1 avril 2011

De la multi-culturalité Canadienne

Il est inter­dit en France, depuis belle lurette, de col­lec­ter des infos sur les ori­gines eth­niques ou raciales des gens lors des recen­se­ments natio­naux. Dif­fi­cile alors d’estimer à quel point la France est multi-culturelle, mais les ins­ti­tuts comme l’INSEE et l’INED four­nissent des esti­ma­tions qui placent le nombre de per­sonnes nées à l’extérieur du ter­ri­toire fran­çais autour de 13% de la popu­la­tion totale.

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(non la photo n’a pas grand chose à voir mais il fal­lait bien mettre quelque chose pour vous atti­rer l’oeil… ça a marché?)

Le Canada, par contre, est un bon gros pays de droite qui a été fondé par des immi­grants bour­rus et qui n’a pas dans son his­toire récente d’épisode sombre concer­nant un quel­conque suivi d’une cer­taine mino­rité eth­nique à des fins lugubres. Du coup, l’institut natio­nal de sta­tis­tiques tient un compte pré­cis des dif­fé­rentes ori­gines eth­niques, et on sait par le der­nier recen­se­ment de 2006 qu’environ 21% des per­sonnes vivant au Canada n’y sont pas nées.

Vu comme ça, on peut pas dire qu’il y ait un CRS qui pète 3 pattes à un canard sans papiers… mais la dif­fé­rence est dans l’évolution des chiffres: là où la diver­sité cultu­relle fran­çaise est plu­tôt stable depuis quelques décen­nies, la diver­sité cultu­relle cana­dienne monte, sur­tout dans les grandes villes du pays. Pour vous don­ner une idée de la chose, à la louche, il y a 2 fois plus de nou­veaux immi­grés arri­vant au Canada chaque année que pour la France, alors que la France a 2 fois plus d’habitants à la base.  Ainsi, l’institut natio­nal de sta­tis­tiques pré­voit qu’en 2031 un tiers des cana­diens serait membre de “mino­ri­tés visibles” (un terme cana­dien contro­versé qui com­mence à être uti­lisé aussi en France), avec des chiffres grim­pant jusqu’à 2 tiers pour les agglo­mé­ra­tions urbaines de Toronto et Van­cou­ver. Ce genre d’évolution démo­gra­phique aura sans doute un impact très mar­qué sur la vie poli­tique locale et nationale.

Y’en a qui vont me deman­der “Toronto et Van­cou­ver? Pas Mont­réal?”. Ben non, appa­rem­ment, pas trop. Je me suis posé la ques­tion aussi, et j’ai été voir les sta­tis­tiques démo­gra­phiques pour les 3 villes, ainsi que pour le pays en géné­ral. Atten­tion, les gars, il va y avoir des sta­tis­tiques et des graphes et plein de trucs chiants comme je sais que vous aimez. Comme d’hab’, si je raconte une conne­rie, corrigez-moi dans les commentaires.

Langue Prin­ci­pale du Foyer

D’abord, j’ai regardé la répar­ti­tion natio­nale de la langue prin­ci­pa­le­ment par­lée dans les foyers:

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On y voit que 89% des cana­diens parlent fran­çais ou anglais chez eux.

A Toronto et Van­cou­ver (res­pec­ti­ve­ment), seule­ment 72% des gens parlent prin­ci­pa­le­ment anglais, avec le fran­çais perdu quelque part entre le rou­main et le taga­log. Notez la pré­sence asia­tique plus mar­quée à Van­cou­ver (avec un total de 12% rien que pour les dif­fé­rents dia­lectes chinois).

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En com­pa­rai­son, Mont­réal mélange beau­coup plus fran­co­phones et anglo­phones (70% et 17% res­pec­ti­ve­ment), mais héberge moins de gens par­lant une langue étrangère:

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Pays de Naissance

Si on regarde la répar­ti­tion de per­sonnes nées au Canada par rap­port à celles nées ailleurs, on retombe sur le chiffre natio­nal déjà men­tionné de 79% contre 21%:

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Toronto est la ville la plus cos­mo­po­lite, avec un impres­sion­nant 47% d’immigrants, sui­vie par Van­cou­ver avec 42%… de quoi don­ner des cau­che­mars à l’extrême droite française:

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Mont­réal, par contre, reste pra­ti­que­ment iden­tique à la moyenne natio­nale avec 22% d’immigrés:

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D’après quelques esti­ma­tions trou­vées ça et là sur inter­net, il semble que c’est légè­re­ment supé­rieur au taux d’immigrés à Paris, par exemple.

