. Des millions d’arbres à perte de vue. Tout cet espace, ça pourrait être des aires de jeux pour les enfants, des élevages de poneys, des hopitaux, des parkings, des usines Nike, voire même une zone de tests nucléaires… des trucs utiles, quoi. Eh beh non, c’est juste des arbres. Des arbres, des arbres, et encore des arbres.

Les arbres, ces saloperies

Une vraie saloperie, je vous dis, ça pousse partout. Dès qu’il y a plus de 3m2, pouf, devinez quoi? Des arbres:

Des arbres sur des rochers

C’est dingue… et personne ne dit rien!

Encore des arbres sur des rochers

Bon blague à part, tout ça, c’est des photos aériennes des environs de Tofino, une petite ville de la cote ouest de l’Ile de Vancouver. La côte y est incroyablement écorchée, avec moultes petites îles comme ça qui dépassent un peu partout de l’eau.

Non aux arbres

Moi je trouve ça super rigolo, toutes ces îles… non?

Encore des arbres au bord de l'eau

17 septembre 2008

Davie Street, le glamour et la mode

Le Davie Village, qui est un couloir situé autour de Davie Street, est le quartier gay de Vancouver. Son emblême est, sans grande surprise, un drapeau arc-en-ciel accroché à tous les poteaux et lampadaires des environs.

Drapeau de Davie Village

Les symboles de la gay pride se retrouvent également sur la plupart des devantures de magasins, sur les poubelles, et, sans doute le plus emblématique de Davie Street, sur les arrêts de bus, complètement peints en rose. Je vous laisse juger par vous-même…

Arrêt de bus gai

Eh ouais, Vancouver, ça bouge, c’est jeune, c’est gai, c’est à la mode… tout ça, quoi. Hein? Non?

22 mars 2008

Du déplacement pédestre dans un système routier en grille

Dans un récent article, on a abordé le système routier en grille de Vancouver, ainsi que les avantages que ça apporte. Un avantage que je n’ai pas mentionné est la généricité d’un tel système en ce qui concerne les déplacements.

Par exemple, le déplacement suivant:

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…est équivalent au déplacement suivant:

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…si on considère que l’important, c’est le point de départ et le point d’arrivée.

Il s’agit alors de trouver, parmi les nombreuses possibilités de déplacement, laquelle sera la plus rapide.

Contexte et postulats

Comme je me déplace principalement à pied personellement, je ne vais parler que de piétons ici. Ensuite, comme on se déplace sur une grille, la distance est la même quelque soit la trajectoire (si on ne prend évidemment en compte que les trajectoires directes qui ne font pas de détour). Si on exclut les considérations telles que les variations de vitesse en fonction de la pente, le seul facteur réellement impactant dans le temps de trajet est le temps d’attente aux feux rouges.

J’ai écrit un petit programme permettant de simuler le trajet d’un pieton à travers une grille, duquel je tire les diagrammes et les chiffres que je donne dans la suite de cet article. Les hypothèses de départ sont les suivantes:

  • Du point de vue du piéton, les feux de circulation sont aléatoires. En vérité, ils sont plus ou moins synchronisés, mais comme cette synchronisation est faite pour les voitures, qui se déplacent de manière significativement plus rapide que les piétons, elle est totalement perdue pour une vitesse moyenne de marche. De plus, une différence de quelques pourcents dans la vitesse de marche amène une grande différence dans l’état des feux rencontrés pendant le trajet. Comme il s’agit ici de trouver un algorithme générique qui ne dépend ni du lieu géographique, ni du piéton, j’ai opté pour un modèle aléatoire de feux de circulation.
  • Le temps de feu vert et de feu rouge est de 30 secondes chacun. En bon français, on traverse en courant comme un sagouin au feu orange clignotant, donc je compte ça comme un feu vert.
  • La grille est uniforme, et chaque intersection est identique. En pratique, il y a sûrement quelques endroits dans votre quartier où la grille est « cassée » d’une manière ou d’une autre. Sur mon trajet journalier pour aller au bureau, par exemple, je sais qu’en longeant le B.C. Stadium, j’avancerai de 3 pâtés de maison sans rencontrer d’intersection, et donc garanti sans feu rouge. J’optimise donc mon trajet matinal en donnant un biais à mon algorithme de manière à passer par là si cela semble bénéfique.

