15 juillet 2009

Désolés, nous n’acceptons pas les nouveaux patients

« Désolés, nous n’acceptons pas les nouveaux patients« , c’est la réponse que vous avez le plus de chances d’entendre si vous appelez un docteur pour la première fois, après l’avoir choisi au hasard dans les pages jaunes locales. Eh oui, trouver un docteur à Vancouver, c’est pas la même chose qu’à Paris. Et une fois qu’on l’a trouvé … il faut dire que ce n’est pas non plus la même chose. Mais tout n’est pas tout noir : malgré les différences avec la France, le système canadien a du bon.

« Sorry, we don’t accept new patients »

Déjà, il faut commencer par trouver un docteur qui veut bien de vous. Il y a apparemment une pénurie de docteurs et trouver un docteur qui accepte les nouveaux patients relève de la chance. Certains n’acceptent les nouveaux patients que si vous avez été recommandé par l’un de leurs patients. D’autres vont par magie vous accepter car une place vient de se libérer (l’un de leurs patients vient de déménager pour aller vivre à la campagne … dans une ferme pleine d’animaux où il est beaucoup plus heureux…).

Le pendant : il existe ce qu’ils appellent des « walk-in clinics« . Il s’agit de bureaux où plusieurs médecins exercent. Vous pouvez vous pointer sans rendez-vous (« walk-in« ). Certaines cliniques vont vous accepter comme patient (c’est mon cas), c’est-à-dire vous assigner un docteur qui vous suit plus particulièrement. Le gros intérêt de ces « cliniques », c’est qu’elles ont des horaires étendus : par exemple la mienne est ouverte 7 jours sur 7 et certains soirs jusqu’à 21h. Au début j’étais réticente à m’enregistrer comme patiente dans l’une de ces cliniques, mais à l’usage je suis très contente : obtenir un rendez-vous est facile et rapide (voir point suivant) et jusqu’à maintenant ils n’ont pas été avares de recommendations à des spécialistes lorsque cela s’est avéré nécessaire. Et ma foi, je suis encore en bonne santé.

« Sure, what about next month, 10 am? »

Une fois que vous avez trouvé un docteur qui vous accepte, l’aventure continue : il faut réussir à le voir. Pour certains docteurs, il faut attendre longtemps avant d’obtenir un rendez-vous. Bon, j’exagère dans le titre (faut quand même pas attendre un mois), mais je connais des gens qui ont un docteur attitré, mais vont aller dans une « walk-in clinic » pour les rhumes et autres problèmes non graves, histoire d’être traités rapidement. Dans ma clinique, je n’ai pas ce problème : j’obtiens en général un rendez-vous avec « mon » docteur en 2-3 jours, et si c’est urgent je me pointe sans rendez-vous et vais voir le premier docteur disponible. Enfin, c’est quand même pas comme à Paris, où je voyais « ma » docteur le jour même pour les problèmes urgents, et en 2-3 jours pour les les trucs qui peuvent attendre genre renouvellements d’ordonnance.

Le pendant : aller « chez le docteur » n’est pas la seule façon d’obtenir des renseignements ou soins médicaux. Déjà, la ville offre des « community health centres » qui fournissent des soins tels que les vaccins pour les enfants. Autre exemple : lorsqu’une mère vient de rentrer chez elle après avoir accouché, elle reçoit (si elle le désire) la visite d’une infirmière travaillant dans le « community health centre » le plus proche. Il y a également la « BC nurse line » qui est un numéro que vous pouvez appeler 24h/24, 7j/7 pour obtenir des renseignements de santé dispensés par une infirmière.

« Only one issue per appointment »

Ca y est, le jour de votre premier rendez-vous est arrivé. Eh bien attendez-vous à être encore une fois étonnés. Le rendez-vous ne se passe pas du tout comme on a l’habitude en France. Je me rappelle que lorsque j’allais chez ma docteur en France, j’attendais (longtemps) dans la salle d’attente. Puis lorsque mon tour était venu, elle m’accueillait elle-même, faisait la conversation, et prêtait attention à tous mes petits bobos.