Autres Chiffres

Si on regarde le nombre d’immigrés arri­vés dans les 3 villes depuis les années 60, on peut voir que Toronto est la ville la plus attrac­tive, pro­ba­ble­ment grâce aux nom­breuses oppor­tu­ni­tés de tra­vail qu’elle pos­sède. Mont­réal et Van­cou­ver ont des flux d’immigration simi­laires, mais il ne faut pas oublier que Mont­réal est 3 fois plus grande à la base.

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Les chiffres géné­ra­tio­nels confirment que les Mont­réa­lais sont prin­ci­pa­le­ment des Cana­diens de longue date com­pa­rés aux Toron­to­nois ou Van­cou­vé­rois (les chiffres sont en pour­cen­tages de la popu­la­tion totale de l’agglomération; “1ère géné­ra­tion” signi­fie immi­gré, “2ème géné­ra­tion” signi­fie enfant d’immigré):

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Bref, tout ça semble bien indi­quer que Mont­réal a pro­por­tio­nel­le­ment à Toronto ou Van­cou­ver non seule­ment moins d’immigrés, mais éga­le­ment un moindre flux d’immigration. La répu­ta­tion de Mont­réal comme ville super multi-culturelle en prend un coup, mais je sup­pose que cette répu­ta­tion est sur­tout issue des fes­ti­vals et évè­ne­ments cultu­rels qui s’y tiennent pen­dant l’été plu­tôt que de sa popu­la­tion (parce que bon, ici à Van­cou­ver, par exemple, on a un sacré paquet de Chi­nois, mais c’est pas avec une parade à 2 ronds tous les ans et quelques res­tos sym­pas qu’on va don­ner des orgasmes aux touristes…).

Pour­quoi je vous parle de tout ça, au fait? Eh bien parce que le Canada effec­tue un recen­se­ment de la popu­la­tion tous les 5 ans et que le pro­chain est… la semaine pro­chaine. Rien qu’à nous deux on va faire grim­per le nombre de fran­co­phones dans le coin d’au moins, pfiou, 3 ou 4%!

28 janvier 2010

Vidéos “time-lapse” de Vancouver

Cette vidéo com­mence à faire le tour de Van­cou­ver via Face­book, Twit­ter et com­pa­gnie, donc tant qu’à faire autant la repos­ter ici puisqu’elle vous mon­trera com­ment Van­cou­ver c’est jooo­liiiii. Notez éga­le­ment les quelques plans fai­sant figu­rer une couche d’inversion.

Si vous vou­lez encore plus de vidéos accé­lé­rées de Van­cou­ver, l’incontournable Miss 604 a un article juste pour vous.

8 mai 2009

Vancouver c’est trop super bien, si si on vous jure

Je vous avais déjà parlé de plu­sieurs termes anglais qui n’existent pas vrai­ment en fran­çais, et voilà l’occasion d’en pré­sen­ter un nou­veau: “cheesy”.

Cheesy: de piètre qua­lité à cause de cli­chés à outrance, d’excès dra­ma­tique, et d’autres élé­ments inuti­le­ment exa­gé­rés. Prin­ci­pa­le­ment uti­lisé comme qua­li­fi­ca­tif pour scènes de films.

Notez que la qua­lité tech­nique d’un film n’a rien à voir avec sa “chee­si­ness”. “Inde­pen­dance Day” ou “Trans­for­mers” sont très cheesy, alors que “Bad Taste” ne l’est assu­ré­ment pas. “Star Trek”, quant à lui, est sou­vent cheesy non pas à cause des pyja­mas et décors en car­ton pâte, mais au jeu d’acteur de William Shat­ner.

Si vous vou­lez un bon exemple de cheesy, rega­rez la vidéo sui­vante, ça vaut son pesant de caca­huètes: léchage de cou­teau, déchi­rage de che­mise, gri­maces et coups de pied retour­nés… la totale, quoi.

Tout ça pour quoi, donc?

