1 avril 2011

De la multi-culturalité Canadienne

Il est inter­dit en France, depuis belle lurette, de col­lec­ter des infos sur les ori­gines eth­niques ou raciales des gens lors des recen­se­ments natio­naux. Dif­fi­cile alors d’estimer à quel point la France est multi-culturelle, mais les ins­ti­tuts comme l’INSEE et l’INED four­nissent des esti­ma­tions qui placent le nombre de per­sonnes nées à l’extérieur du ter­ri­toire fran­çais autour de 13% de la popu­la­tion totale.

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(non la photo n’a pas grand chose à voir mais il fal­lait bien mettre quelque chose pour vous atti­rer l’oeil… ça a marché?)

Le Canada, par contre, est un bon gros pays de droite qui a été fondé par des immi­grants bour­rus et qui n’a pas dans son his­toire récente d’épisode sombre concer­nant un quel­conque suivi d’une cer­taine mino­rité eth­nique à des fins lugubres. Du coup, l’institut natio­nal de sta­tis­tiques tient un compte pré­cis des dif­fé­rentes ori­gines eth­niques, et on sait par le der­nier recen­se­ment de 2006 qu’environ 21% des per­sonnes vivant au Canada n’y sont pas nées.

Vu comme ça, on peut pas dire qu’il y ait un CRS qui pète 3 pattes à un canard sans papiers… mais la dif­fé­rence est dans l’évolution des chiffres: là où la diver­sité cultu­relle fran­çaise est plu­tôt stable depuis quelques décen­nies, la diver­sité cultu­relle cana­dienne monte, sur­tout dans les grandes villes du pays. Pour vous don­ner une idée de la chose, à la louche, il y a 2 fois plus de nou­veaux immi­grés arri­vant au Canada chaque année que pour la France, alors que la France a 2 fois plus d’habitants à la base.  Ainsi, l’institut natio­nal de sta­tis­tiques pré­voit qu’en 2031 un tiers des cana­diens serait membre de “mino­ri­tés visibles” (un terme cana­dien contro­versé qui com­mence à être uti­lisé aussi en France), avec des chiffres grim­pant jusqu’à 2 tiers pour les agglo­mé­ra­tions urbaines de Toronto et Van­cou­ver. Ce genre d’évolution démo­gra­phique aura sans doute un impact très mar­qué sur la vie poli­tique locale et nationale.

Y’en a qui vont me deman­der “Toronto et Van­cou­ver? Pas Mont­réal?”. Ben non, appa­rem­ment, pas trop. Je me suis posé la ques­tion aussi, et j’ai été voir les sta­tis­tiques démo­gra­phiques pour les 3 villes, ainsi que pour le pays en géné­ral. Atten­tion, les gars, il va y avoir des sta­tis­tiques et des graphes et plein de trucs chiants comme je sais que vous aimez. Comme d’hab’, si je raconte une conne­rie, corrigez-moi dans les commentaires.

Langue Prin­ci­pale du Foyer

D’abord, j’ai regardé la répar­ti­tion natio­nale de la langue prin­ci­pa­le­ment par­lée dans les foyers:

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On y voit que 89% des cana­diens parlent fran­çais ou anglais chez eux.

A Toronto et Van­cou­ver (res­pec­ti­ve­ment), seule­ment 72% des gens parlent prin­ci­pa­le­ment anglais, avec le fran­çais perdu quelque part entre le rou­main et le taga­log. Notez la pré­sence asia­tique plus mar­quée à Van­cou­ver (avec un total de 12% rien que pour les dif­fé­rents dia­lectes chinois).

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En com­pa­rai­son, Mont­réal mélange beau­coup plus fran­co­phones et anglo­phones (70% et 17% res­pec­ti­ve­ment), mais héberge moins de gens par­lant une langue étrangère:

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Pays de Naissance

Si on regarde la répar­ti­tion de per­sonnes nées au Canada par rap­port à celles nées ailleurs, on retombe sur le chiffre natio­nal déjà men­tionné de 79% contre 21%:

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Toronto est la ville la plus cos­mo­po­lite, avec un impres­sion­nant 47% d’immigrants, sui­vie par Van­cou­ver avec 42%… de quoi don­ner des cau­che­mars à l’extrême droite française:

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Mont­réal, par contre, reste pra­ti­que­ment iden­tique à la moyenne natio­nale avec 22% d’immigrés:

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D’après quelques esti­ma­tions trou­vées ça et là sur inter­net, il semble que c’est légè­re­ment supé­rieur au taux d’immigrés à Paris, par exemple.

Autres Chiffres

Si on regarde le nombre d’immigrés arri­vés dans les 3 villes depuis les années 60, on peut voir que Toronto est la ville la plus attrac­tive, pro­ba­ble­ment grâce aux nom­breuses oppor­tu­ni­tés de tra­vail qu’elle pos­sède. Mont­réal et Van­cou­ver ont des flux d’immigration simi­laires, mais il ne faut pas oublier que Mont­réal est 3 fois plus grande à la base.

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Les chiffres géné­ra­tio­nels confirment que les Mont­réa­lais sont prin­ci­pa­le­ment des Cana­diens de longue date com­pa­rés aux Toron­to­nois ou Van­cou­vé­rois (les chiffres sont en pour­cen­tages de la popu­la­tion totale de l’agglomération; “1ère géné­ra­tion” signi­fie immi­gré, “2ème géné­ra­tion” signi­fie enfant d’immigré):

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Bref, tout ça semble bien indi­quer que Mont­réal a pro­por­tio­nel­le­ment à Toronto ou Van­cou­ver non seule­ment moins d’immigrés, mais éga­le­ment un moindre flux d’immigration. La répu­ta­tion de Mont­réal comme ville super multi-culturelle en prend un coup, mais je sup­pose que cette répu­ta­tion est sur­tout issue des fes­ti­vals et évè­ne­ments cultu­rels qui s’y tiennent pen­dant l’été plu­tôt que de sa popu­la­tion (parce que bon, ici à Van­cou­ver, par exemple, on a un sacré paquet de Chi­nois, mais c’est pas avec une parade à 2 ronds tous les ans et quelques res­tos sym­pas qu’on va don­ner des orgasmes aux touristes…).

