27 janvier 2013

Joyeux Noel et bonne année (suite et fin)

Dans la première partie de cet article, j’ai brièvement parlé de la démarche
d’obtention de la citoyenneté Canadienne. Lorsque cette démarche est terminée,
vous devriez recevoir une convocation pour la Cérémonie de Citoyenneté, lors de
laquelle vous deviendrez Canadien pour de bon.

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On y croise des gens de tous ages et nationalités, et c’est une bonne occasion
de taper la causette pour se féliciter d’avoir piqué les boulots des honnêtes
Canadiens pure souche
.

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Mais attention, avoir un joli passeport, ainsi que le droit de commencer à voter
beaucoup plus à droite, ça se mérite. D’abord, il vous faudra écouter moulte
discours sur vos futures responsabilités et devoirs en tant que Canadien.

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Si j’ai bien compris, il s’agit de toujours s’excuser, et d’acheter un
Blackberry plutôt qu’un iPhone.

Ensuite, il faut plaider allégeance à une vieille dame qui porte des chapeaux
rigolos. Il y a des versions subtilement différentes selon les documents que
vous consultez, mais grosso-modo ça ressemble à ça:

Je jure fidélité et sincère allégeance à Sa Majesté la Reine Elizabeth Deux, Reine du Canada, à ses héritiers et successeurs et je jure d’observer fidèlement les lois du Canada et de remplir loyalement mes obligations de citoyen Canadien.

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Tout le monde doit répéter ce serment en Anglais et en Français. Je peux vous
confirmer que pour la version Française, c’est nettement moins bien articulé en
général.

Notez qu’on vous spécifie bien que vous pouvez remplacer le “je jure” par un
j’affirme” si vous êtes athée et que vous voulez retirer toute connotation
religieuse de votre serment. Pour les personnes religieuses, vous êtes libres de
jurer sur la Bible, le Coran, ou quelque object religieux de référence. Vous
pouvez probablement même jurer sur une édition originale non-retouchée de Star
Wars: A New Hope
en étant en slip – c’est le Canada, tout le monde est poli,
personne ne vous dira rien.

Quand toutes ces formalités sont terminées, on vous pique votre carte de
résident permanent (ce qui est vachement pratique quand, disons, vous devez
partir à Stockholm une semaine plus tard… moi je dis ça, je dis rien) et on
vous donne un petit paquet cadeau avec plein de bonnes surprises!

Par exemple, des petits drapeaux Canadiens à agiter! Woohoo!!

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Un livre sur la Reine et la Monarchie! Wooohoo!!!

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Un passe qui vous donne un accès gratuit à tous les musées et parcs naturels du
Canada pendant un an! Wooo… euh, en fait non, ça c’est plutôt cool en fait!
Wooohoo-non-sarcastique!!!

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Et, bien sûr, votre certificat de citoyennété qui dit bien qu’à partir de
maintenant, sur votre blog, il faudra arrêter de dire “les Canadiens ils font ci
et ça
” parce que maintenant vous en êtes un aussi.

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Voilà, maintenant vous pouvez recevoir des félicitations de la part du juge de
citoyenneté, et repartir critiquer votre pays d’adoption comme si de rien
n’était.

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Par contre maintenant c’est le bordel quand on doit dire qu’on est
Franco-Canadiens, mais que ça n’a rien à voir avec les Franco-Canadiens. La
différence entre les détenteurs de double-nationalité et les Canadiens
d’origine Francophone est très subtile.

23 janvier 2013

Joyeux Noel et bonne année (partie 1)

Pfiou, six mois sans poster! C’est dingue comment ça vous tue le temps libre
d’avoir un 2ème gamin. Quelqu’un aurait pu me prévenir, quand même… mais bon,
c’est la nouvelle année, c’est le moment de prendre des bonnes résolutions qu’on
tient pendant 2 semaines.

Vous avez eu quoi comme cadeaux à Noël, sinon? Parce que nous, pour le 6ème
anniversaire de ce blog, on a eu un cadeau pas mal:

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Mais commençons au début, qui date d’il y a pratiquement 2 ans (les temps de
traitement moyens sont de 21 mois au moment où j’écris cet article). En
effet, début 2011, on avait enfin tous les pré-requis pour faire une demande de
citoyenneté Canadienne. En gros, il faut être résident permanent depuis plus de
3 ans
, savoir parler Anglais ou Français, et, euh, pouvoir répondre à un
quizz d’histoire-géo sur le Canada.

Ouais. Il faut bosser, c’est inadmissible.

Après avoir rempli plein de paperasses administratives et envoyé un tas de sous
au gouvernement, vous poireautez pendant des mois et on vous remercie en vous
envoyant un petit livre qu’il faut apprendre par coeur. Si vous voulez voir à
quoi ça ressemble, le PDF est disponible sur le site d’Immigration
Canada
.