Ici, on perd pas de temps inutilement : les docteurs naviguent de salle en salle, dans lesquelles les patients les attendent, déjà déshabillés avec juste un petit drap pour se couvrir si le rendez-vous le justifie. En pratique, lorsque vous vous pointez chez le docteur, vous commencez par attendre dans la salle d’attente. Puis une petite assistante (je sais pas pourquoi, mais elles sont toujours petites…) vous conduit dans la salle où le docteur va vous examiner. Après une attente variable, le docteur arrive. Si le rendez-vous justifiait que vous vous déshabilliez mais que ce n’était pas prévu … pas de bol … on vous donne froidement un drap jetable, vous explique comment l’utiliser pour vous couvrir … et vous êtes bons pour attendre que le médecin traite un autre patient le temps que vous fassiez votre petit bazard.

Et n’allez pas essayer d’attendre d’avoir plusieurs problèmes avant d’aller voir le docteur. Au mieux, le docteur va écouter tous vos petits problèmes en prenant l’air très impatient et affairé. Au pire, il va froidement vous inciter à prendre un nouveau rendez-vous en pointant du doigt la politique de la clinique, affichée dans chaque salle « Only one issue per appointment » (un seul problème par rendez-vous).

Le pendant : euh là j’avoue que je n’ai rien. Je ne m’y suis toujours pas faite. J’aimais bien que mon docteur en France prenne le temps de me connaître et apprécie que plusieurs symptômes sont peut-être liés et valent le coup que je les étale à un même rendez-vous. Et avec leur façon de faire, à chaque fois que j’ai quelque chose, j’en viens à me demander si mon petit problème est digne ou non d’être porté à l’attention d’un médecin.

En conclusion, même si je préfère toujours la France pour ce qui est des soins, j’ai appris à apprécier le système canadien. Et bon … j’ai quand même réussi à être soignée de façon efficace, ce qui est le principal.

  • Alexandre Gacon

    Concernant les "community health centres", cela existe aussi en France, c'est le même principe.

    De même pour les jeunes mamans, une personne de la PMI peut se déplacer chez toi durant la première semaine, sinon tu peux aller les voir autant de fois que tu veux pour avoir des conseils ou faire peser ton bébé.

  • Laure

    Merci pour les précisions. Effectivement, ce que tu décris sur l'infirmière de la PMI ressemble beaucoup à ce qu'on peut avoir avec les infirmières des "community health centres".

    Bah ça fait des points en plus pour la France alors !

  • Anonymous

    A Paris tu as aussi des centres municipaux de santé. Il s'agit de sortes de cabinets médicaux qui comportent toutes les spécialités en dehors des dentistes. Les spécialistes ne sont cependant présents qu'un jour par semaine. Le principal avantage est que les toubibs s'occupent vraiment de toi. Ils semblent libérés des contingences économiques et t'accordent une demi-heure par séance pendant laquelle ils essaient vraiment de te soigner. Le problème c'est qu'il arrive qu'un petit ballonnement inquiète le toubib et que tu te retrouves à devenir la cible d'un concours de fléchettes seringues entre les infirmières.
    Philippe

  • Fred

    Wow, un post de Laure ! Et long en plus ! C'est du collector 😉

    Faudra que je fasse un comparatif avec le système médical au Laos, mais je suis pas sûr de trouver beaucoup de "pendants" ici…

  • Laure

    Eh oui, je crois qu'on est tous d'accord que notre système de santé français est particulièrement bon. Ca fait du bien de le rappeler de temps en temps !

  • Ludovic

    Vu le prix que ca coute, encore heureux que ce soit l'un des meilleurs, cela dit!

    Une difference rigolote entre la France et le Canada, aussi, c'est qu'ici les bureaux des medecins ressemblent vraiment a des petites cliniques. En France, et plus particulierement dans les grandes villes, les bureaux des medecins sont dans des immeubles d'habitation, et limite sur le meme palier que des appartements "normaux". Aussi, on passe la visite medicale dans le bureau meme du medecin (avec sa bibliotheque et ses photos de famille au mur et tout). Du coup, j'ai entendu plusieurs personnes ayant vecu en France dire qu'elles etaient un peu etonnees la premiere fois: elles avaient l'impression d'aller directement chez quelqu'un, genre le medecin il opere depuis sa salle a manger… elles se demandaient si c'etait un vrai medecin ou un truc clandestin!

  • Laure

    Pour Fred : fais pas non plus trop de zèle pour tester le système médical au Laos 🙂

  • Louisette passion retriever, cat, memory Katanga

    Intéressant l'article, et oui le systéme medical belge ou français pas si mal que cela.
    jolies photos dans le blog.
    Bon weekend.
    http://blog.seniorennet.be/louisette/
    http://passionretrieverpets.blogspot.com/