Pour­quoi je vous parle de tout ça, au fait? Eh bien parce que le Canada effec­tue un recen­se­ment de la popu­la­tion tous les 5 ans et que le pro­chain est… la semaine pro­chaine. Rien qu’à nous deux on va faire grim­per le nombre de fran­co­phones dans le coin d’au moins, pfiou, 3 ou 4%!

13 septembre 2010

L’harmonie, le bonheur, les taxes

Oui je sais, ça fait des plombes que j’ai pas posté. Entre les acti­vi­tés esti­vales, beau­coup de bou­lot, et une fénéan­tise sans nom dans le peu de temps libre res­tant, mes blogs se sont retrou­vés délais­sés. Mais pas de panique, je reviens avec un bon article bien chiant et bien long, mais que je vous avais pro­mis il y a quelques mois: une petite expli­ca­tion de la grande saga poli­tique de l’été en Colom­bie Bri­tan­nique.

Pour ceux qui avaient raté l’épisode pré­cé­dent, il s’agit de l’introduction de la Taxe Har­mo­ni­sée sur les Ventes, ou HST (Har­mo­ni­zed Sales Tax). Et atten­tion, c’est du jamais vu en termes de revolte citoyenne, embro­glio poli­tique, et cou­ver­ture média­tique, ma bonne dame! Enfin… sur une échelle cana­dienne, hein. Vous verrez.

Avant le 1er juillet der­nier, la plu­part des ventes étaient taxées via 2 taxes: la PST, une taxe pro­vin­ciale, et la GST, une taxe fédé­rale. La HST “har­mo­nise” les 2 taxes en les fusion­nant en une taxe unique et fédé­rale, déjà en place dans plu­sieurs autres pro­vinces. En théo­rie, le but est de sim­pli­fier le pro­ces­sus de ges­tion des taxes. Le total pré­levé serait le même qu’avant (12% au lieu de 5% + 7%), mais les entre­prises n’auraient qu’un paquet de pape­rasse à rem­plir plu­tôt que deux. De plus, les entre­prises, qui avant n’étaient exemptes que de la GST sur leurs achats pro­fes­sio­nels, devien­draient exempts de la HST, géné­rant des eco­no­mies qui se tra­dui­raient, tou­jours en théo­rie, en une crois­sance éco­no­mique sur les années à venir, avec des affaires flo­ris­santes, des emplois en pagaille, des salaires à la hausse, des oiseaux qui vire­voltent et des matins qui chantent. La pro­vince, elle, éco­no­mi­se­rait sur tout le per­son­nel néces­saire pour gérer le pré­lè­ve­ment des taxes, le trai­te­ment du paquet de pape­rasse sus-cité, les audits, les redres­se­ments, les sai­sies, le mar­chan­dage avec la mafia, les pots de vins, et les détour­ne­ments de fond, puisque tous ces fonc­tion­naires pro­vin­ciaux ver­raient leur loyauté se recen­trer sur Ottawa, et payés sur le bud­get fédé­ral. Enfin, les diverses taxes annexes, comme l’obscure taxe sur les chambres d’hotel (oui, ça a l’air un peu cochon) ou les taxes variables sur les achats de voi­ture, dis­pa­rai­traient et seraient éga­le­ment “har­mo­ni­sées” avec la HST.

Vous allez me dire “oh bah ça a l’air très bien ça, pour­quoi les gens ils râlent?”. C’est très simple: c’est parce que c’est pas si simple.

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Avant la HST, tout un tas de pro­duits et ser­vices n’étaient pas taxés avec la PST – ils avaient uni­que­ment les 5% de la GST. Mais avec la HST, une grande majo­rité de ces ser­vices et pro­duits voient leur taxes aug­men­ter à 12%, la HST entière leur étant appli­quée. Cela inclut les res­tau­rants et bars, les jour­naux et maga­zines, les taxis, les ins­crip­tions aux clubs de gym, les for­faits de ski, le mignon petit coach per­so­nel bré­si­lien de votre voi­sine, et j’en passe. Les fumeurs fran­çais seront d’ailleurs hor­ri­fiés de savoir que les ciga­rettes n’étaient taxées qu’à 5% jusqu’à récem­ment. Mais main­te­nant, c’est 12%, donc ça va un peu mieux (et puis de toutes façons, c’est pas vrai­ment du tabac qu’on fume, ici). Il y a des excep­tions, comme les livres, les habits pour enfants, les sièges auto, les couches, les ser­viettes hygié­niques et tam­pons, ou l’essence, qui res­tent à 5%. Et même des baisses de taxes, comme l’alcool (oui oui), les couches pour bébés, l’électricité, le chauf­fage, et les chambres d’hotel… mais évi­dem­ment, le nombre ahu­ris­sant de ser­vices qui subissent une hausse de taxes a de quoi trau­ma­ti­ser la popu­la­tion. Et contrai­re­ment à ce que les fran­çais peuvent pen­ser, les cana­diens sont en grande majo­rité des cyniques, convain­cus que si jamais la HST crée réel­le­ment des eco­no­mies pour les entre­prises, celles-ci empo­che­ront cer­tai­ne­ment les béné­fices et ne chan­ge­ront rien.

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Que fait la popu­la­tion, alors? Les chauf­feurs de bus font-ils une “grève de soli­da­rité”? Les étu­diants bloquent-ils les portes des salles de cours? Les gens descendent-ils dans la rue pour crier dans des méga­phones et faire griller des sau­cisses? Bien sûr que non! Ce qu’ils font, c’est don­ner cal­me­ment des pros­pec­tus infor­ma­tifs et pro­po­ser aux pas­sants de signer une péti­tion. Oui, oui. Une péti­tion. C’est la RE-VO-LU-TION, que je vous dis. C’est chaud comme une bar­raque à frites, comme on dit chez moi dans le ch’Nord. Mais atten­tion, c’est qu’ils sont beau­coups à la signer, en plus. Plus de 700000 signa­tures, sur une popu­la­tion de 4,5 mil­lions, ça fait pas mal. Enfin en fait si, ça fait mal, sur­tout pour le gou­ver­ne­ment en place. Et c’est lar­ge­ment assez pour mettre en place un pro­ces­sus légis­la­tif de retrait de la HST, et un réfé­ren­dum est prévu pour l’année pro­chaine sur le sujet.

