11 avril 2010

Le retour des prix hors-taxe: l’explication chiante

Allez hop, vite: vous avez 15 dollars dans votre poche et vous voyez les affiches suivantes:

Plat du jour

Wrap

Chez qui vous allez manger?

Pour les expatriés et les touristes, l’une des premières différences frappantes entre l’Amérique du Nord et l’Europe est l’affichage des prix. En effet, le Canada et les Etats-Unis font partie de cette minorité de pays crétins qui affichent leurs prix hors taxes, et de la moitié de pays intelligents qui affichent leurs prix hors pourboires… bref, vous allez payer sacrément plus que le prix affiché. On en avait déjà parlé lors d’une baisse des taxes il y a 2 ans, et si vous avez bien suivi, la réponse est “je vais chez le Pakistanais qui fait des wraps à $5.99 parce qu’avec $15 j’ai pas assez d’argent pour un repas à $15”. Par contre, ce dont on avait pas parlé, c’est de l’explication pour laquelle ça se passe comme ça…

La raison, suprenante, de cet affichage qui ferait hurler les associations de consommateurs françaises est simple: un mélange d’embroglio politico-administratif et de gouvernements soucieux de l’opinion publique.

Crepes japonaises

Avant 1991, il n’existait au Canada aucune taxe sur les ventes. La seule taxe existante était une taxe fédérale relativement obscure, la FST (“taxe sur les ventes de producteurs”). Le problème de la FST était qu’elle ne s’appliquait qu’à une catégorie relativement restreinte de produits, et seulement en amont dans la chaine de production (elle était invisible aux consommateurs). Cela nécessitait donc beaucoup de paperasses justificatives entre producteurs, et rendait certaines industries canadiennes peu compétitives à l’export. Aussi, son application non-systématique déformait les marchés.

En 1991, par contre, un gouvernement conservateur centriste (quoique légèrement à droite sur les sujets économiques) se met à introduire un sytème de taxe sur la valeur ajoutée sous la forme de la GST (“taxe sur les produits et services”), fixée alors à 7%. Le système de taxe ajoutée signifie, grosso-modo, que chaque maillon de la chaine de production paie des taxes sur ses achats, puis fait payer des taxes sur ses ventes à ses clients, mais ne reverse que la différence (ou “valeur ajoutée”) à l’état. Vu de loin, ce système ressemble à notre bien nommée TVA nationale. De toutes façons, vu de loin, pratiquement toutes les taxes sur les ventes appliquées dans le monde (sauf aux Etats-Unis parce que c’est des gros nazes) sont inspirées de la TVA française, introduite en 1954 dans une version un peu plus réduite que celle qu’on connait maintenant (elle fut étendue dans les années 60 par Valéry Giscard d’Estaing). Encore une grande invention française, quoi… pas la peine de nous remercier, les gars.

Bref, rendez-vous compte que l’introduction d’une telle TVA au Canada est un évènement relativement récent, et les gens qui se rappellent de “l’avant GST” sont nombreux… vous pouvez imaginez qu’à l’époque, ils n’étaient pas super contents, surtout qu’au même moment toutes les provinces, sauf l’Alberta, décident également d’appliquer une taxe provinciale, la PST (“taxe provinciale sur les ventes”), avec des taux entre 6 et 12%. Les taxes totales sur les ventes sont donc une combinaison de TVA fédérale (la GST) et de TVA provinciale (la PST).

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Faisons maintenant une brève pause et remontons au 19ème siècle, lorsque l’Acte Constitutionel de 1867 fut signé. C’est un document extrêmement important car il fait partie des quelques étapes qui unifièrent le Canada en un dominion fédéral avec le système politique que l’on connait maintenant. Le problème c’est que pour unifier des territoires aussi immenses et éloignés les uns des autres, il était impératif de leur laisser un minimum d’autonomie. Un petit détail de cet acte constitutionel déclare ainsi (allez savoir pourquoi) que chaque province décidera comme bon lui semble des lois gouvernant le marketing et l’affichage des prix. Par contre, et afin d’établir une certaine protection des citoyens contre le bon vouloir des provinces, une autre clause indique que seul le gouvernement fédéral peut mettre en place un quelconque impôt indirect. Si une province décide d’inventer un nouvel impôt, il sera obligatoirement direct afin que les citoyens de cette province soient pleinement conscients de la situation.