Le but du jeu est, partant d’une intersection donnée, aller à une autre intersection donnée. Disons que cette destination est le croisement de la rue Latitude (qui est « horizontale », orientée d’est en ouest) et de la rue Longitude (qui est « verticale », orientée du nord au sud).

Quelques algorithmes simples

L’aglorithme le plus simple, voire le plus stupide, consiste à aller tout droit en partant de chez soi jusqu’à atteindre la rue Latitude, puis de remonter cette rue jusqu’à atteindre Longitude.

Un algorithme toujours simple, mais un peu plus malin, consiste à traverser systématiquement la rue du côté où on voit un feu vert. Une fois de l’autre côté, on continue sur sa trajectoire. Si on atteint l’une des deux rues terminales (Latitude ou Longitude), on se contente alors d’aller tout droit jusqu’à la destination. J’ai appellé cet algorithme « algorithme opportuniste ».

Pour mes tests, j’ai considéré 4 types de trajets: 5×5, 5×10, 10×10 et 10×20, où les deux chiffres correspondent au nombre de pâtés de maison à traverser respectivement vers l’est et vers le nord (on démarre donc « en bas à gauche » et on va « en haut à droite »). Ces 4 trajets sont simulés 100.000 fois pour chacun des algorithmes, et le temps d’attente total de chaque trajet est enregistré (le temps d’attente total d’un trajet étant la somme de toutes les attentes à tous les feux rouges rencontrés). Je n’ai pas été au delà de 10×20 car j’estime qu’une distance plus grande incitera à prendre son vélo ou les transports en commun, à moins qu’on soit en train de se balader, auquel cas on est pas pressé. Pour information, mon trajet pour aller au bureau est de 7×8.

On peut déjà constater que l’algorithme opportuniste est non seulement nettement plus efficace que l’algorithme stupide, mais aussi plus sûr.

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On constate également que l’algorithme opportuniste rencontre moins d’attente en moyenne pour un trajet 10×10 qu’un trajet 5×10, alors que c’est un trajet plus long. Mon interprétation est que comme 5×10 est un trajet plus « étroit », le piéton peut plus rapidement déboucher sur la rue Longitude, et se retrouver à devoir avancer bêtement tout droit, sans aucun autre choix que d’attendre à chaque feu rouge. Le trajet 10×10, par contre, est « large », et permet au piéton d’avoir plus de « marge de manoeuvre » pour tourner à droite ou à gauche en fonction des feux.

Un peu d’optimisation

On peut légèrement améliorer l’algorithme opportuniste, de manière simple. Lorsqu’on se retrouve à un coin sud-ouest d’un pâté de maison (juste après avoir traversé la rue, donc), plutôt que de continuer dans la direction qu’on suivait précédemment, on se dirigera dans la direction vers laquelle il nous reste le plus de chemin à parcourir. Ainsi, si on est est plus près, en nombre de pâtés de maison, de la rue Longitude que de la rue Latitude, on ira vers le nord. Sinon, on ira vers l’est. Cet algorithme est « l’opportuniste légèrement malin ».

Cette optimisation donne des résultats assez frappants:

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Un peu plus d’optimisation (enfin, une tentative)

J’ai ensuite écrit deux nouveaux algorithmes: « l’opportuniste malin », et le « sacrificiel ». Ces deux algorithmes ont pour but de corriger le problème que j’ai mentionné à propos des trajets « étroits », et de la situation peu désirable d’aboutir sur une rue terminale alors que l’autre rue terminale est à plusieurs pâtés de maison de là. Il s’agit donc de laisser plus de « marge de manoeuvre » au piéton en essayant d’atteindre les deux rues terminales le plus possible en même temps, même s’il faut sacrifier un peu de temps au milieu du trajet.

L’opportuniste malin reprend l’algorithme de l’opportuniste légèrement malin, mais y ajoute la variation suivante:

  • Si on se trouve plus proche d’une des deux rues terminales par rapport à l’autre (par exemple on est à 2 pâtés de maison de Longitude, et à 5 de Latitude), on peut ignorer un feu vert et préférer, si possible, tourner en restant sur le même bloc afin de se diriger vers la rue terminale la plus lointaine. Par exemple, si on est au coin nord-ouest d’un bloc et que le feu vert nous permettrait de traverser vers le nord, mais qu’on se trouve très proches de Latitude, on ne va pas traverser, et plutôt longer le bloc vers l’est afin de se rapprocher de Longitude.

