18 septembre 2007

Tout comme à la maison

Histoire de pas dépayser les français, et plus particulièrement les parisiens, les employés du service public de Vancouver organisent depuis plus de 8 semaines une grande opération urbaine: la grève. Oui oui, vous lisez bien, les fonctionnaires vancouverois sont en grève depuis 2 mois.

Ca veut dire que les Community Centres (pour faire du sport entre autres) sont clos, que certains parcs et aires de divertissement sont fermés (ou au mieux non entretenus), que divers services municipaux sont indisponibles (comme par exemple la bibliothèque municipale), et, cerise sur le gâteau, que le ramassage des ordures ne se fait pas.

Mais remettons tout ça dans son contexte, d’abord.

Au Canada, il n’y a virtuellement qu’un seul syndicat pour les fonctionnaires: CUPE (pour « Canadian Union of Public Employees« , ou SCFP, pour « Syndicat Canadien de la Fonction Publique » dans les parties francophones du pays). Avec un logo qui fleure bon la SNCF des années 80, on imagine bien un moustachu bedonnant et cinquantenaire, porte voix à la main, en train d’insulter un quelconque membre du gouvernement, alors que la fumée des saucisses grillées s’élève de la tente où sa femme et son beau frère distribuent des tracts… …finalement, j’ai presque raison (c’est le présdient de CUPE B.C., lui).

Mais bon, revenons à nos moutons contextuels. En 2003, le taux de syndiqués au canada tournait autour des 35%, avec un fulgurant 73% pour la fonction publique (merci Statistics Canada). Comparativement, en France, d’après ce que j’ai pu trouver, il y a en moyenne moins de 10% de syndiqués (entre 5% et 8% selon les sources). Et pour le syndicalisme dans la fonction publique française, si y’en a qui peuvent me donner des chiffres avec leurs sources, ça m’arrangerait parce que je trouve des études qui se contredisent entre elles, et qui contredisent les chiffres avancés par les syndicats… m’enfin bref, de toutes façons, il est clair que la France fait partie des pays les moins syndiqués comparés au reste de l’Europe ou à l’Amérique. Les syndicats français sont également notablement idiosyncrasiques. Par exemple, ils obtiennent leurs revendications pour tout le monde (le bon vieux « on fait ça aussi pour vous autres!« ), alors qu’ici (et bon nombre d’autres pays) les négociations ne concernent que les gens syndiqués dans l’organisation concernée.

CUPE est organisé en tout un tas de « locaux » à travers le pays. Par exemple, CUPE Local 15 concerne les employés municipaux de Vancouver reliés aux services communautaires ou à l’éducation, alors que CUPE Local 391 représente les employés des bibliothèques municipales. Chaque local est représenté au niveau provincial et national, mais garde son organisation interne propre, soit un système décentralisé qui ressemble à la façon dont marche le pays lui-même. Ainsi, par exemple, CUPE 391 a rejoint la grève 2 semaines après les autres locaux de la région.

Mais pourquoi ils font la grève, alors? Déjà, avec les Jeux Olympiques, et une promesse en jeu de ne pas faire de remous avec, oh, je sais pas moi, une grève, par exemple, les salariés sont théoriquement en position de force pour négocier des avantages. Mais ça n’est pas dans les habitudes locales de faire grève à la légère. Il s’agit ici (d’après les syndicats) d’accumulations d’inégalités, de promesses non-tenues, et autres complaintes habituelles. Ainsi, sont en jeu, entre autres, l’amélioration des couvertures sociales, l’égalité des paies entre hommes et femmes, la sécurité de l’emploi, et bien sûr l’augmentation des salaires.

Le problème, c’est que si les négociations ont abouti dans certaines banlieues comme North Vancouver, Vancouver même, ainsi que certaines autres villes avoisinantes, reste bloquée. Comme on peut s’en douter, la mairie et CUPE se pointent tous les deux du doigt en dénonçant un refus de négocier de la part de l’autre. Des offres similaires à celles qui ont satisfait les locaux qui ont stoppé la grève n’ont pas suffi, et les grevistes semblent déterminés à obtenir plus d’engagements de la part de la mairie.