Revenons maintenant en 1991. Le gouvernement fédéral vient d’introduire la GST avec, entre autres, le but de rendre les taxes plus “visibles” pour les consommateurs (par opposition à la précédente FST). Il souhaite également rendre le mélange entre taxes fédérales et provinciales plus simple, en encourageant les provinces à adopter une taxe “harmonisée” (HST) qui combinerait GST et PST… mais les provinces ont d’autres idées en tête. Face à une opinion publique largement mécontente à l’idée d’une hausse des prix, elles préfèrent en mettre le plus possible sur le dos d’Ottawa. Ainsi, lorsque le débat se présente de décider s’il faut imposer un affichage TTC (“toutes taxes comprises”), les provinces choisissent d’éviter le sujet: toute cette histoire de taxes est la faute du gouvernement fédéral, après tout, et ils veulent une taxe “visible”, qu’ils disent! De toutes façons, les provinces n’ont constitutionellement pas le droit d’imposer un affichage des prix avec la PST comprise car celle-ci deviendrait alors une taxe indirecte (selon la définition canadienne du terme qui dit que la taxe est indirecte si elle est, entre autres, “cachée” dans une autre transaction financière… on ne sait pas si le fait qu’elle soit indiqué sur le reçu de caisse la rend ou non visible puisque la question n’a jamais été sérieusement étudiée). Inversement, le gouvernement fédéral ne peut rien imposer aux provinces sur ce sujet (à part peut être sur l’inclusion de la GST uniquement), toujours à cause de la constitution. Ils auraient pu en profiter pour la changer pour l’occasion, mais je suppose que ça aurait décuplé la complexité d’une initiative déjà pas super triviale à la base.

Du coup, on laisse le choix aux magasins d’adopter l’affichage qu’ils désirent… et par souci de compétitivité, tout le monde adopte rapidement l’affichage hors taxes (ça le fait mal d’afficher un produit à $115 alors que le voisin l’affiche à $99, même si on met un gros panneau “les prix sont TTC !”).

Notez qu’il existe tout un tas d’exceptions: les pompes à essence, les tickets de cinéma ou de théâtre, les taxis, les parc-mètres et autres machines automatiques, les téléphones publics, certains trucs comme les zoos et les parcs d’attraction, etc… tous font figurer des prix TTC (probablement parce que le gros de la clientèle est composée de touristes qui supportent mal l’affichage hors taxes). Bref, bonjour le bordel pour le consommateur (mais moi j’m’en fous, j’suis riche donc je regarde pas ce que je paie).

Pour terminer, voilà un petit résumé des évènements relatifs à notre sujet depuis 1991:

  • Le parti conservateur qui avait introduit la GST était à l’époque bien évidemment majoritaire dans la Chambre des Communes, avec 169 sièges sur 295. Pendant les élections de 1993, ils se font détruire par les électeurs et se retrouvent avec seulement 2 sièges, au profit des libéraux de Jean Chrétien. Ouaip. Deux sièges. Avoir introduit la GST de manière aussi visible était donc un bon suicide politique. Des gens (dont beaucoup de conservateurs même) pensent que ça se serait beaucoup mieux passé s’ils avaient réussi à imposer des affichages de prix TTC sur le plan fédéral, limitant ainsi la “mémoire” des canadiens sur le changement des prix à la caisse. Notez qu’on trouve encore de nos jours des gens qui râlent en réclamant le retrait de la GST… un peu comme les gens qui réclament le retrait de l’euro en Europe, quoi, mais avec 10 ans de plus et une chemise à carreaux.
  • En 1992, le Québec introduit la QST (“taxe québécoise sur les ventes”) comme alternative aux PSTs des autres provinces (parce que le Québec fait jamais comme les autres). Son fonctionnement en rapport à la GST est proche de la taxe harmonisée (HST) voulue à l’origine par le gouvernement fédéral, mais elle est administrée par Revenu Québec (le fisc local), et n’apporte pas vraiment d’amélioration sur le plan administratif des entreprises aux autres systèmes PST/GST.
  • En 1997, une réelle HST est mise en place en Nouvelle Ecosse, Nouveau Brunswick, et Terre-Neuve (qui veulent qu’on les appelle “Terre-Neuve-et-Labrador” mais on a pas que ça à foutre). Apparemment, l’accord entre ces provinces et le gouvernement fédéral incluait à l’origine des conditions sur l’affichage de prix TTC sur certains produits et services, mais ces clauses ont été combattues férocement par les entreprises nationales, pas très chaudes à l’idée de devoir maintenir deux affichages de prix différents dans leurs magasins, catalogues, sites internet, etc., en fonction de la province concernée.
  • En 2006, puis en 2008, le gouvernement fédéral baisse la GST de 1% (elle est maintenant à 5%), principalement à cause de promesses électorales (comme quoi des fois les politiciens les tiennent).
  • Au 1er juillet prochain, la Colombie Britannique et l’Ontario vont également mettre en place la HST. L’Ontario aura exactement la même taxation que les autres provinces déjà sujettes à la HST, soit 13%. La Colombie Britannique fait sa maline avec une HST de 12%, mais principalement parce que la PST y était jusqu’à maintenant 1% plus basse que chez ses copines… et comme l’introduction de la HST est déjà très impopulaire, ça serait encore plus le bordel si le gouvernement rajoutait 1% en plus (on en repalera, de toutes façons, c’est le genre de bordel politique fédéral/provincial bien canadien qu’on ne connait pas en France, ça vous changera du bouclier fiscal et des burkas). En tous cas, ça fout la pression sur les quelques provinces restantes qui n’ont pas encore harmonisé leurs taxes…