L’algorithme sacrificiel, lui, va plus loin, acceptant de faire des sacrifices:

  • Si on se trouve vraiment très proche d’une des deux rues terminales, on veut absolument continuer vers la rue terminale la plus lointaine, même si cela veut dire qu’on se tape un feu rouge.
  • On n’accepte de se taper un feu rouge que si ce feu rouge est « bien mûr », à savoir qu’on ne l’a pas vu passer au rouge alors qu’on approchait. J’estime que si le feu dure 30 secondes, on peut raisonnablement savoir si un feu est rouge depuis au moins 20 secondes, car cela veut dire qu’il est rentré dans le champ de vision du piéton 30 mètres environ avant que celui-ci l’atteigne. Le piéton peut en plus s’aider du feu perpendiculaire, qui devrait clignoter en orange si le croisement va bientôt basculer de sens. J’ai utilisé 2 instances de cet algorithme: un qui accepte de se taper des feux rouges vieux d’au moins 20 secondes, et un qui accepte ceux vieux d’au moins 25 secondes (ce qui veut dire qu’on sacrifie, au plus, 10 et 5 secondes respectivement).
  • On n’accepte de se taper un feu rouge que si l’on est significativement plus proche d’une rue terminale que d’une autre. Les 2 instances de l’algorithme utilisent également 2 réglages différents pour cela: une qui accepte de sacrifier du temps si on est 3 fois plus loin d’une rue terminale que d’une autre, et une qui accepte lorsqu’on est 4 fois plus loin.
  • Les 2 instances sont nommées, dans les graphes ci-dessous, « Sacrifical 3/-10 » (3 fois plus loin, 10 secondes) et « Sacrificial 4/-5 » (4 fois plus loin, 5 secondes). Le premier algorithme est donc plus prompt à sacrifier du temps à un feu rouge que le deuxième.

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D’abord, on constate que l’opportuniste malin est en fait moins efficace que l’opportuniste légèrement malin. Je pense que c’est tout simplement parce qu’on fait l’erreur de troquer un « gain certain » (un feu vert) pour un « gain hypothétiquement plus grand » (ignorer le feu vert et aller à une autre intersection pour se rapprocher de la rue terminale la plus lointaine, mais s’exposer à la possibilité d’avoir un feu rouge mal placé). Cette erreur est un phénomène assez classique de psychologie humaine, et est bien souvent peu bénéfique, comme on peut le voir également dans des jeux comme « Deal Or No Deal« , connu pendant un temps dans l’hexagone sous le titre « A prendre ou a laisser« , alias « La Boiboite D’Arthur« .

L’algorithme sacrificiel, lui, permet de grapiller quelques secondes dans certains cas, notamment les cas où, justement, il y a peu de marge de manoeuvre dès le depart (trajets courts ou « étroits »), mais perd de son intérêt pour les voyages longs et « larges ». De plus, il est légèrement moins sûr que la plupart des autres algorithmes. N’oublions pas également que dans le monde réel l’évaluation de l’âge d’un feu rouge peut être gênée par divers phénomènes, tel que l’obstruction de la vue du piéton, par exemple, ce qui rend l’application de cet algorithme plus délicat.

Conclusion

Il me semble que l’algorithme opportuniste légèrement malin est le plus efficace, surtout si on le combine subtilement, ici et là, avec un peu d’algorithme sacrificiel, notamment quand on se retrouve à des distances trop inégales des deux rues terminales, et qu’on est relativement sûr de son évaluation de l’âge d’un feu rouge (la plupart du temps parce que le feu perpendiculaire clignote depuis plusieurs secondes). Enfin, lorsqu’on combine le tout avec une certaine connaissance du quartier, on peut faire des trajets sans aucun temps d’attente à aucun feu rouge dans la majorité des cas!

Si vous avez repéré des erreurs, ou que vous avez des suggestions, n’hésitez pas à poster un commentaire. Et pour ceux qui vont inévitablement me dire que c’est beaucoup s’embêter pour économiser 23 secondes par jour, je leur dis « crotte ». En plus, ces gens là ne sont sans doute pas ingénieurs, donc ils ne peuvent pas comprendre qu’être ingénieur c’est plus qu’une formation, un métier, une passion… c’est un véritable mode vie! La quête du savoir! La soif d’optimisation! La joie de gaspiller du temps et de l’argent à travailler sur des choses inutiles! Sans oublier la compulsion à acheter plein de gadgets hors de prix, et le plaisir de chauffer son appartement uniquement avec leur effet Joule! Rah la la, vous savez pas ce que vous ratez les gars.