Pas la peine de réviser tout de suite, vous ne passerez pas l’examen avant belle
lurette. On a reçu notre “Découvrir le Canada” pendant l’été 2011, mais on a
pas passé notre examen avant le printemps 2012! Vous recevrez votre convocation
une ou deux semaines avant la date prévue, donc ça vous laisse assez de temps
pour réviser, à condition de laisser tomber votre marathon de Game of Thrones
pendant quelques temps.

Pour vous aider à réviser, on trouve très facilement des sites web et
applications iOS/Android qui proposent des questionnaires similaires à ce que
vous aurez le jour de l’examen. Par exemple:

  • Quelle a été la dernière province à se joindre au Canada? (Terre-Neuve,
    Saskatchewan, Colombie-Britannique ou Alberta?)
  • Comment appelle-t-on les représentants provinciaux du souverain? (premier
    ministre, membre de l’assemblée législative, lieutenant-gouverneur ou
    sénateur?)
  • Qui était le Général Sir Arthur Currie? (un chef militaire des Métis au 19ème
    siècle, un héros de la colonisation, un explorateur de l’ouest Canadien, ou le
    plus grand soldat Canadien pendant la 1ère Guerre Mondiale?)
  • Quel est le sport d’hiver national du Canada? (le golf, le ski de fond, la
    crosse, ou le hockey?)

Oui, je déconne pas, y’a des questions sur le hockey.

L’examen lui-même peut être oral dans certains cas, mais pour la plupart
des gens il s’agira d’un questionnaire à choix multiples. Si vous êtes trop
vieux ou trop jeune, vous n’avez pas besoin de passer l’examen, c’est fabuleux,
vous êtes un gros chanceux.

Les questionnaires varient d’une personne à l’autre le jour même, donc vous
pouvez éventuellement prétexter d’avoir eu une version beaucoup plus difficile
si vous vous plantez lamentablement alors que votre femme/mari/pote est passé
haut la main. Si vous échouez, vous avez un rattrapage à l’oral.

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Si tout se passe bien, vous attendez encore quelques mois jusqu’à recevoir la
convocation à la cérémonie de citoyenneté… que je couvrirai dans la 2ème
partie!

11 avril 2010

Le retour des prix hors-taxe: l’explication chiante

Allez hop, vite: vous avez 15 dollars dans votre poche et vous voyez les affiches suivantes:

Plat du jour

Wrap

Chez qui vous allez manger?

Pour les expatriés et les touristes, l’une des premières différences frappantes entre l’Amérique du Nord et l’Europe est l’affichage des prix. En effet, le Canada et les Etats-Unis font partie de cette minorité de pays crétins qui affichent leurs prix hors taxes, et de la moitié de pays intelligents qui affichent leurs prix hors pourboires… bref, vous allez payer sacrément plus que le prix affiché. On en avait déjà parlé lors d’une baisse des taxes il y a 2 ans, et si vous avez bien suivi, la réponse est “je vais chez le Pakistanais qui fait des wraps à $5.99 parce qu’avec $15 j’ai pas assez d’argent pour un repas à $15”. Par contre, ce dont on avait pas parlé, c’est de l’explication pour laquelle ça se passe comme ça…

La raison, suprenante, de cet affichage qui ferait hurler les associations de consommateurs françaises est simple: un mélange d’embroglio politico-administratif et de gouvernements soucieux de l’opinion publique.

Crepes japonaises

Avant 1991, il n’existait au Canada aucune taxe sur les ventes. La seule taxe existante était une taxe fédérale relativement obscure, la FST (“taxe sur les ventes de producteurs”). Le problème de la FST était qu’elle ne s’appliquait qu’à une catégorie relativement restreinte de produits, et seulement en amont dans la chaine de production (elle était invisible aux consommateurs). Cela nécessitait donc beaucoup de paperasses justificatives entre producteurs, et rendait certaines industries canadiennes peu compétitives à l’export. Aussi, son application non-systématique déformait les marchés.

En 1991, par contre, un gouvernement conservateur centriste (quoique légèrement à droite sur les sujets économiques) se met à introduire un sytème de taxe sur la valeur ajoutée sous la forme de la GST (“taxe sur les produits et services”), fixée alors à 7%. Le système de taxe ajoutée signifie, grosso-modo, que chaque maillon de la chaine de production paie des taxes sur ses achats, puis fait payer des taxes sur ses ventes à ses clients, mais ne reverse que la différence (ou “valeur ajoutée”) à l’état. Vu de loin, ce système ressemble à notre bien nommée TVA nationale. De toutes façons, vu de loin, pratiquement toutes les taxes sur les ventes appliquées dans le monde (sauf aux Etats-Unis parce que c’est des gros nazes) sont inspirées de la TVA française, introduite en 1954 dans une version un peu plus réduite que celle qu’on connait maintenant (elle fut étendue dans les années 60 par Valéry Giscard d’Estaing). Encore une grande invention française, quoi… pas la peine de nous remercier, les gars.