Pfiou. Voilà, je crois que vous savez à peu près tout, maintenant (si j’ai dit une connerie, insultez moi en commentaire)… et s’il y a des futurs expatriés parmi vous qui s’inquiètent, sachez que l’affichage des prix en magasin suit en général les autres bonnes pratiques françaises, comme par exemple l’affichage du prix par unité de poids ou de volume afin de mieux comparer… et comme il n’y a aucune GST ou PST sur la plupart des articles de votre panier de courses (nourriture, boissons non-alcoholisées, etc.), les prix affichés en supermarché sont effectivement ceux que vous paierez à la caisse.

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Ca y est, tout le monde est endormi?

30 mars 2010

Le problème du croissant

Les boulangeries françaises sont relativement courantes à Vancouver. Le problème c’est que si la plupart des vitrines, de loin, ont l’air francophonement alléchantes, quand on rentre dedans c’est une autre histoire. A “La Boulangerie” on se fait servir par une indienne bizarre, et à la “Baguetterie Parisienne” il s’agit de deux japonaises, par exemple. Bref, comme bien souvent en amérique du nord, on use et abuse de la France pour attirer sans honte et à grands coups de photos de la Tour Eiffel le client vers des produits qu’on promet de qualité, mais qui sont en réalité bien moyens, voire pire. Alors oui, OK, la nationalité des caissières n’a généralement pas d’impact sur la qualité des produits, mais quand même si je vais dans un restaurant à sushis et que tout le monde a l’air pakistanais, j’ai des doutes. Les bonnes surprises sont rares.

Dans le cas des boulangeries françaises d’ici, le bât blesse principalement au niveau des croissants. Les croissants à Vancouver sont tout simplement rarement bons. Ils sont tout secs, genre ils ont oublié de mettre le beurre (ce qui est un comble quand on fait des croissants au beurre). Ca doit être l’effet west-coast, c’est des croissants diététiques, peut-être. En tous cas, je sais pas vous, mais moi, si j’ai pas besoin de m’essuyer les mains après avoir mangé un croissant, c’est qu’il y a un problème… le pain est vaguement mangeable, mais vous vous en sortirez généralement mieux (et pour moins cher) en allant dans d’autres boulangeries européennes (principalement italiennes ou grecques… mais il faut aimer le pain italien ou grec!), ou en allant dans celles qui ne se revendiquent d’aucune nationalité particulière, genre Terra Breads (parce que c’est pas sous prétexte qu’un pain n’est pas fait exactement à la française qu’il n’est pas bon).

Terra Breads at Granville Market

On trouve aussi du bon pain dans les endroits les plus surprenants, mais le sujet a l’air plus discutable auprès des expatriés vancouvérois (le pain de Costco, le pain de l’épicerie asiatique de Strathcona, etc…). Enfin le principal c’est que chacun trouve du pain qui lui plaise…

Terra Breads at Granville Market (close up)

…ce qui nous laisse quand même avec le problème du croissant.

Eh bien la bonne nouvelle, pour les amateurs de viennoiseries de qualité, c’est qu’une vraie boulangerie/patisserie française ouvre cette semaine! Avec des croissants blindés de beurre! (dont on me dit qu’il est néo-zélandais, d’ailleurs).

Croissants au beurre

Ca s’appelle “Baguette & Co”, c’est tenu par des amis, et ça ouvre le 1er avril à Kitsilano au milieu des boulangeries grecques de Greektown. En bon business vancouvérois, B&C a sa page facebook avec toutes les informations nécessaires. La “french bakery with a twist” (c’est leur slogan) offrira même à ses sympathiques clients un espace avec tables et canapés pour déguster ses produits avec un petit café ou un thé… une expérience très Kits, quoi.

Patisseries francaises

Maintenant, on peut passer au problème suivant, celui du sirop de grenadine, dont je soupçonne qu’il sera potentiellement bientôt réglé… stay tuned.

Mise à Jour: la méga classe, William Gibson aime les croissants de Baguette & Co, apparemment.

14 septembre 2009

Merci Liberation-BC

Si vous ne l’aviez pas déjà deviné depuis le temps, il faut savoir que Vancouver, comme la plupart des villes de la côte ouest, est pleine de végétariens défenseurs de l’environnement et protecteurs des animaux qui font leur footing tous les matins et conduisent des voitures hybrides en mangeant du tofu. Pour la ville d’où Greenpeace est originaire, difficile d’imaginer autrement.