Mais si la mobilisation est massive, vous ne verrez pas 2000 personnes dans la rue en train de bloquer la circulation. La grève à la canadienne se fait de manière posée, avec un petit tabouret, quelques pancartes, et un café chaud à la main. La grande majorité des grevistes restent autour de leur lieu de travail afin de sensibiliser les passants à la situation. Pour ceux qui se posent la question, les 10 premiers jours de grève ne sont pas payés, et sont uniquement couverts par CUPE. Après, un pécule gouvernemental s’ajoute. Le tout est détaillé sur le site de CUPE.

Si vous voulez vous amuser, il est rigolo de comparer les 2 versions de l’histoire, d’après CUPE d’un côté, et Sam Sullivan de l’autre. Le site de la ville présente un détail des offres. Vous pouvez aussi en profiter pour aller lire une nouvelle venue dans l’univers des bloggeurs francouverois, qui vient de débarquer de sa bretagne natale. Bah, au moins il fait beau, elle peut pas totalement se plaindre.

Pour l’instant, pas d’espoir de fin de grève à l’horizon, ce qui plait sûrement beaucoup aux entreprises privées de ramassage d’ordures qui font leurs choux gras depuis quelques semaines…

  • Ju

    Bonjour,

    Je viens de découvrir votre blog par hasard et je me régale à lire vos différents articles! Nous, nous posons nos valises à Montréal dans 9 jours, pour quelques années!
    A bientôt

  • Ludovic

    Ah bah c’est gentil. Amusez-vous bien à Montréal!

  • Anonymous

    Cher Ludovic
    Dans un pays où l’Etat centralisateur est fort (la France) et le droit écrit, les syndicats ont perdu leur force de négociation. Ce n’est pas le cas au Canada (et dans une certaine mesure aux US) pays où le contrat prévaut sur la règle, souvent non écrite. De plus, il y a syndicat et syndicat. Les syndicats professionnels (et les ordres) au Canada prennent en charge la mutualisation de certains risques (santé, retraite, fautes professionnelles) contrairement à la France où l’Etat assure la répartition des revenus (d’où les taxes sur salaires) et la mutualisation des risques (sauf pour les professions libérales qui, vous le constatez, ont conservé leur ordre pour la plupart). C’est pourquoi mieux vaut être syndiqué pour avoir une meilleure couverture et de meilleures conditions contractuelles de travail.
    Toujours un plaisir de lire vos billets au ton très original.
    Brigitte

  • Ludovic

    Merci pour les précisions. Par contre, l’employeur fournit déjà la couverture médicale aux employés, donc quel est le rôle des syndicats sur ce point? Y a-t-il des complémentaires de santé offertes par les syndicats? Ou alors c’est juste pas pareil pour toutes les professions?

  • Robin P.

    Tres instructif ce billet, 8 semaines quand meme, ils en veulent!

  • Gran’Mama

    Très interessant ce billet sur la grève et les syndicats.
    je découvre que GREVE se dit Strike ? Bizarre, avec Laurent, je suis allé une fois au Bowling, j’ai fait un score honnete, et je me souviens qu’on y parle de Strike aussi !!
    En France aussi , il y a Très très longtemps, les syndicats avaient aussi un role de couverture sociale( les ouvriers et mineurs, exploités par leurs patrons, versaient quelques francs au syndicat qui se comportait un peu comme une mutuelle). mais maintenant que 40% des francais ont tout gratuit et que les autres dilapident 50% de leurs ressources en impots et cotisations, ce n’est pas la cotisation symbolique qu’un syndiqué verse qui pourrait permettre une couverture sociale utile. Un syndiqué moyen verse 10 à 20 euros / mois ; à la CGT c’est 2% de ton salaire mensuel, ça suffit tout juste à constituer une cagnotte pour mettre des pommes de terre dans la marmite les jours de grève. mais en France, l’ETAT subventionne les 5 syndicats officiels (j’avance un chiffre à vérifier 500 millions d’euros par an de subventions ), ce qui leur permet de payer et entretenir des centaines de « permanents »