Bon, tout ça c’est bien gen­til, mais ce qui nous inté­resse, sur­tout, c’est les ragôts, non?

Ca com­mence avec Gor­don Camp­bell, l’actuel pre­mier ministre de Colom­bie Bri­tan­nique. Iro­ni­que­ment élu à son poste en 2001 sur des pro­messes de réduc­tion d’impôts (qu’il a tenues), il perd en popu­la­rité au fil des années à cause d’une poli­tique ultra-libérale. Mais bon, en tant que pré­sident du Parti Libé­ral de Colom­bie Bri­tan­nique, il fal­lait un peu s’en dou­ter. Ré-élu mal­gré tout en 2005 puis en 2009, il est à pré­sent accusé d’avoir hon­teu­se­ment menti (nooooon, c’est-il tu pas vrai?) pen­dant sa der­nière cam­pagne élec­to­rale, où il avait dit qu’une har­mo­ni­sa­tion des taxes n’était pas pré­vue. Dom­mage, quelques mois plus tard il annonce l’introduction de la HST, et des jour­na­listes mettent la main sur des mémos et études internes mon­trant que la chose était bel et bien envi­sa­gée depuis quelques temps.

Pen­dant ce temps, un ancien pre­mier ministre de la pro­vince, Bill Van­der Zalm, socia­liste conser­va­teur, décide de sor­tir de sa tor­peur poli­tique en s’impliquant dans la lutte contre la HST. Il devient rapi­de­ment la figure de proue du mou­ve­ment, et sym­bole de l’opposition contre Gor­don Camp­bell. Est-ce là une tac­tique poli­tique pour remettre son parti poli­tique, le Social Cre­dit Union, sur la scène poli­tique? Dif­fi­cile à dire, mais c’est de toute évi­dence un retour extrê­me­ment bien exe­cuté. Zalm avait en effet dû démis­sio­ner de son poste de pre­mier ministre pro­vin­cial en 1991 après un scan­dale incluant un conflit d’intérêts entre sa fonc­tion publique et des tran­sac­tions avec des entre­prises pri­vées. Après cela, son parti ne s’est jamais vrai­ment remis, et est pra­ti­que­ment mort depuis 2000. En tous cas, jusqu’à maintenant.

Le réfé­ren­dum prévu pour l’année pro­chaine est éga­le­ment mis en cause sur divers détails légis­la­tifs, comme par exemple les condi­tions exactes pour que la HST soit effec­ti­ve­ment reti­rée, ou le choix de la ques­tion finale telle qu’elle appa­rai­tra sur les bul­le­tins de vote. Il est main­te­nant cer­tain qu’on va se taper un jeu de va et viens entre Camp­bell et Zalm pen­dant les mois qui viennent, avec moultes “il a dit patati, mais en fait c’est patata”. L’opposition va conti­nuer son refrain à pro­pos des méchants libé­raux qui mangent des enfants (parce qu’aller man­ger au res­tau­rant est devenu trop cher!), pen­dant que le gou­ver­ne­ment en place essaiera de décou­ra­ger les gens de voter contre la HST, uti­li­sant diverses menaces comme la néces­sité de rem­bour­ser Ottawa pour tout le tra­vail de trans­fert admi­nis­tra­tif, ou l’arrêt de moultes cré­dits d’impôts intro­duits pour contre-balancer l’effet de la HST dans les foyers modestes. On va aussi pro­ba­ble­ment avoir droit à diverses annonces de la part de telle ou telle indus­trie, pour dire à quel point la HST est trop bien ou trop pour­rie pour leurs affaires. C’est déjà le cas avec quelques grandes chaines de maga­sin, et quelques stu­dios de pro­duc­tion de cinéma/TV, qui ont déclaré que la HST leur per­met­trait de déve­lop­per leur pré­sence en Colom­bie Bri­tan­nique, alors que les asso­cia­tions de res­tau­ra­teurs se plaignent d’une baisse de la clien­tèle. Les études de cabi­nets de finance indé­pen­dants seront aussi pro­ba­ble­ment bran­dies de chaque côté, entre celles qui pré­disent une conti­nua­tion de la crois­sance éco­no­mique de la pro­vince si la HST est main­te­nue, et celles qui disent que la HST aurait d’abord un effet néga­tif pen­dant envi­ron 5 ans avant de géné­rer un quel­conque effet positif.

Ah oui, et c’est encore moins bien barré vu que les gens sont stu­pides. Par exemple, d’après un récent son­dage, 67% des per­sonnes inter­ro­gées accusent la HST d’avoir fait grim­per le prix des courses, et 63% disent que leur fac­ture de télé­phone por­table a aug­menté, alors que ces deux choses n’ont pas eu de chan­ge­ment d’imposition…

Nous, de toutes façons, on s’en fout vu qu’on peut pas voter, alors bon…

1 juin 2010

Cannabis Culture

Cannabis Culture

Puisque Marc Emery vient d’être récem­ment déporté aux USA, voilà une photo de la devan­ture pour­rie du BC Mari­juana Party, qui sent bon quand on passe devant.