Il y a quelques temps, donc, un groupe de défense des animaux a distribué ce genre de prospectus dans la rue:

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Le titre signifie “Foie gras: combien de cruauté pouvez-vous avaler?”, et a pour but bien évidemment de vous dégoûter du foie-gras en vous expliquant à quel point le procédé de production est affreux pour les oies et canards, photos à l’appui. Moi ça m’a juste donné faim, mais bon, c’est ça les français. Bref, Liberation-BC, l’organisation responsable de cette campagne de sensibilisation, dénonce à la fois les producteurs (la France, principal producteur mondial, mais aussi la Hongrie, le Canada, et les Etats-Unis), et les restaurants et boutiques qui vendent du foie-gras dans leur menu ou leur étalages autour de Vancouver.

Quel est le meilleur moyen de combattre la consommation de foie-gras? Un bon boycott des familles bien sûr! Et pour ce faire, Liberation-BC a le bon goût (ho ho ha ha) de vous donner la liste exhausite de tous les commerces dans lesquels vous pourrez trouver du foie-gras! Super sympa, non? Parce qu’en plus, y’a plusieurs adresses qu’on connaissait pas, nous.

Il faudrait que je pense à aller les remercier un jour, quand même, mais je suis pas sûr qu’ils apprécient.

4 septembre 2009

La ligne du Canada

Canada Line

Parmi les nombreux aménagements que nous amènent les iminents Jeux Olympiques d’Hiver on trouve Canada Line, une nouvelle ligne de métro qui relie le centre-ville de Vancouver à l’aéroport et à Richmond, en banlieue sud. Elle vient d’ouvrir mi-Août donc ça sent encore le neuf! Et pour une raison qui me dépasse, le premier jour, il y avait des files d’attente pour monter dans les rames! A croire qu’il y a rien de bien plus intéressant à faire en été…

Tout comme les deux autres lignes, les rames sont climatisées, automatiques et sans chauffeurs, et on peut facilement essayer de se suicider en sautant sur les voies depuis le quai (par contre le train arrive relativement lentement donc je ne garantis pas le succès de l’opération). Il y a quelques nouveautés, par contre: des indications en temps réel du traffic dans les stations, des rames conçues pour des voyageurs encombrés de nombreux baggages, une couverture réseau téléphonique sur l’intégralité de la ligne pour que les hommes d’affaires importants et les adolescentes énervantes puissent rester en communication avec leurs potes, et des aménagements pour les vélos à la fois dans les stations et dans les rames.

Si personellement je suis bien content de l’arrivée de cette nouvelle ligne, avec quelques stations qui me serviront bien, vous pouvez bien vous douter que sa construction ne s’est pas déroulée sans protestations…

Déjà, n’importe quel projet relatif de près ou de loin aux J.O. va attirer moultes détracteurs, et le discours d’origine du conseil municipal (“non non non, on vous assure, ça n’a rien à voir avec les jeux”) n’a sans doute pas arrangé les choses. C’est que TransLink, la compagnie de transports publics locale, avait dans ses plans deux autres extensions, la Evergreen Line (pour desservir le “TriCity Area” en banlieue est, maintenant prévue pour 2014), et une continuation de la Millenium Line le long de Broadway jusqu’à UBC (prévue d’ici 2020). Ces De nombreuses personnes pensent qu’il aurait été nettement plus productif de construire l’une de ces 2 lignes en premier, mais que la ligne en direction de l’aéroport a été mise en avant dans l’espoir de faire plaisir aux touristes pendant la période des jeux. D’autres pensent que des investissements dans le réseau de bus serait plus bénéfique. Certains ont accusé TransLink d’avoir manipulé les projections d’usagers pour justifier la construction de la ligne, ou d’avoir mis en place des partenariats louches entre fonds publics et privés.

Le segment de ligne le long de Cambie Street a été l’un des plus critiqués. Pendant la durée des travaux, les plaintes de la part des habitants et des commerçants ont été nombreuses. Des boutiques et restaurants ont mis la clé sous la porte en accusant les chantiers de construction d’avoir tari leur clientèle, et ce malgré des campagnes marketing menées par TransLink pour pousser les gens à soutenir leur quartier. Divers procès ont été lancés, quelques-uns s’achevant avec une victoire de la part des commerçants, et des larges sommes d’argent versées.

Et évidemment, les dépassements de coûts et l’impact de la ligne de métro sur les taxes locales ou les valeurs immobilières garantissent que la Canada Line sera le bouc émissaire de bien des maux, à tort ou a raison, pendant quelques années. Si j’ai le temps et le courage, je vous parlerai d’ailleurs de l’autre bonne source de critiques, à savoir le Village Olympique, qui déchaine d’ailleurs encore plus les passions.

En tous cas, moi je m’en fous, maintenant je peux aller chez Best Buy et Canadian Tire en métro et ça c’est cool.