Tout ça pour une vidéo assu­ré­ment “cheesy” qui pré­sente Van­cou­ver aux futurs tou­ristes de l’hiver 2010. On a tous les élé­ments clés: des séquences aériennes sur fond de easy-rock, des gens qui rigolent dans des bars pen­dant qu’une voix off annonce fiè­re­ment qu’il y a “plein de choses à faire à Van­cou­ver” (le code secret pour dire qu’en fait on s’y emmerde), des images de bou­tiques de mode et de res­tau­rants (his­toire de prou­ver qu’on en a quelques-uns), des enfants qui sau­tillent dans la foret et des couples qui se tiennent la main, le tout sur fond de ciel constam­ment bleu… ah ben tiens… il vont en avoir un beau, de choc, les pauvres gens qui vont se rame­ner en décembre…

Meuh qu’est-ce que j’raconte… si, si, Van­cou­ver, c’est trop bien! On vous jure! C’est pas nous qui le dit, c’est… euh… des gens payés pour. Regardez:

Enfin bon, remar­quez, ça pour­rait être pire, on pour­rait habi­ter à Cle­ve­land:

27 janvier 2009

Pendant que j’y suis…

Y’en a qui aiment embê­ter les expa­triés van­cou­ve­rois sur le sujet parce qu’ils savent que ça nous énerve, mais pour les cen­taines d’autres qui le disent en le pen­sant vraiment:

NON, on n’attrapera pas l’accent Qué­be­cois à Van­cou­ver, pour la même rai­son qu’on attrape géné­ra­le­ment pas l’accent Mar­seillais en allant vivre en Bre­tagne.

Merci bien.

(et je com­prends bien que le simple fait de pos­ter ceci va tri­pler le nombre de fois où on me le dit mais bon…)

23 décembre 2008

Merde, j’ai raté mes deux ans

En ce moment c’est un peu le bor­del, j’ai pas beau­coup de temps libre pour pos­ter (comme me le font remar­quer cer­tains lec­teurs), donc j’ai raté le 2ème anni­ver­saire de ce blog… Mais bon, y’a pas grand chose de nou­veau par rap­port à l’année der­nière. Van­cou­ver c’est tou­jours trop méga bien bien.

La 2ème année marque la fin des pre­mières expé­riences. On sait déjà à quoi res­semblent les dif­fé­rentes sai­sons, on a déjà été chez le doc­teur ou le den­tiste au moins une fois, on a déjà payé ses impôts, on mai­trise vague­ment les conver­sions d’unités, le cal­cul des pour­boires et des taxes, et on connait au moins le pre­mier cou­plet de la chan­son du bûcheron.

On com­mence aussi à avoir des sacrés mélanges sur les éta­gères, avec des livres en fran­çais et anglais, des for­mats A4 et Lettre, et des DVDs zones 1 et 2. Dans le reste de la mai­son, on trouve des cla­viers AZERTY et QWERTY, des appa­reils 220V bran­chés sur des conver­tis­seurs et des appa­reils “natifs” 110V, et on se dit qu’il nous faut abso­lu­ment ache­ter un bar­be­cue avant l’été pro­chain… Bref, ça com­mence clai­re­ment à se voir qu’on est un expa­trié de longue date.

Je me demande si je devrais por­ter des che­mises rouges à carreau?

18 juin 2008

Deux poids, deux mesures

Un ancien col­lègue de France m’a récem­ment demandé si les cana­diens uti­li­saient des grammes comme unité de mesure pour les recettes de cui­sine. La réponse est bien évi­dem­ment… “Eh non, les cana­diens uti­lisent… la tasse.”

Pour la cui­sine, les bou­quins ache­tés sur place ainsi qu’équipements (e.g. le four) et acces­soires (e.g. le très utile verre mesu­reur) indiquent tout en sys­tème amé­ri­cain. Les poids sont expri­més en livres ou onces, mais vous trou­ve­rez plus sou­vent des volumes expri­més en tasse, cuiller, et plus rare­ment can­nette. Par exemple, dans mon livre de cui­sine acheté sur place, les quan­ti­tés de beurre sont indi­quées en por­tions de tasses (Note de Ludo: trop pra­tique de mesu­rer une quan­tité de beurre avec une tasse, tiens). Les tem­pé­ra­tures pour le four vont vous être don­nées en degrés Fah­ren­heit.

Autre fait rigolo: les poids sont affi­chés en sys­tème métrique, mais cor­res­pondent à des poids en sys­tème impé­rial. C’est pas clair? Voici un exemple: le beurre s’achète par 454 grammes, ce qui coïn­cide avec une livre.