Grillé

Vancouver, comme pratiquement toutes les villes d’amérique du nord, possède un système routier en grille. C’est ça les villes fondées après l’invention de l’équerre et du compas, et aussi après la découverte des problèmes de traffic routier… on se retrouve avec ça:

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…ce qui est quand même beaucoup moins fun que ça:

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Notez la différence dans le nombre de sens interdits!

Mais malgré le côté "mauvais joueur" du système routier en grille, il y a quand même quelques avantages pratiques…

L’avantage le plus évident, c’est que pratiquement chaque route est une route alternative pour se rendre où vous voulez. Une rue est trop encombrée à votre goût? Elle est bouchée par des travaux? Il suffit de prendre la parallèle, à droite ou à gauche! C’est particulièrement sympathique quand on est en vélo, et qu’on peut ainsi totalement éviter de rouler sur les grandes avenues, choisissant plutôt les parallèles qui traversent les quartiers résidentiels calmes.

Un autre avantage, c’est qu’il est virtuellement impossible de se perdre: il suffit d’aller tout droit jusqu’à atteindre sa rue de destination, et ensuite de descendre ou remonter cette rue jusqu’à être arrivé. Pour se perdre, il faudrait donc soit partir carrément dans l’autre sens, ou alors être tellement la tête dans le cul qu’on passe à côté de sa maison sans s’en rendre compte.

Et enfin, l’avantage, c’est qu’on peut chercher à optimiser ses trajets de manière générique! On va voir ça dans le prochain article…

1 février 2008

Cypress by day

Ouais, encore un article sur le ski, je sais, mais bon, ne pas poster sur le ski à Vancouver, ça serait comme ne pas poster sur le surf à Sydney, ou les petites culottes à Tokyo. Et puis je vous avais seulement montré le ski de nuit, par temps dégagé et par temps couvert, donc il fallait bien que je vous poste les photos de jour.

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Sans grande surprise, on a rapidement une vue sur la ville.

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Par contre, l’intérêt du ski de jour, c’est surtout qu’on peut voir l’océan.

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Franchement, skier avec une vue sur le Pacifique, c’est quand même la belle vie.

Mais la bonne surprise, c’est la vue qu’on a de l’autre côté, lorsqu’on est en haut des pistes. En effet, on y voit les Lions (Bowen Island, Gambier Island, et autres petites îles) dans le Détroit de Howe, c’est très mignon.

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Et voilà ce qu’on voit quand on est tout en haut de la station.

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C’est plus intéressant que l’océan, parce que bon, finalement, l’océan c’est vide et plat, quoi. Là y’a des trucs à regarder, c’est mieux.

Et puis sinon, je trouve que c’est aussi migon quand on est tout en bas.

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Ah ça, non, on manque pas d’arbres dans la région.

26 janvier 2008

Le parc de la Reine mère

Le Queen Elizabeth Park est situé à une quinzaine de minutes du centre-ville, sur une petite colline de 160m d’altitude, surnommée "Little Mountain" au 19ème siècle. Transformée en carrière au tout début du 20ème siècle lorsqu’il a fallu trouver des pierres pour poser les premières routes pavées de Vancouver, elle est ensuite restée à l’abandon pendant les années 30 jusqu’à ce que le terrain soit placé dans les mains du Comité des Parcs Vancouverois, qui se tatait alors pour transformer toutes les carrières du coin en jardins municipaux. Après la visite royale de 1939 du Roi George VI et madame la Reine mère, c’était enfin officiel, le Queen Elizabeth Park présentait aux visiteurs le premier arboretum municipal du Canada, avec des échantillons des divers arbres qu’on trouve en Colombie Britannique.

Queen Elizabeth Park (1)

On y trouve aussi plein de fleurs, des petits ponts, des chemins secrets, des cours de golf, tennis, et basketball, et des grandes étendues d’herbe pour pic-niquer1.

Fleurs au Queen Elizabeth Park

Avec un cadre mignon comme ça, il est courant de croiser des gens en costards et grandes robes blanches en train de se faire prendre en photo.

 Queen Elizabeth Park (2)

A part ça, il y a le Bloedel Floral Conservatory, qui contient sous son dôme géodésique une serre et une volière, où les oiseaux peuvent voler librement.

