14 décembre 2006

La ville ville dans la cité ville urbaine

Ce week-end j’ai été visiter Metrotown (plus exactement connu sous le nom bizarrement redondant de “Metropolis at Metrotown”, mais bon, passons). Il s’agit d’une énorme gallerie commerciale (un mall comme ils disent ici) accessible directement depuis la station bien nommée “Metrotown” du SkyTrain (le RER/Métro local). Au programme: moultes magasins, un gros cinéma, des restaurants, et des jeunes qui glandent. Oui, parce qu’ici, comme dans les séries américaines à 2 dollars, les jeunes glandent dans des centres commerciaux.

Je m’étais souvent dis que c’était franchement naze d’aller zoner dans des endroits pareils, limite glauque, mais bon, admettons. Mais c’est surtout que par ici, les centres commerciaux, ils sont plein de canapés et de fauteuils, de fontaines et de plantes, et plus généralement d’endroits où on peut se reposer en sirotant un milkshake1. Tout de suite, c’est plus sympa… enfin en tous cas pour des adolescents fauchés qui veulent un endroit gratuit pour s’affaler.

Mais bref, revenons à Metrotown. La première chose qui choque, c’est que c’est grand. Mais genre, très grand (apparemment le 2ème plus grand du Canada, derrière celui d’Edmonton). A vue de nez, ça fait entre 2 et 3 fois la taille des Quatre Temps de La Défense, et 4 fois la taille des Halles (à Paris). Seul l’unique cinéma fait pâle figure au milieu de ce titanesque dédale de mercantilisme moderne, avec un vingtaine de salles. Pas d’inquiétude, on peut acheter des énormes quantités de pop-corn pour s’occuper pendant les bandes-annonces.

A l’approche des fêtes, on croise l’incontournable Santa Claus (Père Noël en VO), avec sa file de bambins qui, moyennant quelques dollars, auront la joie de sauter sur les genoux du plus célèbre pédophile platonique2 de ces 2 derniers siècles. Quand on passe à côté de ça, on a bien envie de gueuler “Le Père Noël existe pas, bande de sales gosses, c’est vos parents qui vous mentent!”, mais une rapide analyse de la situation montre qu’une foule de parents en colère est, par définition, en très nette supériorité numérique par rapport à, disons, moi tout seul.

Déçu de rater une occasion de tester le système judiciaire Canadien, je me suis mis en quête de l’élément indispensable au bon équilibre alimentaire de tout ingénieur français digne de ce nom: un pot familial de Nutella. Mon plan est simple: essayer d’abord dans les 2 gros supermarchés (à peu près de la taille d’un gros Auchan) de Metrotown.

Dans le premier, au bout de 5 minutes, je me dis qu’il y a un truc bizarre. Premièrement, je ne reconnais pas la moitié des fruits et légumes qui sont sur les étalages. Deuxièmement, je n’arrive pas à lire les étiquettes sur les articles proposés. Troisièmement, tous les clients ont les yeux bridés. Ah tiens, c’est un supermarché Asiatique. Fort de mon expérience culturelle relative à ces gens là[3], je me décide à passer au 2ème supermarché (nommé pompeusement “The Real Canadian Store”). Après quelques minutes de recherche, joie, bonheur, des pots de Nutella de taille respectable!

Mon butin sous le bras, je rentre chez moi pour une petite dégustation privée, ce qui me permettra par exemple de savoir si le Nutella canadien est différent du français4.

Miam.

1 Sont pas cons ces capitalistes libéraux: si les gens peuvent se reposer en faisant leurs courses, ils peuvent tenir plus longtemps, et donc acheter plus!

2 Enfin remarquez, on sait pas ce qu’il fait avec les enfants pas sages.

3 Je ne crois jamais avoir vu un personnage de manga manger du Nutella.

4 Parce que, par exemple, le Nutella français est plus mou que le Nutella allemand. Les théories abondent à propos de cet étrange mystère, mais la plus populaire (relayée par Arte) concerne la différence de consistence moyenne entre la mie du pain des 2 pays.