16 février 2010

Le billet où c’est trop la honte, et c’est trop nul

Après le billet où tout est super trop bien, voilà le billet où c’est trop la honte. Parce que bon, déjà man­quer de neige au Canada, c’est pas foli­chon, sur­tout que les météo­ro­lo­gistes avaient dit au VANOC que c’était ris­qué d’organiser des épreuves sur Cypress. Ensuite, la mort d’un ath­lète avant le début des jeux, c’est pas génial, et le chau­dron final qui foire à la céré­mo­nie d’ouverture, ça fait pas grandiose…

Eh bien main­te­nant, c’est la honte avec les resur­fa­ceuses de la pati­noire ovale de Rich­mond. Le comité olym­pique vou­lait des jeux aussi éco­los que pos­sible, et donc, plu­tôt que d’utiliser des resur­fa­ceuses Zam­boni tour­nant au pro­pane (beuaark), ils ont com­mandé des resur­fa­ceuses éléc­triques chez Olym­pia (yay! woo­hoo!). Manque de bol, elles sont pour­ries du cul, ont foutu en l’air la glace de la pati­noire, et il a fallu une bonne heure (et beau­coup d’engueulades) pour que les épreuves de pati­nage reprennent… et appa­rem­ment, les fameuses Zam­boni pol­luantes seront à Rich­mond à par­tir d’aujourd’hui. Mouah ha ha ha. Moi j’aurais bien pro­posé qu’ils ramènent des mor­ceaux de glace bien lisses par camion depuis de Nuna­vut (après tout, cette tech­nique semble avoir bien mar­ché pour ennei­ger les pistes de Cypress), mais per­sonne m’écoute, moi.

Tenez, et aussi, vous vous rap­pel­lez de ma sur­prise à pro­pos de la pré­sence de la langue fran­çaise pen­dant la céré­mo­nie d’ouverture? Eh bien divers offi­ciels et jour­na­listes du Qué­bec ont quand même réussi à cri­ti­quer, décla­rant qu’il n’y avait pas eu assez de contenu fran­çais… non mais ils se foutent de ma gueule? Pour un pays où seule­ment 22% des gens parlent fran­çais (et pas néces­sai­re­ment en tant que langue mater­nelle), ils ont déjà du bol d’avoir eu des tra­duc­tions fran­çaises (par­lées ou affi­chées) du début à la fin. En tout cas, d’après ce que j’en ai vu, c’était plus que ce que les anglo­phones ont eu pen­dant les jeux olym­piques d’été de Mont­réal en 1976. Ils auraient voulu quoi? Des dis­cours en double plu­tôt que tra­duits sur l’écran? (dans le genre chiant, ça aurait été grand) For­cer les peuples des pre­mières nations à dire plus qu’un simple “bien­ne­ve­niou”? (ça aurait été bien vu, tiens, des poli­ti­ciens qué­be­cois qui donnent des ordres aux pre­mières nations de l’ouest) Rame­ner Celion Dion en plus de Garou? (bien sûr, si on veut que la moi­tié de la terre se sui­cide). Ah oui, et alors ma cri­tique pré­fé­rée: il n’y avait que 15% des béné­voles olym­piques qui par­laient fran­çais. Ouah. Dingue. Déjà, pour une ville où, genre, 1.5% de la popu­la­tion parle fran­çais, c’est déjà incroyable d’avoir trouvé autant de fran­co­phones… mais il en fal­lait plus, de toute évi­dence! Ca me parait clair: il aurait fallu for­cer plus de fran­co­phones à être béné­voles! Voilà! Ah la la, moi j’aime beau­coup cette vision du bilin­guisme cana­dien qu’ont les inté­gristes qué­be­cois, genre 50/50 c’est le mini­mum accep­table (ça fait très objec­tif et prag­ma­tique, tout ça, sur­tout pour un évè­ne­ment inter­na­tio­nal). Il fau­drait leur dire que le Canada, c’est plus de 3/4 de trucs autres que le Que­bec… mais non, toute occa­sion est bonne pour cri­ti­quer. Sur ce plan là, au moins, c’est clair que les qué­be­cois ont des racines fran­çaises. Pfff.

13 février 2010

Compte à rebours terminé!

Et voilà, on y est, les jeux olym­piques sont lan­cés. Pfiou… y’a plus qu’à attendre qu’ils retombent.

Si ce n’est déjà fait vous devriez bien­tôt voir, au moins, un réca­pi­tu­la­tif de la céré­mo­nie d’ouverture qui s’est tenue hier soir au BC Sta­dium (on verra ce qu’ils en disent au jour­nal de France2 plus tard dans la jour­née). Perso, je vou­lais aller la voir sur un écran géant au Live­City Yale­town, his­toire d’observer un peu l’ambiance géné­rale, mais entre la pluie, la foule débor­dante, et ma pauvre femme malade, j’ai fini par la regar­der bien au chaud à la télé, avec la pos­si­bi­lité de faire “pause” pour aller aux toi­lettes (c’est beau le luxe engen­dré par la tech­no­lo­gie moderne).

Quelques remarques:

  • Après la céré­mo­nie d’ouverture des J.O. d’été à Pékin c’était dur de faire quelque chose d’un tant soit peu impres­sion­nant… mais je trouve qu’on s’en est pas trop mal sor­tis. Là où les chi­nois avaient accom­pli une prouesse tech­nique assez déshu­ma­ni­sée, les orga­ni­sa­teurs cana­diens ont opté pour un spec­tacle plu­tôt inti­miste et cha­leu­reux, avec quelques bonnes idées et sur­tout beau­coup de bonne humeur. J’ai par­ti­cu­liè­re­ment appré­cié l’utilisation du public – c’est ce genre d’aspect par­ti­ci­pa­tif qui donne envie d’y avoir assisté en vrai.
  • Comme vous avez du l’entendre déjà un peu par­tout, l’ambiance de la jour­née avait été un peu plom­bée par la mort d’un ath­lète geor­gien le matin même. Moi ce qui me sidère, sur­tout, c’est que le cir­cuit de bobs­leigh soit bordé de poteaux en métal non rem­bour­rés. Appa­rem­ment c’est super ultra com­plè­te­ment rare qu’une luge sorte du cir­cuit, mais quand même… Peut-être que l’incident d’hier va, comme avec la For­mule 1 en 1994, pro­vo­quer des chan­ge­ments dras­tiques dans les mesures de sécurité.
  • Comme le dit ma femme: “pour les fran­cais qui regardent la cere­mo­nie d’ouverture, le truc que la fille en rouge (Nikki) elle chante, ca res­semble pas, mais alors pas du tout a l’hymne cana­dien. Ah ouais… et le truc au milieu, la, c’etait du fran­çais. C’est bien, conti­nue d’y croire, Nikki”.
  • Bryan Adams et Nelly Fur­tado ils savent vrai­ment pas chan­ter en play­back. De toutes façons la chan­son était assez pour­rave, et d’après ce que j’ai pu com­prendre, les cana­diens ils en ont un peu marre de voir Bryan dès qu’il s’agit de repré­sen­ter leur pays inter­na­tio­nal­le­ment. Les autres chan­teurs de la céré­mo­nie chan­taient en direct, au moins (enfin on dirait). Garou a même été jusqu’à chan­ter mal pour prou­ver qu’il fai­sait ça en live… à moins qu’il soit super fourbe et qu’il ait enre­gis­tré un truc légè­re­ment faux pour gru­ger tout le monde. Sacré Garou, va. Pen­dant ce temps là, c’est Rock Voi­sine qui doit être dég’ d’être un pauvre com­men­ta­teur sur les chaînes françaises.
  • En par­lant de Garou, d’ailleurs, les orga­ni­sa­teurs se sont bien for­cés à inclure autant de langue fran­çaise que pos­sible, en allant jusqu’à faire pas­ser la pré­sen­ta­trice fran­co­phone avant son homo­logue anglo­phone, genre “on pré­sente la céré­mo­nie en fran­çais, et on tra­duit en anglais der­rière”. Mais c’était sur­tout mignon d’entendre les non-francophones dire “bien­ne­ve­nou” devant un mil­liard de gens.
  • Vous vous rap­pel­lez des divers sujets de pro­tes­ta­tion des J.O.? Notam­ment celui à pro­pos des méchants impé­ria­listes blancs qui volent leurs terres aux pre­mières nations et invitent ensuite les tou­ristes du monde entier à faire une grosse teuf pol­luante des­sus? Eh bien je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir un petit rica­ne­ment en voyant que non seule­ment les chefs des tri­bus locales (Squa­mish, Mus­queam, Lil’wat, et Tsleil-Waututh) étaient recon­nus comme chefs d’états et avaient leur place dans la tri­bune offi­cielle avec les hommes poli­tiques cana­diens, mais aussi que la céré­mo­nie d’ouverture débu­tait avec ces 4 tri­bus sou­hai­tant la bien­ve­nue sur leurs terres aux visi­teurs du monde entier. Marf. C’est des petits rigo­los les organisateurs.
  • Comme d’habitude, l’identité du por­teur de la flamme olym­pique qui allu­me­rait le chau­dron final était res­tée secrète jusqu’au der­nier moment, et les rumeurs les plus folles cir­cu­laient depuis quelques jours. Le sus­pect le plus pro­bable, Wayne Gretzky, l’un des meilleurs joueurs de hockey de l’histoire de l’univers du monde (ce qui lui confère pra­ti­que­ment un sta­tut de dieu au Canada), avait été démenti par le comité olym­pique… mais c’est parce que ces petits malins avaient en fait pré­paré un sale coup: le chau­dron serait allumé par 4 per­sonnes! Wayne Gretzky, donc, mais aussi Rick Han­sen, un ath­lète para­plé­gique, Catriona LeMay Doan, une pati­neuse de vitesse, et Steve Nash, une star du bas­ket­ball. Dom­mage qu’un pro­blème tech­nique avec le sys­tème hydrau­lique du chau­dron ait un peu foutu en l’air la scène – seule­ment 3 des 4 “jambes” du chau­dron sont sor­ties du sol, et seule­ment 3 des 4 ath­lètes l’ont donc allumé…
  • Et alors si je com­prends bien, le Canada, c’est: un ours géant, des punks qui font des cla­quettes et du vio­lon, de la danse contem­po­raine d’interprétation, un gamin qui vole, des gens qui font du ski, et de la poé­sie slam pour dire que les cana­diens sont polis et cool. Okay, c’est bon, j’ai tout com­pris, merci.
  • Aussi, c’était sympa de savoir qu’on avait une amie sur scène… on l’a pas vue, mais on s’est deman­dés toutes les 30 secondes si elle était à l’image… une fille danse dans un coin? “Eh, c’est peut-être Sté­pha­nie, là, à gauche!” Une fille qui court à tra­vers un champ? “Eh, c’est peut-être Sté­pha­nie, là, à droite!” Un gros noir qui porte un pan­neau? “Eh, c’est peut-être Sté­pha­nie, là, au milieu!”. Ah là là, des heures d’amusement.

Voilà… main­te­nant il ne reste plus que le petit détail insi­gni­fiant des épreuves sportives.

12 février 2010

Compte à rebours: comment bien se faire torcher

Avec la céré­mo­nie d’ouverture des J.O. dans seule­ment quelques heures, la torche olym­pique faire un der­nier petit tour à tra­vers Van­cou­ver, où elle vient d’arriver hier soir.

La torche olympique

Por­tée ce matin par Arnold Schwar­ze­neg­ger à tra­vers un bout du Stan­ley Park, elle a ensuite suivi le front de mer, tra­versé le centre-ville, et par­tie en direc­tion du down­town east­side. A chaque étape, le nombre de gens ammas­sés était impres­sion­nant… et devi­nez qui s’est retrouvé coincé avec une pous­sette au milieu de la foule alors qu’il était en route pour faire des courses pour sa femme malade? Heu­reu­se­ment, j’avais mon appa­reil photo dans mon sac à dos…

Et pour ajou­ter au bor­del géné­ral, c’était pile le moment et l’endroit où divers groupes de contes­ta­taires avaient décidé de mani­fes­ter, cer­tains allant jusqu’à blo­quer le convoi.

Pas de jeux olympiques sur une terre volée

Alors voyons… dans l’ordre, on avait: les gens qui veulent léga­li­ser le can­na­bis et faire libé­rer Marc Emery, qui était d’ailleurs can­di­dat à la mai­rie de Van­cou­ver en 2008.

Free Marc

Ensuite, on avait ceux qui pro­testent contre les dépenses faites pour les jeux par rap­port aux moyens enga­gés dans la lutte contre la pauvreté.

Homes, not games

Après, il y avait ceux qui pro­testent contre l’extraction de pétrole sur les terres d’Alberta, et plus géné­ra­le­ment sur la tenue des jeux olym­piques sur les terres qui appar­tiennent “nor­ma­le­ment” aux pre­mières nations.