Géodesie

Et… euh… bah voilà, quoi. C’est un parc, mince, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise de plus, moi? Y’a des parcs à tous les coins de rue, de toutes façons, en Amérique du Nord… Bon, allez, en cherchant bien, celui-là, il a des jets d’eau. Hop. Ouais. Incroyable.

Jets d'eau au Queen Elizabeth Park

Et on peut avoir des jolies vues sur la ville, avec les montagnes au fond. Hop. Ouais. Incroyable aussi. Genre on voit pas ça déjà à tous les coins de rue.

Queen Elizabeth Park (3)

Et… euh… c’est tout. Okay, c’est joli, c’est calme, c’est vert, et ça manque de crottes de chien… C’est un parc, quoi…

Ouais, incroyable.

1 Ou niquer tout court, si c’est votre truc (allez, pas la peine de faire genre vous êtes choqués, je suis sûr que vous y pensiez, à celle là).

6 janvier 2008

Bonne année, mais pas nécessairement pour tout le monde

Après mon article sur les grosses affaires vancouverites pas joyeuses du moment, je me suis dit que je pourrais bien parler des problèmes locaux plus courants. Déjà, ça vous changera de mes photos traffiquées pour vous faire croire que le ciel est toujours bleu à Vancouver. Ensuite, ça vous gâchera votre euphorie de la nouvelle année. Et puis ça vous changera de la routine habituelle des syndicats et des grèves, de l’Europe, des banlieues, du chomâge, du trou de la sécu, de la gauche, de la droite, du milieu, et autres rangaines socio-politiques françaises. Enfin, ça vous permettra de savoir, en contrepartie, quelles sont les rangaines d’ici.

Contrairement à ce que les mauvaises langues diront, la pluie n’est pas le problème numéro 1 à Vancouver (comme le prouvent mes photos avec des ciels bleus, donc), mais bien les sans-abris et la drogue. Oui, je sais, ça fait théoriquement deux problèmes, mais les deux sont souvent étroitement liés. D’ailleurs, ils sont tous les deux bien correctement rangés dans le Downtown Eastside, situé juste derrière Chinatown et Gastown. D’après certains, c’est carrément le quartier le plus pauvre de tout le Canada (Wouhouh! Allez Vancouver!). Et quand je dis "correctement rangé", c’est vraiment le cas: 2 pâtés de maison avant d’y rentrer, on est encore dans des endroits branchés remplis de gens riches et bien portants. On a vraiment l’impression de traverser un portail inter-dimensionnel, par endroits.

Sans abri

(remarquez au passage l’utilisation judicieuse de filtres de couleur pour faire passer ce qui est probablement un ingénieur d’IBM aux goûts vestimentaires douteux pour un pauvre SDF… c’est ça, la magie des images)

Historiquement, toutes les villes olympiques ont eu un problème avec les sans-abris, car il s’agit de faire bonne figure pour les touristes et les caméras. De Londres à Atlanta en passant par Sydney ou Pékin, seule la méthode change: certains offrent gracieusement un billet de bus pour envoyer les clochards en grande banlieue, d’autres les font fuir en utilisant la police pour faire pression. Les plus gentils ouvrent des foyers d’acceuil, mais prennent bien soin de les placer le plus loin possible. Vancouver ne devrait normalement pas échapper à la règle, mais le problème y est un peu plus complexe.

Piccadilly Pub

Au début des années 90, le Canada était dans une situation économique très difficile, et a été redressé par des coupes budgétaires, un remboursement systématique de la dette nationale1, et diverses autres initiatives issues de gouvernements libérals et social-démocrates. Si l’économie canadienne a très bien récupéré depuis, la théorie selon laquelle la croissance du pays bénéficierait à tout le monde a été infirmée par les inégalités dans les différents secteurs. Ces inégalités ne sont pas significativement pires que dans les autres pays occidentaux, mais particulièrement décriées ici, probablement parce qu’elles incluent par dessus le marché les problèmes d’exclusion des personnes d’origines aborigènes (dont on parlera dans un futur article sur les autres problèmes courants du coin).

Lentement

Les problèmes spécifiquement vancouverois s’ajoutent ensuite aux problèms nationaux. Par exemple, le développement fulgurant de la ville dans certains secteurs (nouvelles technologies et construction, entre autres) aggravent les problèmes d’inégalité mentionnés précédemment. Les nouvelles constructions, les rénovations, les modifications du réseau de transport public, et tous les autres aménagements prévus pour 2010, qu’ils soient à l’initiative de la municipalité ou de compagnies privées, galvanisent le marché immobilier déjà bien en forme grâce, entre autres, aux taux d’emprunt historiquement bas similaires à ce qu’on a connu en France ces quelques dernières années.

