19 octobre 2011

Toilettes méga-publiques

On avait il y a long­temps abordé les grandes dif­fé­rences d’hygiène et d’organisation des toi­lettes entre la France et le Canada, et plus spé­cia­le­ment à quel point les toi­lettes publiques sont ici rela­ti­ve­ment peu pri­vées (c’est con à dire comme ça mais c’est impor­tant!)… eh bien j’ai récem­ment trouvé les pires des toi­lettes pos­sibles, dans un centre com­mer­cial de Seat­tle:

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Vous voyez les portes? Ouaip, elles ne vont pas beau­coup plus haut qu’une hau­teur d’épaule, et si vous êtes assez près, vous pou­vez faire cou­cou au mec qui fait caca sans avoir besoin de vous mettre sur la pointe des pieds. Ca donne envie, non?

24 août 2011

Les ados, ces gros nazes

Au Canada, quand on vient d’avoir eu son per­mis de conduire, on doit mettre pen­dant quelques temps un “N” sur le cul de la voi­ture de ses parents pour indi­quer qu’on est un gros n00b. Sauf que les ado­les­cents cana­diens, qui sont pas beau­coup plus malins que les ado­les­cents fran­çais, ils tournent l’autocollant de 90 degrés pour que ça fasse un “Z”.

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Vous voyez? Genre le mec il veut avoir l’air cool alors qu’il conduit une Honda Civic toute moche.

Aaah ces jeunes… de mon temps on était pas aussi nazes…

18 juin 2011

Riot 2011

Voilà que s’achève une semaine bien agi­tée pour Van­cou­ver.. si vous n’y habi­tez pas, vous avez pro­ba­ble­ment vu dans les jour­naux ce qui s’y est déroulé mer­credi soir, mais le plus impor­tant est ce qui s’est passé jeudi… mais réca­pi­tu­lons un peu d’abord.

Mer­credi soir, les Canucks de Van­cou­ver affron­taient les Bruins de Bos­ton en finale de la coupe Stan­ley, un des tro­phées les plus impor­tants en hockey sur glace. Les enjeux étaient de taille (pour ceux qui se sou­cient de ce genre de truc), mais je vous redi­ri­ge­rai vers mon article d’il y a 3 jours si vous vou­lez plus de détails. L’important est de savoir que la der­nière fois où les Canucks etaient en finale, en 1994, ils avaient perdu et des émeutes avaient éclaté en centre-ville. Mal­gré l’optimisme ambiant dans la ville depuis le début de la semaine, tout le monde se deman­dait ce qui arri­ve­rait après le match.

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On pou­vait se dire que c’était mal parti en voyant le nombre abher­rant de gens venus regar­der le match dans les “fan-zones” du centre-ville sur écran géant. Là où, pour les matches pré­cé­dents, tout le monde était gen­ti­ment assis par terre, c’était tel­le­ment blindé mer­credi soir que tout le monde était debout, incon­for­ta­ble­ment ser­rés, et avec une vue sou­vent obs­truée de l’écran géant.

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Il y avait aussi plus de cré­tins que d’habitude, entre ceux qui arri­vaient déjà tout exci­tés à coups de “Fuck Bos­ton!”, et ceux qui esca­la­daient tout et n’importe quoi pour mieux voir.

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Il n’y avait pour­tant pas grand monde de bourré, d’après ce que j’ai pu voir. Les maga­sins d’alcohol avaient été for­cés de fer­mer en milieu d’après-midi, et la police contrôl­lait l’entrée des “fan-zones” pour empê­cher l’introduction de bois­sons alcoo­li­sées et d’objets dangereux.

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Assez rapi­de­ment, un doute planne quand même sur la ville. Les Bruins sont clai­re­ment meilleurs, et les Canucks, endor­mis, se font mener 1–0, puis 2–0, puis 3–0… Avant même que le score final ne soit atteint (un hon­teux 4–0), les gens com­men­çaient déjà à par­tir. Cer­tains parce qu’il étaient juste dégoû­tés, mais d’autres (par exemple les familles avec enfants) parce qu’ils crai­gnaient des vio­lences à venir. A la fin du match, cer­tains balancent leurs déchets vers l’écran géant et d’autres com­mencent à s’exciter. Un feu est allumé dans une pou­belle… c’est le début d’une émeute pas comme les autres.