No tar sand on native land

Enfin, le groupe le plus actif (et celui qui a blo­qué le convoi pen­dant une bonne demi-heure) était non iden­ti­fié, mais décla­rait au méga­phone que le Canada est un pays raciste parce que, euh, je sais plus… y’avait une his­toire avec les sol­dats cana­diens en Afgha­nis­tan, des men­tions de la fameuse “terre volée” cana­dienne, et d’autres trucs. La plu­part des gens étaient de toutes façons trop sidé­rés pour écou­ter quoique ce soit après avoir appris qu’ils habi­taient au “KKKa­nada”.

Le canada est un pays raciste?

D’ailleurs, pour ceux qui se demandent, l’histoire de “terre volée”, c’est rela­tif aux euro­péens (prin­ci­pa­le­ment les méchants impé­ria­listes fran­çais et anglais) qui ont volé leur terre aux pre­mières nations amérindiennes.

Enfin bref, c’était rigolo, et j’ai pu voir la flamme olym­pique en vrai!

Le porteur de la flamme

11 février 2010

Compte à rebours: le chaudron communautaire

Il y a quelques minutes, la flamme olym­pique est enfin arri­vée à Van­cou­ver, au David Lam Park, après plus de 3 mois de voyage depuis la Grèce et à tra­vers tout le Canada. Tout est donc en place pour l’ouverture des jeux demain soir… enfin sauf la neige.

Alors c’est quoi cette his­toire de neige dont on vous parle aux infos? Eh bien c’est le truc qu’on essaie de vous dire depuis des plombes: à Van­cou­ver, il fait pas froid et y’a pas de neige! Bon, okay, d’habitude y’a de la neige sur les mon­tagnes de la ban­lieue nord, mais cet hiver a été excep­tio­nel­le­ment doux (un sacré contraste par rap­port à l’hiver remar­qua­ble­ment rude que la côte est et l’Europe se tapent en ce moment). Du coup, Cypress Moun­tain manque de neige pour les 2 épreuves qui doivent s’y dérou­ler, le ski de bosses free­style et le snow­board sur half-pipe (les autres épreuves d’extérieur se déroulent à Whist­ler)… et les orga­ni­sa­teurs n’ont rien trouvé de plus simple que de rame­ner de la neige de Man­ning Park, un parc pro­vin­cial situé à 250 kilo­mètres à l’est de Van­cou­ver… leur pro­messe d’avoir des jeux olym­piques super éco­lo­giques me semble un peu foirée…

Enfin bref, la flamme (conçue cette année par Bom­bar­dier) est arri­vée, donc, et le “chau­dron com­mu­nau­taire” a été allumé pour l’héberger pen­dant la nuit. Notez au pas­sage que la per­sonne qui a allumé le chau­dron, choi­sie par le maire Gre­gor Robert­son, est Ken Lyo­tier, un ancien SDF et dro­gué qui a fondé l’association “Uni­ted We Can” dans le down­town east­side, dont l’activité uti­lise le recy­clage de déchets comme moyen de net­toyer le quar­tier et de réha­bi­li­ter ses habi­tants les plus dému­nis – bref, les SDFs qui ramassent les bou­teilles, c’est ses potes. C’est par­ti­cu­liè­re­ment inté­res­sant puisque la pro­blé­ma­tique des sans-abris et du down­town east­side était, jusqu’à récem­ment, l’un des fers de lance de l’opposition aux J.O. En met­tant Ken Lyo­tier en avant, est-ce que le maire espère clo­tu­rer le débat? Est-ce que c’est de toutes façons encore à l’ordre du jour main­te­nant que la contro­verse sur l’aspect (anti) envi­ron­ne­men­tal des jeux a pris le pre­mier plan? (parce que c’est tel­le­ment plus impor­tant de comp­ter le nombre d’arbres abat­tus que de gens vivant sous le seuil de pauvreté).

La sur­prise, aussi, c’est sur­tout le nombre de trucs tra­duits en fran­çais… pour Van­cou­ver, une ville qui se trouve aussi loin de Mont­réal que Paris par rap­port à Bagh­dad, on aurait pu s’attendre à voir le bilin­guisme cana­dien pas­ser à la trappe comme c’est sou­vent le cas ici (sauf dans les immeubles fédé­raux où ils sont obli­gés). Eh bien il faut croire que la pres­sion qué­be­coise a été assez forte puisque même cer­taines céré­mo­nies se voient dot­tées d’un mini­mum de tra­duc­tion fran­co­phone… presqu’autant que les tra­duc­tions pour sourds et mal-entendants!

Ceci dit, des fois, on se demande fran­che­ment si le double affi­chage est bien utile… voyez un peu:

Panneau bilingue

26 janvier 2010

Pour les pigeons

Le down­town east­side, qu’on trouve dans la par­tie est du centre ville, est de loin le quar­tier le plus démuni de Van­cou­ver. Il est aussi l’un des quar­tiers les plus polé­miques avec l’arrivée immi­nente des jeux olym­piques… mais la mai­rie vient de faire taire (au moins tem­po­rai­re­ment) cer­taines mau­vaises langues en bou­clant les tra­vaux de Pigeon Park, une petite place tri­an­gu­laire sur Car­rall et Has­tings.

Pigeon Park (1)

Cette place était jusque récem­ment prin­ci­pa­le­ment occu­pée par des four­nis­seurs et consom­ma­teurs de drogues dures, et les bancs squat­tés par des sans-abris. Il n’était pas inha­bi­tuel de trou­ver des seringues usées ou des excré­ments humains par terre. Le pro­blème c’est qu’à un pâté de mai­son de là on trouve Gas­town, avec ses bars hup­pés et ses vieux immeubles indus­triels trans­for­més en lofts bobos, et Chi­na­town, avec ses jar­dins, ses mar­chés, et son fes­ti­val du nou­vel an qui tom­bera pile pen­dant les J.O. Et des tou­ristes qui, en se trom­pant de rue, peuvent tom­ber sur des dro­gués et des odeurs de caca, ça fait pas super classe.