Je fais l’envie de mes com­pa­triotes fran­çais lorsque je sors le verre mesu­reur que j’ai pensé à glis­ser dans les car­tons du démé­na­ge­ment, et qui indique les grammes pour un cer­tain volume de farine, sucre, etc. et les mil­li­litres pour le liquide. A bon entendeur…

Verre doseur

Plus géné­ra­le­ment, il y a un joyeux mélange dans les uni­tés de mesures uti­li­sées dans diverses situa­tions de la vie cou­rante. Si les pan­neaux de signa­li­sa­tion indiquent les dis­tances en kilo­mètres, en revanche toutes les annonces pour les appar­te­ments vont vous don­ner des sur­faces en pieds carré. Chez le méde­cin, taille et poids vous seront don­nés en sys­tème métrique (mètres et kilo­grammes). Par contre, si un col­lègue vous demande votre taille et que vous répon­dez “1 mètre 71″, vous le ver­rez cogi­ter un moment pour faire la conver­sion en pieds et pouces! (Note de Ludo: comme je suis un gros chieur, à chaque fois qu’un cana­dien me donne une mesure en sys­tème impé­rial, je lui rétorque un “hey gars, le Canada uti­lise le sys­tème métrique, je sais pas de quoi tu parles”… pour l’instant, ils se contentent tous de sou­rire et de regar­der leurs pieds en rougissant).

Pas de panique, Wiki­pe­dia est notre ami et nous aide à faire les conver­sions Google est sympa aussi et fait la conver­sion pour vous… Vous pou­vez vous amu­ser à entrer la requête “50 kg in pounds” dans le champ de recherche… c’est magique (Note de Ludo: ça marche aussi dans Yahoo et Live Search/MSN, mais pas dans Exa­lead… vive la tech­no­lo­gie Fran­çaise! (je me per­mets parce que je sais qu’un des ingé­nieurs d’Exa­lead lit ce blog… Salut Philippe!)).

6 janvier 2008

Bonne année, mais pas nécessairement pour tout le monde

Après mon article sur les grosses affaires van­cou­ve­rites pas joyeuses du moment, je me suis dit que je pour­rais bien par­ler des pro­blèmes locaux plus cou­rants. Déjà, ça vous chan­gera de mes pho­tos traf­fi­quées pour vous faire croire que le ciel est tou­jours bleu à Van­cou­ver. Ensuite, ça vous gâchera votre eupho­rie de la nou­velle année. Et puis ça vous chan­gera de la rou­tine habi­tuelle des syn­di­cats et des grèves, de l’Europe, des ban­lieues, du cho­mâge, du trou de la sécu, de la gauche, de la droite, du milieu, et autres ran­gaines socio-politiques fran­çaises. Enfin, ça vous per­met­tra de savoir, en contre­par­tie, quelles sont les ran­gaines d’ici.

Contrai­re­ment à ce que les mau­vaises langues diront, la pluie n’est pas le pro­blème numéro 1 à Van­cou­ver (comme le prouvent mes pho­tos avec des ciels bleus, donc), mais bien les sans-abris et la drogue. Oui, je sais, ça fait théo­ri­que­ment deux pro­blèmes, mais les deux sont sou­vent étroi­te­ment liés. D’ailleurs, ils sont tous les deux bien cor­rec­te­ment ran­gés dans le Down­town East­side, situé juste der­rière Chi­na­town et Gas­town. D’après cer­tains, c’est car­ré­ment le quar­tier le plus pauvre de tout le Canada (Wou­houh! Allez Van­cou­ver!). Et quand je dis “cor­rec­te­ment rangé”, c’est vrai­ment le cas: 2 pâtés de mai­son avant d’y ren­trer, on est encore dans des endroits bran­chés rem­plis de gens riches et bien por­tants. On a vrai­ment l’impression de tra­ver­ser un por­tail inter-dimensionnel, par endroits.

Sans abri

(remar­quez au pas­sage l’utilisation judi­cieuse de filtres de cou­leur pour faire pas­ser ce qui est pro­ba­ble­ment un ingé­nieur d’IBM aux goûts ves­ti­men­taires dou­teux pour un pauvre SDF… c’est ça, la magie des images)

His­to­ri­que­ment, toutes les villes olym­piques ont eu un pro­blème avec les sans-abris, car il s’agit de faire bonne figure pour les tou­ristes et les camé­ras. De Londres à Atlanta en pas­sant par Syd­ney ou Pékin, seule la méthode change: cer­tains offrent gra­cieu­se­ment un billet de bus pour envoyer les clo­chards en grande ban­lieue, d’autres les font fuir en uti­li­sant la police pour faire pres­sion. Les plus gen­tils ouvrent des foyers d’acceuil, mais prennent bien soin de les pla­cer le plus loin pos­sible. Van­cou­ver ne devrait nor­ma­le­ment pas échap­per à la règle, mais le pro­blème y est un peu plus complexe.