MàJ: notez que la branche du métro qui va à l’aéroport écopera d’une surtaxe à partir, normalement, de Janvier prochain. L’augmentation tarifaire devrait permettre à la fois à TransLink de rembourser ses dettes plus rapidement, mais aussi de calmer les autres compagnies de transports (taxis, navettes, etc.) qui ne voient pas toute cette affaire d’un très bon oeil.

20 octobre 2008

Garage ou jardin

A ma connaissance, il n’y a pas en amérique du nord de braderies comme on en trouve en France ou en Belgique. Le Québec a bien la "Braderie de Mode Québecoise", mais, euh, c’est pas tout à fait la même chose…

La braderie la plus connue en France est la braderie de Lille, qui à une époque pas si lointaine était un énorme évènement où on pouvait trouver sur les trottoirs de la ville tout un tas de trucs et bidules sortis des greniers et caves de personnes en tous genre. Maintenant, c’est surtout une excuse pour se bourrer la gueule de bière et de moules-frites, les trottoirs étant squattés par des vendeurs ambulants sud-américains qui jouent en boucle des reprises de la lambada à l’ocarina, et les rues bloquées par des millions de visiteurs ayant vu "Bienvenue chez les Ch’tis"… mais bon, c’est toujours aussi rigolo.

Je ne sais pas trop pourquoi il n’y a pas de braderies similairement organisées en amérique du nord puisqu’après tout les trottoirs y sont plus propres et beaucoup plus larges, mais ici ils pratiquent une variante qui est assez proche de certains de nos vide-greniers. Ils appellent ça "yard sale" ou "garage sale" ("vente de jardin" ou "vente de garage", littéralement). Comme le nom l’indique, ça se passe dans le jardin ou dans le garage d’un particulier.

Vente de garage, de jardin

Pendant l’été, on voit ainsi plein de panneaux en carton ou d’affiches faites à la main qui indiquent une vente en cours à proximité.

La grosse différence c’est qu’ils utilisent souvent le "honour system" ("système de l’honneur"), un système de fonctionnement qu’on retrouve un peu partout dans les sociétés anglo-saxonnes. Avec ce système, le propriétaire laisse toutes ses affaires devant chez lui, ajoute quelques informations de prix, et place un réceptacle quelque part pour que les acheteurs de passage puissent laisser leur argent. Ainsi, si vous n’avez pas besoin de marchander un prix, vous n’avez pas à attendre que le vendeur revienne…

Si vous êtes choqués par ce type de système, vous demandant comme ça peut bien marcher en pratique, bravo, vous êtes français.

Un autre endroit typique où vous pouvez retrouver le système de l’honneur est votre lieu de travail. A mon boulot, les croissants, barres chocolatées, soupes instantanées et autres petits snacks sont en libre accès. Une grille de prix est affichée sur un mur et un petit panier est placé en dessous.

J’espère que votre maman vous a bien élevés. Sinon, pas de problème: "je suis français" est une excuse en soi.

1 septembre 2008

La cour de la nourriture

En tant que français, on le sait bien, un repas est un évènement hautement social. Le problème, c’est qu’avant de choisir où aller manger, il faut que tout le monde se mette d’accord sur le type de nourriture… et là, c’est le drame. Surtout quand on est sur la côte ouest où les végétariens sont légion.

Le food court vient au secours des groupes en détresse, à condition de bien vouloir sacrifier un peu sur la qualité de la nourriture.

Food Court

Un food court, c’est un endroit où tout un tas de services de restauration rapide sont regroupés autour d’une « cour » où les gens peuvent manger ensemble, indépendamment du comptoir où ils ont acheté leur déjeuner…

Mais laissez-moi tout d’abord faire une petite digression sur la restauration rapide, ou fast food, en amérique du nord.

Le problème du terme « fast food » est qu’il a non seulement une connotation extrêmement péjorative en France, mais est en plus bien souvent synonyme avec hamburgers, voire même carrément McDonald’s. Certains associent à ce terme tous les bons vieux débats sur la « malbouffe », l’invasion du mode vie américain, et les gros moustachus qui démontent des bâtiments avec leurs potes.

A la base, le fast food est simplement un restaurant dans lequel vous allez commander votre repas au comptoir, contrairement à s’assoir à une table et attendre qu’un serveur daigne venir s’occuper de vous. Une autre propriété courante est la possibilité de prendre votre nourriture à emporter, plutôt que de la manger sur place.

Enfin, étant donné le nom, il est bien évident que le fast food est censé vous délivrer de la nourriture rapidement, ce qui exclut toute cuisine nécessitant plus de 10 minutes de cuisson. Cela ne veut pas dire, par contre, que la nourriture est forcément préparée à l’avance et vous est servie réchauffée (comme c’est souvent le cas chez Mc Do ou Quick). Cela veut juste dire qu’il faut que le plat soit prêt rapidement. Certaines chaînes comme Fatburger (enfin un resto pas hypocrite) ou Vera’s Burger Shack vous cuiront votre burger à la demande, sur mesure.