Bref, rendez-vous compte que l’introduction d’une telle TVA au Canada est un évènement relativement récent, et les gens qui se rappellent de “l’avant GST” sont nombreux… vous pouvez imaginez qu’à l’époque, ils n’étaient pas super contents, surtout qu’au même moment toutes les provinces, sauf l’Alberta, décident également d’appliquer une taxe provinciale, la PST (“taxe provinciale sur les ventes”), avec des taux entre 6 et 12%. Les taxes totales sur les ventes sont donc une combinaison de TVA fédérale (la GST) et de TVA provinciale (la PST).

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Faisons maintenant une brève pause et remontons au 19ème siècle, lorsque l’Acte Constitutionel de 1867 fut signé. C’est un document extrêmement important car il fait partie des quelques étapes qui unifièrent le Canada en un dominion fédéral avec le système politique que l’on connait maintenant. Le problème c’est que pour unifier des territoires aussi immenses et éloignés les uns des autres, il était impératif de leur laisser un minimum d’autonomie. Un petit détail de cet acte constitutionel déclare ainsi (allez savoir pourquoi) que chaque province décidera comme bon lui semble des lois gouvernant le marketing et l’affichage des prix. Par contre, et afin d’établir une certaine protection des citoyens contre le bon vouloir des provinces, une autre clause indique que seul le gouvernement fédéral peut mettre en place un quelconque impôt indirect. Si une province décide d’inventer un nouvel impôt, il sera obligatoirement direct afin que les citoyens de cette province soient pleinement conscients de la situation.

Revenons maintenant en 1991. Le gouvernement fédéral vient d’introduire la GST avec, entre autres, le but de rendre les taxes plus “visibles” pour les consommateurs (par opposition à la précédente FST). Il souhaite également rendre le mélange entre taxes fédérales et provinciales plus simple, en encourageant les provinces à adopter une taxe “harmonisée” (HST) qui combinerait GST et PST… mais les provinces ont d’autres idées en tête. Face à une opinion publique largement mécontente à l’idée d’une hausse des prix, elles préfèrent en mettre le plus possible sur le dos d’Ottawa. Ainsi, lorsque le débat se présente de décider s’il faut imposer un affichage TTC (“toutes taxes comprises”), les provinces choisissent d’éviter le sujet: toute cette histoire de taxes est la faute du gouvernement fédéral, après tout, et ils veulent une taxe “visible”, qu’ils disent! De toutes façons, les provinces n’ont constitutionellement pas le droit d’imposer un affichage des prix avec la PST comprise car celle-ci deviendrait alors une taxe indirecte (selon la définition canadienne du terme qui dit que la taxe est indirecte si elle est, entre autres, “cachée” dans une autre transaction financière… on ne sait pas si le fait qu’elle soit indiqué sur le reçu de caisse la rend ou non visible puisque la question n’a jamais été sérieusement étudiée). Inversement, le gouvernement fédéral ne peut rien imposer aux provinces sur ce sujet (à part peut être sur l’inclusion de la GST uniquement), toujours à cause de la constitution. Ils auraient pu en profiter pour la changer pour l’occasion, mais je suppose que ça aurait décuplé la complexité d’une initiative déjà pas super triviale à la base.

Du coup, on laisse le choix aux magasins d’adopter l’affichage qu’ils désirent… et par souci de compétitivité, tout le monde adopte rapidement l’affichage hors taxes (ça le fait mal d’afficher un produit à $115 alors que le voisin l’affiche à $99, même si on met un gros panneau “les prix sont TTC !”).

Notez qu’il existe tout un tas d’exceptions: les pompes à essence, les tickets de cinéma ou de théâtre, les taxis, les parc-mètres et autres machines automatiques, les téléphones publics, certains trucs comme les zoos et les parcs d’attraction, etc… tous font figurer des prix TTC (probablement parce que le gros de la clientèle est composée de touristes qui supportent mal l’affichage hors taxes). Bref, bonjour le bordel pour le consommateur (mais moi j’m’en fous, j’suis riche donc je regarde pas ce que je paie).