Piccadilly Pub

Au début des années 90, le Canada était dans une situa­tion éco­no­mique très dif­fi­cile, et a été redressé par des coupes bud­gé­taires, un rem­bour­se­ment sys­té­ma­tique de la dette natio­nale1, et diverses autres ini­tia­tives issues de gou­ver­ne­ments libé­rals et social-démocrates. Si l’économie cana­dienne a très bien récu­péré depuis, la théo­rie selon laquelle la crois­sance du pays béné­fi­cie­rait à tout le monde a été infir­mée par les inéga­li­tés dans les dif­fé­rents sec­teurs. Ces inéga­li­tés ne sont pas signi­fi­ca­ti­ve­ment pires que dans les autres pays occi­den­taux, mais par­ti­cu­liè­re­ment décriées ici, pro­ba­ble­ment parce qu’elles incluent par des­sus le mar­ché les pro­blèmes d’exclusion des per­sonnes d’origines abo­ri­gènes (dont on par­lera dans un futur article sur les autres pro­blèmes cou­rants du coin).

Lentement

Les pro­blèmes spé­ci­fi­que­ment van­cou­ve­rois s’ajoutent ensuite aux pro­blèms natio­naux. Par exemple, le déve­lop­pe­ment ful­gu­rant de la ville dans cer­tains sec­teurs (nou­velles tech­no­lo­gies et construc­tion, entre autres) aggravent les pro­blèmes d’inégalité men­tion­nés pré­cé­dem­ment. Les nou­velles construc­tions, les réno­va­tions, les modi­fi­ca­tions du réseau de trans­port public, et tous les autres amé­na­ge­ments pré­vus pour 2010, qu’ils soient à l’initiative de la muni­ci­pa­lité ou de com­pa­gnies pri­vées, gal­va­nisent le mar­ché immo­bi­lier déjà bien en forme grâce, entre autres, aux taux d’emprunt his­to­ri­que­ment bas simi­laires à ce qu’on a connu en France ces quelques der­nières années.

Un cas cou­rant est ainsi celui où un éta­blis­se­ment change de main pour être rénové, réha­bi­lité, voire démoli pour faire place à des loge­ments de meilleure qua­lité. Les occu­pants doivent alors trou­ver une autre habi­ta­tion, et peuvent se retrou­ver devant un dilemme bud­gé­taire où toit et nour­ri­ture ne peuvent plus coha­bi­ter. Car dans une situa­tion fina­le­ment très simi­laire à cer­taines région de France, la mon­tée des prix a dépassé la mon­tée des salaires2, et ne pas pou­voir se payer un appar­te­ment, même dans les loca­tions à bas prix, est l’une des prin­ci­pales rai­sons pour res­ter à la rue. Selon les endroits, on peut trou­ver jusqu’à un tiers de SDFs qui ont, en fait, un emploi qui les occupe au moins 30h par semaine. Mais l’emploi ne fait géné­ra­le­ment pas long feu à par­tir de là.

Cuban Cigars

Evi­dem­ment, la drogue et les mala­dies (men­tales ou phy­siques) jouent tou­jours un rôle impor­tant. Sur le plan de la drogue, les Triades, la mafia chi­noise, seraient assez actifs dans le coin, rap­port au fait que Van­cou­ver est un impor­tant port de la côte Paci­fique, et le prin­ci­pal accès au ter­ri­toire cana­dien depuis l’Asie. Enfin j’ai pas fait un enquête appro­fon­die sur le sujet, hein, remar­quez, et comme j’ai pas envie de perdre un doigt, j’irai pas infil­trer les clubs de East Has­tings juste pour vos beaux yeux. Mais tou­jours est-il que le traf­fic de drogues dures, et plus par­ti­cu­liè­re­ment l’héroïne, est impor­tant, et touche beau­coup de monde. Van­cou­ver ouvrait ainsi en 2003, et dans le Down­town East­side, jus­te­ment, des sites d’injection super­vi­sée (Les pre­miers d’amérique du nord! Wou­houh! Allez Van­cou­ver!) pour ten­ter de limi­ter les pro­blèmes annexes liés à la drogue (prin­ci­pa­le­ment la trans­mis­sion de mala­dies comme le SIDA par les seringues).

Drugs

On estime entre 2000 et 2300 le nombre de SDFs à Van­cou­ver, ce qui est, en pour­cen­tage de popu­la­tion totale, assez simi­laire à Paris où les esti­ma­tions oscil­lent entre 8000 et 12000. Mais c’est la ten­dance qui est le pro­blème ici, puisqu’à moins d’une inflec­tion, on dépas­sera les 3000 sans-abris pour les Jeux Olym­piques de 2010. Oui, ça aug­mente vite. Wou­houh! Allez Van­cou­ver!