Bref, le fast food en soi n’est qu’un certain type de service qui se différentie du restaurant « classique » de la même façon qu’un pub se différentie d’un bar. On peut qualifier de fast food n’importe quel vendeur de kebab, de pizza, ou de sandwich, ainsi que les caféterias diverses et variées.

Bref, revenons à notre food court.

Dans un food court, tous les fast foods sont réunis autour d’une zone où de nombreuses tables et chaises sont disponibles. Chacun va chercher la nourriture qui lui convient, et tout le monde se réunit ensuite pour manger ensemble.

Les types de nourriture disponibles sont plus ou moins variés en fonction de la taille du food court, mais on y trouve souvent les mêmes incontournables comme des burgers, des sushis, des plats thailandais ou vietnamiens (dont de la cuisson au wok), des salades (ce qui inclut les salades de fruits également), des pizzas, des donairs, des kebabs, des souvlakis, des sandwichs, etc.

Généralement, la qualité de la nourriture est en dessous de ce qu’on peut trouver dans un « véritable » restaurant du même type, mais comme je le disais au début, on va au food court quand on a un temps de déjeuner limité, quand on arrive pas à se mettre d’accord avec ses compagnons, ou quand on a tout simplement aucune autre idée. Et puis des fois on trouve des trucs très bien, comme par exemple un stand qui sert d’authentiques et excellentes crêpes bretonnes au food court du Harbour Centre (dites bonjour au chef de ma part).

Allez, je vais me prendre une salade au tofu, moi… (okay, pas crédible).

24 août 2008

La ville ville dans la cité ville urbaine, encore

Au tout début de ce blog, j’avais parlé de Metropolis at Metrotown, le 2ème plus grand centre commercial du Canada, et probablement celui avec le nom le plus stupidement redondant du monde. Par contre, a l’époque, je n’avais pas fait de photos… j’ai rectifié ce manque lors d’une balade récente à Burnaby

Metrotown (1)

Comme je le disais déjà la première fois, Metrotown, c’est super grand. Sérieux, il vaut mieux mettre des chaussures confortables pour s’y balader parce que ça peut durer longtemps. Pratiquement 200km2 sur 4 niveaux.

Metrotown (2)

Notez au passage le texte de présentation de leur site officiel:

With 450 stores, Metropolis at Metrotown is British Columbia’s largest shopping centre. Millions of individual shoppers find what they’re looking for and have a great time doing it. It’s a destination in itself with must-see attractions like one-of-a-kind events, world-class restaurants and theatres, not to mention great shopping.

Ce qui donne, pour les anglophobes:

Avec 450 boutiques, la Ville-Ville dans la Cité Ville Urbaine est le plus grand centre commercial de Colombie Britannique. Des millions de pigeons victimes de la publicité trouvent tout un tas de conneries à acheter et trouvent ça super amusant. C’est une destination en elle-même, avec des attractions à ne surtout pas rater comme des évènements uniques, des restaurants de renommée mondiale et des cinémas, sans oublier du magasinage1 de qualité.

Ouais… genre… "une destination en elle-même"… des "restaurants de renommé mondiale"… Ah ça, ici, on aime se la péter.

Dans mon poste original, je mentionnais aussi que je comprenais mieux pourquoi les adolescents en manque d’activités pouvaient en amérique du nord aller glander dans les centre commerciaux (on voit souvent ça dans les séries à 2 balles). C’est parce qu’il y a moultes canapés et fauteuils, cafés et bars, et autres services et installations cruciales à une bonne glande prolongée. Voyez par vous-mêmes…

Metrotown (3)

Pourquoi ces jeunes là ne vont-ils pas fumer des pétards sur la plage comme tout le monde, ça me dépasse…

Metrotown (4)

Enfin bref, voilà, maintenant vous voyez à quoi ça ressemble… et… euh… ça ressemble à un centre commercial, quoi. Dingue, non? Entre les différences culturelles hallucinantes et le dépaysement total, j’espère que ce blog vous fait rêver, dites moi.

1 Terme québecois officiel pour traduire "shopping".

14 août 2008

Juste histoire que vous soyez au courant…

Elodie a fait mention de l’anecdote récemment et ça m’a rappellé que je n’ai pas parlé de ce « petit détail » sur les lois locales…

Lors du dernier pic-nic de bloggueurs francophones vancouverois, on avait ça:

Hors-la-loi

A un moment, deux policiers en quad qui patrouillaient la plage s’arrêtent à côté de nous. Tout le monde se regarde un peu gêné, attendant de voir ce que les policiers vont dire. Finalement, l’un d’eux nous lance: « bon, les gars, juste histoire que vous soyez au courant, ça, c’est illégal ici« , en agitant son bras vaguement en direction des bouteilles de vin. Tout le monde pense « ouais, on sait« , mais personne ne dit rien. Deux secondes plus tard, les policiers repartaient vers de nouvelles aventures en direction du soleil couchant (oui, l’uniforme, ça me fait de l’effet).