Pour terminer, voilà un petit résumé des évènements relatifs à notre sujet depuis 1991:

  • Le parti conservateur qui avait introduit la GST était à l’époque bien évidemment majoritaire dans la Chambre des Communes, avec 169 sièges sur 295. Pendant les élections de 1993, ils se font détruire par les électeurs et se retrouvent avec seulement 2 sièges, au profit des libéraux de Jean Chrétien. Ouaip. Deux sièges. Avoir introduit la GST de manière aussi visible était donc un bon suicide politique. Des gens (dont beaucoup de conservateurs même) pensent que ça se serait beaucoup mieux passé s’ils avaient réussi à imposer des affichages de prix TTC sur le plan fédéral, limitant ainsi la “mémoire” des canadiens sur le changement des prix à la caisse. Notez qu’on trouve encore de nos jours des gens qui râlent en réclamant le retrait de la GST… un peu comme les gens qui réclament le retrait de l’euro en Europe, quoi, mais avec 10 ans de plus et une chemise à carreaux.
  • En 1992, le Québec introduit la QST (“taxe québécoise sur les ventes”) comme alternative aux PSTs des autres provinces (parce que le Québec fait jamais comme les autres). Son fonctionnement en rapport à la GST est proche de la taxe harmonisée (HST) voulue à l’origine par le gouvernement fédéral, mais elle est administrée par Revenu Québec (le fisc local), et n’apporte pas vraiment d’amélioration sur le plan administratif des entreprises aux autres systèmes PST/GST.
  • En 1997, une réelle HST est mise en place en Nouvelle Ecosse, Nouveau Brunswick, et Terre-Neuve (qui veulent qu’on les appelle “Terre-Neuve-et-Labrador” mais on a pas que ça à foutre). Apparemment, l’accord entre ces provinces et le gouvernement fédéral incluait à l’origine des conditions sur l’affichage de prix TTC sur certains produits et services, mais ces clauses ont été combattues férocement par les entreprises nationales, pas très chaudes à l’idée de devoir maintenir deux affichages de prix différents dans leurs magasins, catalogues, sites internet, etc., en fonction de la province concernée.
  • En 2006, puis en 2008, le gouvernement fédéral baisse la GST de 1% (elle est maintenant à 5%), principalement à cause de promesses électorales (comme quoi des fois les politiciens les tiennent).
  • Au 1er juillet prochain, la Colombie Britannique et l’Ontario vont également mettre en place la HST. L’Ontario aura exactement la même taxation que les autres provinces déjà sujettes à la HST, soit 13%. La Colombie Britannique fait sa maline avec une HST de 12%, mais principalement parce que la PST y était jusqu’à maintenant 1% plus basse que chez ses copines… et comme l’introduction de la HST est déjà très impopulaire, ça serait encore plus le bordel si le gouvernement rajoutait 1% en plus (on en repalera, de toutes façons, c’est le genre de bordel politique fédéral/provincial bien canadien qu’on ne connait pas en France, ça vous changera du bouclier fiscal et des burkas). En tous cas, ça fout la pression sur les quelques provinces restantes qui n’ont pas encore harmonisé leurs taxes…

Pfiou. Voilà, je crois que vous savez à peu près tout, maintenant (si j’ai dit une connerie, insultez moi en commentaire)… et s’il y a des futurs expatriés parmi vous qui s’inquiètent, sachez que l’affichage des prix en magasin suit en général les autres bonnes pratiques françaises, comme par exemple l’affichage du prix par unité de poids ou de volume afin de mieux comparer… et comme il n’y a aucune GST ou PST sur la plupart des articles de votre panier de courses (nourriture, boissons non-alcoholisées, etc.), les prix affichés en supermarché sont effectivement ceux que vous paierez à la caisse.

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Ca y est, tout le monde est endormi?

27 décembre 2009

Bon, il faudrait que je marque la date sur mon calendrier…

…parce que je viens encore de rater l’anniversaire de mon blog (et accessoirement l’anniversaire de notre arrivée à Vancouver).

Bon, pas grave. Voilà, hop, joyeux anniversaire à mon blog. Quoi de neuf depuis l’étape des 2 ans?