Un cas courant est ainsi celui où un établissement change de main pour être rénové, réhabilité, voire démoli pour faire place à des logements de meilleure qualité. Les occupants doivent alors trouver une autre habitation, et peuvent se retrouver devant un dilemme budgétaire où toit et nourriture ne peuvent plus cohabiter. Car dans une situation finalement très similaire à certaines région de France, la montée des prix a dépassé la montée des salaires2, et ne pas pouvoir se payer un appartement, même dans les locations à bas prix, est l’une des principales raisons pour rester à la rue. Selon les endroits, on peut trouver jusqu’à un tiers de SDFs qui ont, en fait, un emploi qui les occupe au moins 30h par semaine. Mais l’emploi ne fait généralement pas long feu à partir de là.

Cuban Cigars

Evidemment, la drogue et les maladies (mentales ou physiques) jouent toujours un rôle important. Sur le plan de la drogue, les Triades, la mafia chinoise, seraient assez actifs dans le coin, rapport au fait que Vancouver est un important port de la côte Pacifique, et le principal accès au territoire canadien depuis l’Asie. Enfin j’ai pas fait un enquête approfondie sur le sujet, hein, remarquez, et comme j’ai pas envie de perdre un doigt, j’irai pas infiltrer les clubs de East Hastings juste pour vos beaux yeux. Mais toujours est-il que le traffic de drogues dures, et plus particulièrement l’héroïne, est important, et touche beaucoup de monde. Vancouver ouvrait ainsi en 2003, et dans le Downtown Eastside, justement, des sites d’injection supervisée (Les premiers d’amérique du nord! Wouhouh! Allez Vancouver!) pour tenter de limiter les problèmes annexes liés à la drogue (principalement la transmission de maladies comme le SIDA par les seringues).

Drugs

On estime entre 2000 et 2300 le nombre de SDFs à Vancouver, ce qui est, en pourcentage de population totale, assez similaire à Paris où les estimations oscillent entre 8000 et 12000. Mais c’est la tendance qui est le problème ici, puisqu’à moins d’une inflection, on dépassera les 3000 sans-abris pour les Jeux Olympiques de 2010. Oui, ça augmente vite. Wouhouh! Allez Vancouver!

Petit vélo

Diverses organisations et associations oeuvrent pour l’amélioration des conditions de vie dans le Downtown Eastside, et pour les gens démunis en général, et il y a pas mal d’attention et d’attentes sur ce que le maire va mettre en place pour régler le problème… mais faudra pas rêver non plus.

Voilà, j’espère que ça vous intéresse, tout ça, et si j’ai dit des conneries (vous savez ce que c’est, la recherche d’infos sur internet…), n’hésitez pas à poster des rectifications dans les commentaires.

Cash

Allez, maintenant que j’ai un nouvel objectif avec un gros zoom (merci Papa Noël… à savoir moi-même), il faudra que j’y retourne pour vous faire de meilleures photos du quartier.

1 Le Canada est l’un des rares pays développés à avoir une dette en baisse et peu, voire pas du tout, de dépassement de son budget fédéral chaque année.

2 Pour vous faire une idée très vague des prix vancouvérois, il faut compter 6000$ (soit 4000€) par mètre carré en centre ville. En comparaison, le prix moyen du mètre carré sur Paris est à un peu plus de 6300€. Cela n’empêche pas les canadiens d’être choqués par les prix de Vancouver qui est maintenant la ville la plus chère du pays en terme de logement (Wouhou! Allez Vancouver!). Il y a quelques années, les provinces de l’est, avec Toronto et Montréal comme villes principales, dominaient le marché, mais le développement des provinces de l’ouest a propulsé Vancouver, Calgary, Edmonton et même Saskatoon vers le haut, parfois de manière totalement obscène, du genre des prix littéralement 2 fois plus cher ici (faut dire qu’on a la ville la plus mieux bien, aussi… Wouhouh! Allez Vancouver!). L’arrivée de nombreux immigrants avec leurs poches pleines d’argent tout neuf n’a pas amélioré la situation, alors que le marché québecois ou ontarien restait relativement sage. De toutes façons, le mieux, c’est d’investir à Iqaluit, une super ville où l’aéroport est plus grand que la ville elle-même.