Petit vélo

Diverses orga­ni­sa­tions et asso­cia­tions oeuvrent pour l’amélioration des condi­tions de vie dans le Down­town East­side, et pour les gens dému­nis en géné­ral, et il y a pas mal d’attention et d’attentes sur ce que le maire va mettre en place pour régler le pro­blème… mais fau­dra pas rêver non plus.

Voilà, j’espère que ça vous inté­resse, tout ça, et si j’ai dit des conne­ries (vous savez ce que c’est, la recherche d’infos sur inter­net…), n’hésitez pas à pos­ter des rec­ti­fi­ca­tions dans les commentaires.

Cash

Allez, main­te­nant que j’ai un nou­vel objec­tif avec un gros zoom (merci Papa Noël… à savoir moi-même), il fau­dra que j’y retourne pour vous faire de meilleures pho­tos du quartier.

1 Le Canada est l’un des rares pays déve­lop­pés à avoir une dette en baisse et peu, voire pas du tout, de dépas­se­ment de son bud­get fédé­ral chaque année.

2 Pour vous faire une idée très vague des prix van­cou­vé­rois, il faut comp­ter 6000$ (soit 4000€) par mètre carré en centre ville. En com­pa­rai­son, le prix moyen du mètre carré sur Paris est à un peu plus de 6300€. Cela n’empêche pas les cana­diens d’être cho­qués par les prix de Van­cou­ver qui est main­te­nant la ville la plus chère du pays en terme de loge­ment (Wou­hou! Allez Van­cou­ver!). Il y a quelques années, les pro­vinces de l’est, avec Toronto et Mont­réal comme villes prin­ci­pales, domi­naient le mar­ché, mais le déve­lop­pe­ment des pro­vinces de l’ouest a pro­pulsé Van­cou­ver, Cal­gary, Edmon­ton et même Sas­ka­toon vers le haut, par­fois de manière tota­le­ment obs­cène, du genre des prix lit­té­ra­le­ment 2 fois plus cher ici (faut dire qu’on a la ville la plus mieux bien, aussi… Wou­houh! Allez Van­cou­ver!). L’arrivée de nom­breux immi­grants avec leurs poches pleines d’argent tout neuf n’a pas amé­lioré la situa­tion, alors que le mar­ché qué­be­cois ou onta­rien res­tait rela­ti­ve­ment sage. De toutes façons, le mieux, c’est d’investir à Iqa­luit, une super ville où l’aéroport est plus grand que la ville elle-même.

28 novembre 2007

Trois en un

Ca y est, c’est offi­ciel, les mas­cottes des Jeux Olym­piques de 2010 ont été dévoi­lées! Comme je sais que vous n’aviez que ça en tête depuis au moins une semaine, je vous pré­sente sans plus attendre Miga, Quat­chi et Sumi:

Et en bonus, il y a Muk­muk, qui vien­dra sou­te­nir ses 3 amis pen­dant toute la durée des jeux!

C’est t’y pas mignon tout ça? Ne vous donnent-ils pas envie de dépen­ser plein de thunes en gad­gets, t-shirts et autres pro­duits déri­vés? Ne permettent-ils pas d’intégrer magi­que­ment les enfants à la popu­la­tion ciblée? J’attends avec impa­tience le dessin-animé qui nous apprend à recy­cler et à res­pec­ter la nature, et bien sûr le CD 2 titres avec les chan­sons offi­cielles des jeux.

Mais bref, trève de cynisme, je suis sûr que vous vou­lez en savoir un peu plus sur ces mas­cottes joviales et entrai­nantes. D’après leur site offi­ciel, de gauche à droite:

  • Sumi est un esprit ani­mal qui vit dans les mon­tagnes de la Colombie-Britannique. Comme beau­coup de cana­diens, les anté­cé­dents de Sumi sont nom­breux. Il porte le cha­peau de l’épau­lard, vole avec les ailes du grand Oiseau-Tonnerre et court sur les pattes poi­lues de l’ours noir.
  • Quat­chi est un jeune sas­quatch qui vient des forêts mys­té­rieuses du Canada. Quat­chi est timide, mais il adore explo­rer de nou­veaux endroits et ren­con­trer de nou­veaux amis. Même si Quat­chi aime tous les sports d’hiver, il aime sur­tout le hockey. Il rêve de deve­nir un gar­dien de but célèbre de par le monde.
  • Miga est une jeune ourse de mer qui vit dans l’océan avec sa famille, au large de l’île de Van­cou­ver, près de Tofino, en Colombie-Britannique. Les ours de mer sont en par­tie épau­lard et en par­tie ours (Miga est en par­tie ours Ker­mode, un ours blanc rare qui ne vit qu’en Colombie-Britannique).
  • Muk­muk est une petite mar­motte ami­cale de l’île de Van­cou­ver qui appuie et encou­rage tou­jours ses amis pen­dant leurs par­ties et leurs courses.