Eh bien déjà, je trouve qu’on entend beaucoup plus souvent parler français dans la rue. Cet été, j’ai même eu l’impression que c’était une invasion. Il faut croire que la récente vague médiatique à propos de l’ouest canadien a porté ses fruits – rien qu’à en juger par le nombre d’emails que je reçois depuis 6 mois, on dirait que les français ont réalisé qu’il n’y avait pas que le Québec au nord des Etats-Unis, et un bon nombre de petits jeunes et moins jeunes tentent l’aventure d’une carrière en Colombie Britannique ou Alberta… D’ailleurs, je suis sidéré par:

  • Le manque d’initiative de certains: comme le diraient Stéphanie ou Véronique, on est juste des péquenots avec un blog, on est pas l’ANPE. Je connais le marché du travail dans le domaine des télécommunications aussi bien que je connais l’histoire du Kirghizistan (pour vous donner une idée, j’ai du aller voir y’a 2 minutes sur wikipédia pour savoir comment ça s’écrit et où ça se trouve). J’essaie d’aider comme je peux, mais franchement, démarrer sa recherche d’emploi en écrivant à l’auteur d’un blog, ça me rend pas optimiste.
  • Le niveau déplorable en anglais: quand on compare le niveau d’anglais des français à celui, par exemple, des pays nordiques d’Europe, y’a comme un problème. Moi, perso, j’accuse le doublage systématique (et souvent pourri) des films et séries TV, mais bon, c’est un autre débat. En tous cas, j’applaudis bien fort les courageux français qui débarquent ici la bouche en fleur avec une maitrise de l’anglais comparable à celle d’un cuisinier chinois de Crystal Mall. Ceux qui s’accrochent peuvent souvent se féliciter d’être devenus bilingues en moins de 6 mois… les autres repartent la langue entre les dents, ou se rabattent sur Montréal. Les plus prudents commencent d’ailleurs par Montréal et vont seulement ensuite en territoire anglophone, histoire de tempérer leur choc culturel et linguistique.

A la maison, la plupart des équipements éléctroniques français ont été remplacés, et quand on tombe dans une boite à chaussure sur des vieux cables 220V, on se dit que ah oui tiens, c’est vrai, les prises sont plus grosses en France. On garde jalousement les quelques éléments cruciaux introuvables ici, genre un verre doseur, du mitosyl, ou un mouche-nez pour bébé qu’est pas pourri du cul. On suit de loin ce qui se passe en France grâce au Journal de France2 sur TV5, et divers sites de nouvelles, mais on est complètement à la masse en ce qui concerne les nouveaux trucs à la mode depuis la tecktonik, Joséphine Ange Gardien, ou le port du voile intégral (on compte sur vous pour nous mettre à jour, les gars).

Niveau admnistratif, on a maintenant la résidence permanente, ce qui nous permet de changer de boulot beaucoup plus facilement – un avantage que je vais utiliser très bientôt. Et pour la double nationalité, que notre fils a déjà pour être né au Canada, on devrait pouvoir la demander pour nous-mêmes dans moins de 2 ans. D’ailleurs, comme vous pouvez le deviner, Vancouver est devenu le lieu de divers rebondissements personels et familiaux, et n’est donc plus une simple anecdote géographique dans nos vies.

Bref, après 3 ans, on s’y plait toujours autant, et même plus. L’intégration est enfin à peu près complète (avis aux expatriés impatients) et on se sent chez nous.

Chez soi

En cadeau bonus exclusif, si vous vous demandez ce qu’on bouffe à Vancouver pour Noël, eh bien voilà: baguette, saucisson et salami au prosciutto, foie gras de canard, tapenade verte, blinis au saumon et sauce au persil et ciboulette, roquefort, vieux pané, salade, et, en dessert, une fondue au chocolat. C’est clairement pas canadien pour un sou, mais bon, pour notre premier Noël en famille, on fait ce qu’on veut (et si possible pas trop compliqué à préparer!).

Petit repas de Noël en famille

Bonne année à tous!

5 juin 2008

Le jeu des différences pas importantes: 179

Les gens en amérique du nord ils ont un sale travers: ils n’écrivent pas les chiffres comme nous.

Plus précisément, il n’écrivent pas les chiffres 1, 7 et 9 comme nous. Moi, j’écrirais 179 comme ça:

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Mais eux, ils l’écrivent comme ça:

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Du coup, soit il faut s’adapter, soit il faut bien différencier son « 1 » de leur « 7 », par exemple en rajoutant une barre à la base:

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C’est con mais un formulaire banquaire mal interprété, ça peut changer pas mal de choses… Il est donc fréquent de voir un gichetier repasser derrière vous sur un papier. Il inspecte tout ce que vous avez rempli, vous demande confirmer certains des chiffres, et rajoute des barres partout en appuyant bien fort, histoire de rendre le tout encore plus illisible. Fabuleux.

Enfin maintenant vous êtes prévenus.

20 janvier 2008

6 à 5

Le Canada est un pays affreux.

En effet, il fait partie de ces endroits ignobles et infâmes du globe qui osent afficher des prix hors taxes presque partout. Ca veut dire que si vous voulez vous payer un chocolat chaud et une part de gâteau, que le prix annoncé est de $3.50, et que vous avez $3.50 dans la poche, ça ne suffira pas. Pire, si vous avez $3.90, vous ne savez même pas si vous pourrez vous le payer, à moins que vous soyez assez courageux pour faire du calcul mental, alors que, je le rappelle, vous avez faim et soif.