Parce que oui, boire de l’alcool en public est illégal ici.

J’entends déjà les grands cris horrifiés de l’assistance, mais je vous arrête tout de suite: moi, je m’en fous, je ne bois pas d’alcool (j’aime pas le goût… l’une des seules fois où j’ai bu de l’alcool c’était au Carnaval de Québec parce qu’il faisait super trop froid sa mère en calice).

Bref, pour revenir à nos moutons bourrés à la bière, il est illégal de consommer des boissons alcoolisées en public sauf dans les endroits qui ont une exemption, comme par exemple les concerts en plein air, les fêtes foraines, les fêtes de quartier, etc. De plus, vous ne pouvez pas acheter d’alcool là où vous faites vos courses. En effet, l’alcool s’achète ici dans des boutiques spécialisées et agréées, les « Liquor Stores« 1, dont les affaires sont surveillées par le gouvernement provincial (principalement le fait de ne vendre que de l’alcool d’origine contrôlée… votre petit alcool de bois fait maison devra donc rester dans le cercle familial, et le cercle d’amis, et le cercle de gens qui vous contactent par SMS ou via Internet et à qui vous refilez des bouteilles en cachette dans le parc…).

Tout ça, c’est bien, ça apprend la vie aux jeunes, qui doivent trouver moultes astuces pour échapper à la police, comme par exemple enterrer les canettes de bière dans le sable lorsqu’ils vont boire sur la plage le soir. Oh, et l’âge légal minimum pour boire au Canada est 19 ans sauf en Alberta, Manitoba et Québec où c’est 18 ans. Je vous laisse imaginer les virées d’adolescents entre provinces, ainsi que les virées d’américains montant au Canada à la recherche de bière facile (l’âge légal dans l’état de Washington est 21 ans!). Tout un système pour échapper au système. C’est beau la jeunesse.

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Pour ce qui est de l’alcool au volant, c’est 0.5g en France, mais 0.8g au Canada (ce qui correspond à notre « état aggravé d’ébriété »). Je suis divisé entre penser que ça signifie que les français ne sont finalement pas de si gros alcolos que ça, ou, au contraire, que si, en fait.

Si vous voulez plus de détails croustillants sur les lois locales, vous pouvez aller sur le site du gouvernement provincial. Vous apprendrez par exemple qu’il est interdit de montrer, dans une publicité pour de l’alcool, un mec bourré qui dit que l’alcool c’est génial et que les enfants doivent en boire. Ouahouh, dingue.

Pour revenir à l’anecdote, mes connaissances canadiennes me disent que la police a pour habitude de vider ou de confisquer l’alcool et parfois d’obliger les gens à se disperser, à moins que quelqu’un dans le tas commence à faire son malin, auquel cas il peut se retrouver au poste pour la nuit. Dans notre cas, par contre, on a juste eu un avertissement rapide… Je sais pas si c’était le fait de tous parler en français ou le fait qu’on avait des bouteilles de vin plutôt que des sales cannettes de bière à 2 balles qui a mis les policiers dans une humeur coulante…

…ou alors c’est juste qu’ils ont été impressionnés par l’abominable cliché qu’on représentait, avec notre fromage qui pue, notre vin rouge, notre saucisson et notre pain, sans compter les gugusses en train de chanter la Marseillaise pour Radio Canada (ecoutez la 2ème partie de l’émission du 14 juillet 2008).

Maudits français…

1 Le Canada n’est pas le seul pays à limiter la vente d’alcohol à des magasins spécialisés (les détails varient entre provinces, en plus). Les Etats-Unis le font aussi ainsi que, par exemple, l’Australie, la Nouvelle-Zelande, la Finlande, le Danmark, la Suède ou la Norvège. Dans certains endroits il s’agit d’obtenir une acréditation, alors que dans d’autres une société ou association (souvent gouvernementale) possède le monopole de distribution… reste plus qu’à faire pareil avec les autres drogues pour doubler le budget national!

25 mai 2008

La semaine où Vancouver devient civilisée

Dingue.

Cette semaine ont ouvert, à quelques jours d’intervalle, un magasin H&M et un magasin Apple. L’un à côté de l’autre, en plus. Tous deux au Pacific Centre Mall, en centre ville.

A ma gauche, les filles et petits minets poussent des cris en sautillant, mais attendront probablement les soldes avant d’y aller.