Il devient de plus en plus cou­rant d’avoir plu­sieurs mas­cottes. Ca a com­mencé avec Cal­gary en 1988, suivi par Séoul la même année, avec cha­cun 2 mas­cottes. Dix ans plus tard, Nagano enfonce le clou avec 4 mas­cottes, et puis c’est la défer­lante: Syd­ney et Salt Lake City en ont 3, Athènes et Turin 2, et Pékin en annonce car­ré­ment 5. Celles de Van­cou­ver sont toutes basées sur des légendes abo­ri­gènes, le sas­quatch étant la plus connue.

Main­te­nant que vous ne tenez plus en place, vous pou­vez aller télé­char­ger les fonds d’écran, faire du colo­riage, ou même rem­plir un quizz pour savoir quelle mas­cotte vous res­semble le plus. Ouéééé, trop bien.

Je vous pré­viens, si je ne vois pas un peu plus de com­men­taires sur ce blog, je vais com­men­cer à envoyer des cartes pos­tales vir­tuelles avec des mas­cottes affreu­se­ment mignonnes. Vous êtes prévenus.

25 novembre 2007

Putain, un an

Il y a à peu près un an, j’arrivais à Van­cou­ver et démar­rais ce blog, tout plein de bonnes inten­tions et d’étoiles dans les yeux. Après un pre­mier contact un peu déli­cat, et la décou­verte des joies de la vie dans un hôtel, je me lan­çais à la décou­verte de la ville. Un an plus tard, je peux consta­ter que mes pré­ten­tions blo­guesques d’origine ont fina­le­ment été bien rem­plies. Avec une moyenne de 2 articles par semaine sur la Colom­bie Bri­tan­nique et ses étranges habi­tants1, et des pho­tos pseudo-artistiques2 en plus pour com­bler les trous, je m’épate moi-même (même si je com­mence à accu­mu­ler du retard dans mes idées d’articles).

Je poste rare­ment des choses per­son­nelles, mais le pre­mier anni­ver­saire du blog est l’occasion de faire un pre­mier point, de pro­cé­der à une intros­pec­tion du sujet van­cou­ve­rois, d’analyser mon expé­rience de 12 mois et d’en tirer des conclu­sions certes sub­jec­tives, mais posées et argumentées.

Donc voilà: Van­cou­ver c’est trop méga bien bien.

(oui c’est ma tronche, je porte une robe de chambre, et je vous emmerde)

Non, sérieux, c’est cool comme ville.

Bon okay, vous vou­lez peut-être que je déve­loppe. D’abord, l’environnement est super joli, la lumière est magni­fique, les forêts sont luxu­riantes et les écu­reuils sont sau­tillants. Les gens sont glo­ba­le­ment sym­pa­thiques, et pro­viennent de plein de pays dif­fé­rents, avec les dif­fé­rentes pers­pec­tives sur le monde qui vont avec. On a la mon­tagne et la plage à deux pas, ce qui per­met de s’adonner aux joies du beach-volley, des bar­be­cues, du kayak ou du ski en pre­nant un simple bus3. On trouve des quar­tiers rési­den­tiels super calmes et mignons à deux pas des quar­tiers qui bougent. Le mar­ché du tra­vail, en tous cas dans l’informatique, est bouillo­nant, et plus par­ti­cu­liè­re­ment dans mon sec­teur, les jeux vidéos. Et les van­cou­ve­roises sont bien foutues.

Evi­dem­ment, si vous êtes anthro­po­logue, que vous n’aimez pas les sushis, que vous détes­tez les sports d’hiver et que la pluie vous déprime, vous pour­rez pas­ser votre che­min… mais en ce qui me concerne, Van­cou­ver place la barre assez haut en termes d’exigences à rem­plir pour être mon chez moi.