Ignoble et infâme, je vous dis.

Les taxes sont composées de 2 taxes: la GST et la PST. Tout comme notre chère TVA, il y a des taux de taxation différents en fonction de la catégorie d’un produit donné. On va y venir.

La GST (Taxe sur les produits et services), comme son nom l’indique, s’applique à tous les produits et les services, sauf ceux qualifiés d’essentiels comme la nourriture, les loyers, les services médicaux et financiers, etc. Etant issue du gouvernement fédéral, elle s’applique à tout le pays. Elle était de 6% jusqu’à recemment, mais vient d’être abaissée à 5% au 1er janvier dernier. Super… Je sais toujours pas si je peux me payer mon chocolat chaud et ma part de gâteau avec mes $3.90, mais au moins, la probabilité augmente.

S’y ajoute la taxe provinciale (PST, ou « taxe provinciale sur les ventes« ), dont le pourcentage varie d’une province à l’autre. Dans notre chère Colombie Britannique, la PST est de 7% (soit une taxe totale de 12% pour les produits n’ayant aucune exemption). Parmis les autres provinces on peut citer le Québec, où elle est à 7.5%, l’Ontario, à 8%, et Alberta qui, avec tout son pétrole, s’offre le luxe de ne pas avoir de PST du tout. D’autres provinces (New Brunswick, Terre-Neuve et Nova-Scotia) ont décidé de tout mettre dans une HST, ou « taxe harmonisée sur les ventes« , et ne font pas la différence entre la PST et la GST.

La PST a évidemment un certain nombre d’exemptions. On peut citer la nourriture, l’eau et autres boissons non-alcoolisées, les habits et chaussures pour enfants, des trucs relatifs à l’habitation (incluant la plupart du matériel électro-ménager), les vélos, la plupart des magazines et des livres, etc. Je me permets de souligner, donc, que tous les repas au restaurant sont taxés uniquement avec la GST (5%), et que la plupart des articles dans votre panier de courses ne sont pas taxés du tout! Ceci dit, pour le restaurant, le service n’est pas inclus, et il est donc de bon alloi d’ajouter un pourboire de 10 à 15%. Et pour tous ceux qui prévoient de vivre le rêve canadien, qui consistent principalement à boire de la bière en regardant des matches de hockey, les boissons alcoolisées ont une magnifique petite PST de 10% (soit un total de 15% de taxes pour votre pack de 12).

Pour information, la TVA en France est de 2.1% pour les médicaments remboursables, de 5.5% pour les produits et services essentiels (nourriture non transformée, certaines catégories de restaurants, etc.), et de 19.6% pour le reste.

Enfin, vous constaterez qu’il y a parfois intérêt à aller dans la province voisine pour acheter certains produits, un peu comme, en France, on irait acheter ses meubles ou sa voiture en Belgique. Sans compter, maintenant que le dollar américain ne vaut plus rien, l’intérêt d’aller acheter des trucs de l’autre côté de la frontière… c’est bizarre, j’ai plein de collègues qui sont revenus de Seattle avec des iPhones après les fêtes…

23 mai 2007

On sait qu’on est integré dans un pays…

…quand on doit remplir sa déclaration d’impôts.

Bon okay, pour des critères Canadiens, je suis grave à la bourre pour cet article. En effet, les déclarations d’impôts, c’est avant 30 avril qu’il faut les remplir. Mais comme c’est encore d’actualité pour les impôts Français, on va dire que c’est encore valable.

Vu de loin, ça ressemble à la France: on doit remplir des cases avec des labels obscurs et, passé la première déclaration, on peut ensuite faire ça via internet… mais la comparaison s’arrête là.

Tout d’abord, ici, on a le prélèvement à la source. L’argent qu’on reçoit toutes les 2 semaines de son employeur est donc net d’impôts. Enfin sauf qu’entre les impôts prévus et les impôts réels, y’a une différence, qui est généralement en faveur du CRA (Canadian Revenue Agency, le FISC local). Donc pendant plusieurs mois, le gouvernement s’enfile les intérêts sur un paquet de dollars prévelés en trop… et en avril, tout le monde remplit sa déclaration pour rectifier tout ça et recevoir un joli versement en compensation. D’un côté, ça motive vachement plus à remplir sa déclaration. De l’autre, l’état est plus riche, et la relation entre les citoyens et leur gouvernement est que les premiers reçoivent tout le temps de l’argent du second. Finalement, tout le monde est plus heureux.

Le hic, c’est la déclaration elle-même.