Pigeon Park (2)

Lorsque la muni­ci­pa­lité avait annoncé le pro­jet de revi­ta­li­sa­tion du down­town east­side il y a 3 ans, des gens avaient pré­dit que cer­tains tra­vaux trai­ne­raient en lon­gueur his­toire de gar­der les “indé­si­rables” en dehors des zones tou­ris­tiques. Mais au bout du compte, c’est la muni­ci­pa­lité qui a eu le der­nier mot… et si la théo­rie de la vitre bri­sée est un mini­mum vraie, ça pour­rait être le début d’une réha­bi­li­ta­tion pour un quar­tier mal­heu­reu­se­ment bien connu.

En retour­nant dans le down­town east­side avec mon appa­reil photo, j’ai pu encore une fois consta­ter que ses habi­tants sont pour­tant sym­pa­thiques et prompts à enga­ger la conver­sa­tion. Vous obtien­drez par exemple bien sou­vent des recom­men­da­tions de pho­tos ou de balades. J’en pro­fite d’ailleurs pour vous racon­ter cette ren­contre que j’ai eu l’année der­nière avec un barbu du quartier:

Le barbu

J’avais dis­cuté avec lui pen­dant une bonne demi-heure de pho­to­gra­phie, d’architecture et de sculp­ture. Il avait suivi, disait-il, les cours de l’Uni­ver­sité Emily Carr en art et design, mais avait ensuite enchainté les pro­blèmes… il ne s’est pas attardé sur le sujet mais avait men­tionné de rôle de la drogue, et un acci­dent qui l’a privé de sa main gauche, rem­pla­cée par un cro­chet méca­nique. Il sem­blait tou­te­fois tou­jours motivé par toute forme de créa­tion artis­tique. Après m’avoir indi­qué des endroits inté­res­sants à prendre en photo, il m’a confié qu’il abor­dait par­fois des pho­to­graphes ama­teurs pour leur deman­der de prendre une photo spé­ci­fique. Il m’avait ainsi raconté, le sou­rire aux lèvres, com­ment il avait repéré une fois un man­ne­quin dans une vitrine de maga­sin récem­ment aban­donné. Il man­quait une main au man­ne­quin. Il avait donc convaincu un pas­sant de le suivre, s’était glissé dans la vitrine à côté du man­ne­quin, enle­vant son cro­chet et pre­nant la même pose. Il aurait aimé voir la photo finale mais est sim­ple­ment content d’avoir eu l’idée.

Le truc con c’est que j’ai oublié de lui deman­der son nom.

4 septembre 2009

La ligne du Canada

Canada Line

Parmi les nom­breux amé­na­ge­ments que nous amènent les imi­nents Jeux Olym­piques d’Hiver on trouve Canada Line, une nou­velle ligne de métro qui relie le centre-ville de Van­cou­ver à l’aéroport et à Rich­mond, en ban­lieue sud. Elle vient d’ouvrir mi-Août donc ça sent encore le neuf! Et pour une rai­son qui me dépasse, le pre­mier jour, il y avait des files d’attente pour mon­ter dans les rames! A croire qu’il y a rien de bien plus inté­res­sant à faire en été…

Tout comme les deux autres lignes, les rames sont cli­ma­ti­sées, auto­ma­tiques et sans chauf­feurs, et on peut faci­le­ment essayer de se sui­ci­der en sau­tant sur les voies depuis le quai (par contre le train arrive rela­ti­ve­ment len­te­ment donc je ne garan­tis pas le suc­cès de l’opération). Il y a quelques nou­veau­tés, par contre: des indi­ca­tions en temps réel du traf­fic dans les sta­tions, des rames conçues pour des voya­geurs encom­brés de nom­breux bag­gages, une cou­ver­ture réseau télé­pho­nique sur l’intégralité de la ligne pour que les hommes d’affaires impor­tants et les ado­les­centes éner­vantes puissent res­ter en com­mu­ni­ca­tion avec leurs potes, et des amé­na­ge­ments pour les vélos à la fois dans les sta­tions et dans les rames.

Si per­so­nel­le­ment je suis bien content de l’arrivée de cette nou­velle ligne, avec quelques sta­tions qui me ser­vi­ront bien, vous pou­vez bien vous dou­ter que sa construc­tion ne s’est pas dérou­lée sans protestations…

Déjà, n’importe quel pro­jet rela­tif de près ou de loin aux J.O. va atti­rer moultes détrac­teurs, et le dis­cours d’origine du conseil muni­ci­pal (“non non non, on vous assure, ça n’a rien à voir avec les jeux”) n’a sans doute pas arrangé les choses. C’est que Trans­Link, la com­pa­gnie de trans­ports publics locale, avait dans ses plans deux autres exten­sions, la Ever­green Line (pour des­ser­vir le “Tri­City Area” en ban­lieue est, main­te­nant pré­vue pour 2014), et une conti­nua­tion de la Mil­le­nium Line le long de Broad­way jusqu’à UBC (pré­vue d’ici 2020). Ces De nom­breuses per­sonnes pensent qu’il aurait été net­te­ment plus pro­duc­tif de construire l’une de ces 2 lignes en pre­mier, mais que la ligne en direc­tion de l’aéroport a été mise en avant dans l’espoir de faire plai­sir aux tou­ristes pen­dant la période des jeux. D’autres pensent que des inves­tis­se­ments dans le réseau de bus serait plus béné­fique. Cer­tains ont accusé Trans­Link d’avoir mani­pulé les pro­jec­tions d’usagers pour jus­ti­fier la construc­tion de la ligne, ou d’avoir mis en place des par­te­na­riats louches entre fonds publics et privés.

Le seg­ment de ligne le long de Cam­bie Street a été l’un des plus cri­ti­qués. Pen­dant la durée des tra­vaux, les plaintes de la part des habi­tants et des com­mer­çants ont été nom­breuses. Des bou­tiques et res­tau­rants ont mis la clé sous la porte en accu­sant les chan­tiers de construc­tion d’avoir tari leur clien­tèle, et ce mal­gré des cam­pagnes mar­ke­ting menées par Trans­Link pour pous­ser les gens à sou­te­nir leur quar­tier. Divers pro­cès ont été lan­cés, quelques-uns s’achevant avec une vic­toire de la part des com­mer­çants, et des larges sommes d’argent versées.