Bien sûr on peut lui repro­cher tout un tas de choses. On aime­rait plus de bou­tiques, plus de res­tau­rants, plus de lieux cultu­rels, plus de fes­ti­vals, plus de crottes de chien par terre, etc. Mais la ville est encore jeune. Incroya­ble­ment jeune, même. Ca ne veut pas dire qu’elle réus­sira mieux que les autres — pro­ba­ble­ment l’inverse, même, le temps de com­mettre quelques erreurs de jeu­nesse — mais cela veut dire qu’elle bouge, qu’elle se cherche, qu’elle se trans­forme, qu’elle s’adapte. Il faut bien se dire que Van­cou­ver n’a même pas 150 ans. Ca veut dire que, pen­dant que Paris avait déjà vu pas­ser une bonne dizaine de régimes poli­tiques, Van­cou­ver était une col­line avec de l’herbe et quelques huttes Mus­queam. Ca veut dire que pen­dant que Hauss­man s’attellait à d’impressionnants amé­na­ge­ments urbains, des cher­cheurs d’or boueux et des bûche­rons buri­nés allaient boire un coup dans la seule taverne du coin. Ca veut dire que pen­dant que la Tour Eif­fel était en construc­tion, quelques mil­liers de per­sonnes voyaient arri­ver la pre­mière ligne de che­min de fer dans leur ville nou­vel­le­ment constituée.

Le che­min qu’a par­couru Van­cou­ver en à peine plus d’un siècle est incroyable. C’est main­te­nant la 3ème plus grosse ville du Canada, et elle conti­nue de se déve­lop­per de manière ver­ti­gi­neuse, démo­gra­phi­que­ment et éco­no­mi­que­ment. Elle est cou­ram­ment consi­dé­rée comme l’une des meilleures villes du monde par divers cabi­nets d’étude. Elle a tout devant elle, et c’est bien ça son côté fas­ci­nant: son poten­tiel. A quoi va res­sem­bler Van­cou­ver après les Jeux Olym­piques de 2010, et tous les pro­jets d’urbanisme qu’ils amènent? A quoi va-t-elle res­sem­bler en 2020 avec une popu­la­tion qui devrait qua­dru­pler d’ici là? Com­ment l’installation toute récente de Micro­soft va-t-elle affec­ter l’industrie high-tech locale? Est-ce que Brad le Bache­lor va fina­le­ment rap­pel­ler Jenni?

Van­cou­ver est véri­ta­ble­ment une ville vivante en ce sens qu’elle se trans­forme sous nos yeux. Le résul­tat sera peut-être déce­vant — auquel cas on ira tout sim­ple­ment s’installer ailleurs — mais je sais que les pro­chaines années seront assu­ré­ment pas­sion­nantes à vivre.

1 Rappellez-vous les diverses acti­vi­tés inté­res­santes des indigènes.

2 Et fai­sant toutes figu­rer, de manière fort dou­teuse, un ciel bleu. La magie de la tech­no­lo­gie moderne est pro­ba­ble­ment à l’oeuvre.

3 Voire même en vélo pour la moi­tié des endroits.

27 août 2007

Toujours la plus mieux bien pour vivre

Fai­sant suite à une étude dont on a pré­cé­dem­ment parlé, The Eco­no­mist a publié les résul­tats de son étude annuelle sur la qua­lité de vie dans les grandes villes du monde. Encore une fois, Van­cou­ver se place très bien puisqu’elle est pre­mière (yee­hah!), devant Mel­bourne et Vienne. Contrai­re­ment à l’étude pré­cé­dente, le Canada n’a que 2 villes dans le Top 10 (avec Toronto), alors que l’Aus­tra­lie en place pas moins de 4 (avec Perth, Ade­laide et Syd­ney). Pas moyen de savoir où se placent les pre­mières villes fran­çaises, par contre, puisqu’il faut ache­ter le maga­zine pour avoir la liste complète.

Une autre étude, dont les lec­teurs de l’incontournable blog de Véro­nique ont déjà entendu par­ler, menée par Angus Reid uni­que­ment au sein du Canada montre éga­le­ment que Van­cou­ver est la ville la plus mieux bien du pays, mal­gré le fait que la plu­part des cana­diens aient voté pour leur propre ville. Pour­tant, Van­cou­ver se prend une baffe en ce qui concerne les sor­ties noc­turnes (res­tos, bars, boîtes de nuit) et le shop­ping, avec un score abys­sal qui la place même der­rière des trous de cam­pagne comme Sas­ka­toon (oui, c’est vrai­ment un nom de ville). Sans grande sur­prise, Mont­réal reigne en maître sur le sujet, alors que Toronto rem­porte la palme en ce qui concerne les acti­vi­tés spor­tives, l’art, la culture, et le busi­ness.

Pour ceux qui ont suivi, donc, à Van­cou­ver on vit super bien, mais sans aller au resto, sans faire la fête, sans rien ache­ter, sans se culti­ver, et sans tra­vailler. Oui, ça veut dire qu’on passe notre temps à glan­der sur la plage en fai­sant des bar­be­cues nous mêmes et en fumant de l’herbe

Je plai­sante, maman… tu te doutes bien que je laisse les autres s’occuper du barbecue.