Ca commence avec le T4, ou « Statement of Remuneration Paid« . Ca liste ce que vous avez gagné pendant l’année, avec les valeurs des cases qui vont bien. On reçoit ça assez tôt pour pas avoir d’excuse pour être en retard. Ensuite, il faut aller chercher sur le site du CRA et imprimer comme des grands (ça doit être ça un « acte citoyen volontaire« ) le T1, « Income Tax and Benefit Return« .

Quatre pages de bonheur.

Non seulement il faut remplir les valeurs dans les boites, mais il faut aussi faire des calculs. « Additionnez les boites 101, 104 à 143, et 147« . « Ligne 150 moins ligne 233, si négatif alors 0« . Vous voyez le principe.

Une fois les chiffres donnés par le T4 remplis dans les cases indiquées, on se dit que c’était pas si pire qu’en France. Mouah ha ha. Grave erreur. On constate rapidement qu’il y a des cases avec des textes du genre: « Taxe fédérale nette: entrez le montant de la ligne 50 du Schedule 1« . Mmmh. Euuuh… Mais kezako le Schedule 1? On va faire un tour sur le site du CRA, on downloade, on imprime…

Deux pages de bonheur.

Mais mieux.

Ce coup-ci, les calculs se corcent. « Si la ligne 260 de votre Income Tax Return est comprise entre 36378$ et 72756$, retirez 36378$ et multipliez par 22%« . « Minimum entre la ligne 330 moins 1884$, ou 3% de la ligne 236« . Sans compter les cases qu’il faut faire au prorata de sa présence en nombre de jours au Canada.

Vous possédez une propriété à l’étranger? Trois pages de bonheur en plus. Vous cotisez au fond de pension de Sasquatchewan? Deux pages de délectation supplémentaire. Vous avez une grand-mère à charge? Encore une page de plaisir jouissif. Allez, et pour la route, si vous avez des bénéfices CPP ou QPP, voire du RRSP, attachez les formulaires T5025, T612 et T613, entrez les montants obtenus sur les lignes 540 et 541, et soustrayez le tout à 520. A ce niveau, je suis à la limite de l’orgasme comptable.

Ah oui, multipliez le résultat intermédiaire, ligne 410, par 15.25%.

Au final, on a un bon petit tas de papier, plus les 25 versions qu’on avait déjà remplies avant mais sur lesquelles on s’est gourrés. Pas grave, y’a plein d’arbres dans la région. Et puis comme chaque nouveau formulaire rempli se traduit généralement par une réduction d’impôts additionnelle, les arbres, franchement, ils peuvent aller se brosser l’écorce avec leurs petites branches.

Pour les gens qui liraient ce blog à la recherche d’infos sérieuses, le truc qui sauve la vie, c’est le guide T4055, expliquant les impôts aux nouveaux venus au Canada. Sinon, il existe divers sites qui aident les gens à remplir leurs déclarations. Quicktaxweb le fait pour 25$, mais on peut avoir une version pas imprimable et à moitié remplie gratuitement. Ca permet de vérifier si on a à peu près les mêmes résultats.

Maintenant, le plus dur quand on reçoit 1400$ du gouvernement, c’est de ne pas le dépenser dans le premier gadget électronique venu, en se disant « bah de toutes façons, c’est cadeau« . Gnnnnn. Ils sont forts pour pousser à la consommation, ces Canadiens, dites donc.

8 mai 2007

Elections à distance

Nos concitoyens bloggueurs Elo & Matt ont déjà posté sur les résultats des votes à Vancouver, mais on va le refaire ici… Apparemment, les français de Colombie Britannique ont globalement voté de manière assez similaire aux métropolitains, avec peut-être moins de votes aux « petits candidats » (je me demande quand même ce que les 0,01% de votants pour Nihous viennent faire au Canada…). Par contre, le taux de participation était assez déplorable, tournant autour des 30% (apparemment, quand on s’exile, on a plus grand chose à faire de la mère patrie).

Pour le deuxième tour, c’était même plus serré ici qu’en France:

  • Nicolas Sarkozy: 52,75% (50,68% pour Vancouver uniquement)
  • Ségolène Royal: 47,25% (49,32% pour Vancouver uniquement)

Les plus curieux peuvent aller voir le détail des résultats du premier tour, et ceux du deuxième tour sur le site du Consulat Français.

22 avril 2007

Surprise sur prise

Cette année, vous n’entendrez pas la formule consacrée du « mais on attend encore le vote des français à l’étranger » à 20h00, pendant que les premiers résultats des élections présidentielles sont dévoilés. En effet, à partir de maintenant, les français à l’étranger votent le samedi… ce que nous avons donc fait hier (oui maman, on a bien voté, j’espère que tu es rassurée).