A ma droite, les afficionados d’iPods et de frigos ont fait la queue toute la matinée pour avoir un t-shirt gratuit avec tout achat de plus de 12000$.

Dingue, je vous dis. La chose la plus incroyable qui se passe à Vancouver depuis que Sylvester Stallone a tourné Rambo.

A ce train là, on va peut être commencer à avoir autre chose à faire que de juste glander sur la plage à fumer des cigarettes qui font rigoler.

23 février 2008

Loonie Tunes

Les anglo-saxons ont une tradition étrange: ils donnent des petits noms à leurs pièces de monnaie. Les mauvaises langues vont dire que c’est à cause des américains qui sont si amoureux de leur argent, mais la pratique vient en fait d’Angleterre, et remonte à assez loin.

Quand on habite dans un pays anglo-saxon, il est bon de connaître au moins vaguement le nom des pièces de monnaie car les commerçants locaux vont souvent vous parler en ces termes ("vous n’avez pas un quarter pour arrondir?"), plutôt qu’en termes de valeurs ("vous n’auriez pas 25 centimes pour arrondir?"). Voilà donc un petit guide illustré qui vous permettra de ne pas passer pour un touriste idiot à la caisse.

Canadian Loonie

La pièce la plus commune, et la plus connue, est le "loonie", la pièce de 1 dollar. Elle tient son nom de l’oiseau représenté sur une des 2 faces, un Grand Plongeur du Nord (Gavia Immer de son nom scientifique), et plus communément appellé "Common Loon". On voit cet oiseau tout le temps dans le coin. C’est aussi un jeu de mots puisque "looney" en anglais désigne une personne mentalement déficiente, ou plus généralement quelque chose de complètement loufoque. Encore une preuve que les canadiens ne se prennent pas vraiment au sérieux, et une occasion de plus pour nos voisins du sud de se moquer…

Notez que le terme "loonie" est réellement institutionnel, à tel point que les journaux économiques font état du "cours du loonie" pour désigner la valeur courante du dollar canadien.

Les français canadiens parleront de "piastres" (prononcez "piasses"), même si le terme francophone officiel est le "huard".

Canadian Toonie

De manière peu surprenante, la pièce de 2 dollars est appellée le "toonie", soit une fusion de "two" ("deux") et "loonie". On peut aussi apprécier la référence aux "toons" (diminutif de "cartoons", soit "dessin animés", et principalement utilisé pour désigner un personnage issu de ce médium), qui était déjà présente avec le "loonie", via les "looney tunes" qu’on ne présente plus. Le terme "toonie" est toutefois très rarement utilisé.

Canadian Quarter

La pièce de 25 centimes de dollar est appellée le "quarter", ce qui est, vous avouerez, assez convenu étant donné sa valeur.

Les français canadiens ne doivent pas savoir compter puisqu’il parait qu’ils appellent cette pièce "trente sous" (pour des raisons historiques, soit)… mais je ne me souviens pas avoir entendu ça du temps ou on était à Montréal, donc je doute que ça soit vraiment utilisé. Les lecteurs résidant au Québec pourront confirmer ou infirmer tout ça dans les commentaires…

Canadian Dime

La pièce de 10 centimes de dollar est appellé "dime". Et personnellement, je trouve que le fait qu’elle soit plus petite que la pièce de 5 centimes est très déconcertant, surtout au début. De toutes façons, seule la taille des pièces permet de différencier le quarter, le dime et le nickel dans le porte-monnaie, ce qui est moins efficace que les pièces d’euro, qui utilisent aussi différentes épaisseurs et différentes textures de tranche.

Canadian Nickel

La pièce de 5 centimes de dollar est appellé "nickel", mais il n’y a presque plus de nickel dedans depuis le début du siècle1.

Canadian Penny

Enfin, la pièce de 1 centime de dollar est appellée "penny".

Notez que les termes "quarter", "dime", "nickel" ou "penny" se retrouvent dans la plupart des pays anglophones, de l’Angleterre à l’Australie en passant par l’Amérique du Nord.

Maintenant, avant qu’on me pose la question, non, à ma connaissance, les billets n’ont pas de petit nom. Par contre, il existe des termes comme "grand", qui désigne un multiple de 1000. Ainsi, si vous achetez 2kgs de cocaïne, ou louez les services de 3 prostituées de luxe pour la soirée, vous devrez aligner 12 grands, soit 12000 dollars. Enfin non pas que j’y connaisse quoique ce soit en drogue ou en prostituées, hein, c’était juste un exemple comme ça. Surtout qu’en plus, y’a toujours un gars qui vient vous tabasser à la fin de la soirée pour vous demander le double, juste comme ça, parce qu’il est méchant… alors bon, franchement…

Voilà, vous êtes maintenant parés pour faire l’appoint!

1 Le 21ème. Vous savez? Celui dans lequel on est maintenant?