Et évi­dem­ment, les dépas­se­ments de coûts et l’impact de la ligne de métro sur les taxes locales ou les valeurs immo­bi­lières garan­tissent que la Canada Line sera le bouc émis­saire de bien des maux, à tort ou a rai­son, pen­dant quelques années. Si j’ai le temps et le cou­rage, je vous par­le­rai d’ailleurs de l’autre bonne source de cri­tiques, à savoir le Vil­lage Olym­pique, qui déchaine d’ailleurs encore plus les passions.

En tous cas, moi je m’en fous, main­te­nant je peux aller chez Best Buy et Cana­dian Tire en métro et ça c’est cool.

MàJ: notez que la branche du métro qui va à l’aéroport éco­pera d’une sur­taxe à par­tir, nor­ma­le­ment, de Jan­vier pro­chain. L’augmentation tari­faire devrait per­mettre à la fois à Trans­Link de rem­bour­ser ses dettes plus rapi­de­ment, mais aussi de cal­mer les autres com­pa­gnies de trans­ports (taxis, navettes, etc.) qui ne voient pas toute cette affaire d’un très bon oeil.

23 décembre 2008

Des élections partout

Pen­dant l’automne, on s’est tapés plein d’élections, par ici.

L’élection qu’on ne pou­vait rater, à moins d’habiter dans une grotte (et encore), c’était bien sûr l’élection pré­si­den­tielle amé­ri­caine avec son déluge de média­ti­sa­tion plus ou moins dérou­tante.

Ensuite, sur les chaines de télé­vi­sion locales, on s’est tapés les cam­pagnes des can­di­dats au poste de gou­ver­neur de l’état de Washing­ton. C’est ça de cap­ter les chaines amé­ri­caines… c’est le plai­sir de voir Chris­tine Gre­goire et Dino Rossi se taper des­sus a lon­gueur de journée.

Les spots télé­vi­sés suivent à peu près le même schéma que ceux entre McCain et Obama:

  • Bidule machin il est super méchant, il tue des cha­tons et il mange des enfants”.
  • On voit un pas­sage d’un dis­cours de bidule machin, où il dit qu’il tue des cha­tons et mange des enfants. C’est géné­ra­le­ment tota­le­ment hors contexte, et il est impos­sible de savoir s’il ne manque pas un début de phrase où la per­sonne dit “il est abso­lu­ment faux que…”.
  • Si bidule machin est répu­bli­cain, ils vont aussi ajou­ter qu’il a voté pareil que Bush sur, genre, 94% des pro­po­si­tions depuis 2004. Et ça, c’est sous-entendu, c’est super pas bien.
  • Machin truc, par contre, il est super gen­til. Il a milité pour amé­lio­rer la pâtée pour chat dans sa juri­dic­tion, et il fait des bisous aux enfants, même s’ils sont moches”.
  • On voit une vidéo de machin truc qui pointe son doigt de manière très pro-active et auto­ri­taire. On le voit aussi faire un bisou à un gamin moche.
  • Ca se ter­mine par un bon vieux “votez pour machin truc”.

Au final, Chris­tine Gre­goire a été réélue pour un deuxième man­dat avec plus de 53% des voix… non pas que ça vous inté­resse vrai­ment mais bon, tant que j’y suis, autant don­ner les résul­tats, hein.

Mais le truc plus impor­tant pour Van­cou­ver c’était les éléc­tions muni­ci­pales du 15 novembre. Evi­dem­ment, c’était les moins médiatisées.

Le maire actuel­le­ment en poste est Sam Sul­li­van, qu’on vous avait déjà mon­tré en photo lors du nou­vel an chi­nois, et qu’on a croisé 2 ou 3 fois dans son fau­teuil rou­lant dans la rue parce qu’il habite dans notre quar­tier. Il est membre du NPA (Non-Partisan Asso­cia­tion), un parti centre-droit. Il n’a tou­te­fois pas été réélu pour repré­sen­ter son parti cette année, et a été rem­placé par Peter Lad­ner.

En face, on trou­vait Gre­gor Robert­son, de Vision Van­cou­ver, un parti centre-gauche (ouais, on est très “centre-quelque-chose”, ici… s’agirait pas de prendre des posi­tions trop dras­tiques, non plus, c’est malpoli).

Au final, c’est Gre­gor qui a été élu. Mais le plus rigolo, c’était les autres can­di­dats. En vrac, on avait le barbu hip­pie du Nude Gar­den Party qui veut qu’on habite dans des vil­lages dont la pro­duc­tion agro-alimentaire est auto-suffisante, le gars du BC Mari­juana Party qui veut (sur­pre­nant) léga­li­ser le can­na­bis, le jeune gars COOL qui écrit les MOTS IMPORTANTS en MAJUSCULES pour dire qu’il faut ARRETER DE POLLUER, le comé­dien qui dit qu’on va tous mou­rir, le gen­til mon­sieur qui veut inter­dire la Gay Pride et qui appa­rem­ment connait bien l’Alle­magne nazie (mais pas les règles élé­men­taires de ponc­tua­tion), ou encore le mec qui va vous refi­ler des super tuyaux pour trou­ver des apparts pas chers si vous votez pour lui.

Le taux d’abstention était mons­trueux (presque 60%) com­paré aux taux fran­çais (entre 20% et 35% géné­ra­le­ment, pour les élec­tions muni­ci­pales). His­to­ri­que­ment, les cana­diens n’ont jamais été vrai­ment embal­lés par les élec­tions muni­ci­pales, de toutes façons, pré­fé­rant se bou­ger pour les élec­tions pro­vin­ciales et nationales.

C’est quand même inté­res­sant de voir com­ment le décou­page des votes par divi­sion est très clair:

image

Voilà voilà. Assez réflé­chi pour aujourd’hui… Féli­ci­ta­tions à Barack, Chris­tine et Gre­gor!