Les années précédentes, voter le dimanche voulait dire que dès 11h du matin on pouvait voir les résultats métropolitains, ce qui, vous avouerez, gâche un peu la surprise. Surtout pour ceux qui ont été voter en connaissant la tendance du premier tour de 2002, et qui ont dû se trainer, déprimés, jusqu’aux urnes, pour un vote insignifiant.

Mais cette année, ça va être « comme les vrais ». Je suppose que le nombre de français à l’étranger devient assez important pour que ça puisse réellement faire pencher la balance… ou alors quelqu’un s’est réveillé et s’est dit que c’était un peu stupide.

Update: ayé, c’est emballé, sans grand suspense. Pour ceux qui se demandent, à l’étranger on peut regarder TV5, qui diffuse les journaux de France 2, ainsi qu’un panel d’autres émissions françaises. Pour un peu plus d’accent chantant, on peut aussi regarder la couverture des élections françaises sur RDI, une chaîne québecoise. Et si on se fout totalement des élections, on peut regader Pimp My Ride, ou un bon match d’Ultimate Fighting.

23 février 2007

Show me the money!

En France, les cartes crédit sont principalement des cartes de débit. On va dans un magasin, on file sa carte, on tape son code, et hop, on a moins d’argent sur son compte. Si on a une carte à débit différé, on a encore plein d’argent sur son compte, on achète comme un fou, et à la fin du mois on comprend pas pourquoi le site de la banque affiche des gros chiffres en rouge.

Par ici, c’est assez différent puisqu’ils font la différence entre les cartes de débit et les cartes de crédit.

Une carte de débit, c’est donc un bout de plastique avec une puce et un code à 4 chiffres qu’on file aux caissiers pour qu’ils nous subtilisent une partie, voire l’intégralité, de notre pécule dûment gagné. Bref, ça fonctionne comme une carte de crédit Française à débit immédiat. La seule différence, c’est que ça n’est évidemment pas une carte Visa ou MasterCard, et on ne peut pas acheter sur internet avec (ô rage, ô désespoir, cette poupée gonflable Taïwanaise avait pourtant l’air très bien).

La carte de crédit, elle, prend tout son sens ici. C’est un peu comme une carte à débit différé, sauf que le débit en question n’arrive pas forcément à la fin du mois car on rembourse quand on veut. Deux jours après l’achat, six mois après l’achat… Le hic, comme vous pouvez vous en douter, c’est les intérêts. Pendant un certains temps (couramment un mois), il n’y a aucun intérêt. Si vous remboursez avant la fin du mois, c’est donc comme une carte à débit différé (surtout si on met en place des remboursements automatiques, ce qui est possible auprès de la plupart des établissements bancaires). Après cette période de grâce, les taux varient, mais restent en dessous de 13.9%, qui est un plafond fixé par le FCAC (Agence Financière pour les Consommateurs du Canada).

Aux Etats-Unis, lorqu’on couple ce système à des services similaires où la station service ou le supermarché du coin proposent des cartes de crédit de fidélité, on obtient bien vite un cercle vicieux où les gens peu disciplinés remboursent une carte de crédit avec une autre. Les dettes s’empilent, et on se retrouve à vendre un rein à la mafia la plus proche, entre deux livraisons de cocaïne.

Au Canada, cette tendance est nettement moins prononcée, le Canadien moyen ayant entre 2 et 3 cartes de crédit, là où l’Américain en a entre 4 et 5, mais elle existe sûrement.

Autre différence flagrante, le paiement par carte de crédit se fait uniquement via le numéro de la carte bleue (comme sur internet). Dans le meilleur des cas, le commerçant prend l’empreinte de la carte avec le truc coulissant qui fait tchak tchak devant vous. Mais bien souvent, il part avec la carte et revient 5 minutes après pour vous la rendre, accompagnée du reçu à signer pour autoriser la transaction. Il ne vous reste plus que la confiance envers votre prochain1 pour chasser ces phantasmes où l’ignoble et vil individu crée moultes copies de votre carte afin d’acheter des tronçonneuses et des orphelins Malaisiens sur des sites secrètement surveillés par le FBI[2].

Pour les futurs toursites Vancouverois de notre lectorat, si vous êtes parano, vous pouvez toujours retirer 1000€, les changer en dollars Canadiens, et planquer le tout dans vos sous-vêtements. L’argent n’a pas d’odeur, donc ça passera inaperçu.

1 Ce concept étrange et oublié de l’hexagone.

2 Ce qui arrive, des fois. Heureusement, les banques semblent généralement faire confiance aux clients lors des contestations. Ce qui est beaucoup moins le cas du FBI, il parait.