Ima­gi­nez un petit groupe de gens qui font un feu, puis vont ren­ver­ser une voi­ture un peu plus loin…. et des dizaines de mil­liers de gens autour qui regardent et prennent des vidéos avec leur télé­phone (il y avait plus de 100.000 per­sonnes répar­tis sur quelques pâtés de mai­son à l’origine). C’est assez sur­réel. Alors que tout le monde allait par­tir dépité, tout d’un coup il y a un truc exci­tant qui se passe et ils décident de res­ter pour voir. C’est con les gens.

Face à une foule émo­tio­nel­le­ment vola­tile et en quête des sen­sa­tions fortes qui lui ont man­qué pen­dant le match, la police pré­pare l’équipement anti-émeute à quelques blocs de là. Mais un ami raconte comme ça s’est passé: à la simple vue des bou­cliers et des casques, les gens qui s’en allaient changent d’attitude et font demi-tour pour aller voir ce qui se passe! C’est con les gens.

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S’il est facile de décrire à quel point les réels cas­seurs – ceux qui ont brûlé les pre­mières voi­tures, cassé les pre­mières vitrines et déva­li­sés les pre­miers maga­sins – sont des petits cons de racailles qu’on devrait net­toyer au kär­cher (je vous fais un mix sar­ko­ziste pour l’occasion parce que j’ai pas trouvé grand chose dans les dis­cours de Ségo­lène), on ne pourra jamais assez répe­ter à quel point tous ces gens qui sont res­tés plan­tés là comme des mou­tons sont aussi des cré­tins de pre­mier ordre. Entre les gros blai­reaux qui se pre­naient fiè­re­ment en photo devant les voi­tures en feu et ceux qui pous­saient des cris d’encouragement aux cas­seurs, tous ces gens ont lar­ge­ment empê­ché la police de faire son tra­vail. Sans eux, les forces de l’ordre auraient été en mesure d’intervenir immé­dia­te­ment et d’arrêter le petit groupe de van­dales avant qu’ils ne fassent plus de dégâts ou qu’ils motivent d’autres à les rejoindre.

L’émeute en elle-même était ensuite très clas­sique – mais sim­ple­ment à une échelle van­cou­vé­roise: une quin­zaine de voi­tures retour­nées et brû­lées, une dizaine de maga­sins van­da­li­sés, et la police mon­tée cana­dienne sur leurs beaux che­vaux. Men­tion spé­ciale pour la police, d’ailleurs, qui est res­tée tota­le­ment de marbre face aux déluges d’insultes, de débris, et de gens qui s’embrassent par terre (oui, je sais, cette photo a été expli­quée et c’est pas vrai­ment ça qui se passe, mais bon…).

Tout ça nous amène donc à ce qui est le plus inté­res­sant, et qui ne sera pro­ba­ble­ment pas relayé dans les jour­naux étrangers.

Comme d’habitude de nos jours (et d’autant plus sur la west coast), ça com­mence sur Twit­ter et Face­book. Pen­dant la nuit, des mil­liers et des mil­liers de van­cou­vé­rois font part de leur indi­gna­tion face aux évè­ne­ments qui se déroulent en direct sur les télé­vi­sions locales. C’est qu’en France on est bla­sés, mais pour les gens de Van­cou­ver, c’est du jamais vu. Enfin, du très rare­ment vu. Genre une fois tous les 15 ans (chez nous en France c’est limite une fois tous les 15 jours…). Et c’est pro­ba­ble­ment incon­ce­vable pour des fran­çais, mais les van­cou­vé­rois sont réel­le­ment atta­chés à leur ville – sa beauté, sa pro­preté, la civi­lité bien cana­dienne de ses habi­tants, leur sens com­mu­nau­taire, leur com­mu­nion avec la nature, leur yoga, leurs petits chiens dans des pous­settes, leur maga­sins de pro­duits orga­niques hors de prix, leur… euh, je m’emballe un peu mais bon, vous voyez le topo. Voir des émeutes pareilles se dérou­ler au coeur de leur ville était un réel choc. Ils étaient si fiers d’avoir pu mon­trer leur belle ville au monde entier pen­dant les Jeux Olym­piques – c’était pas pour qu’une bande de voyous lui détruise sa répu­ta­tion en une soi­rée. Beau­coup de van­cou­vé­rois étaient donc moti­vés pour réta­blir l’image de marque de leur ville le plus vite possible.

Avant minuit déjà des groupes de volon­taires s’organisent pour venir net­toyer le centre ville. D’autres groupes, sur Face­book ou Tum­blr, essaient de tra­quer les pho­tos et vidéos pos­tées par les mil­liers de couillons dont on a parlé pré­cé­dem­ment, et qui per­met­tront au moins d’identifier un bon nombre de van­dales, pilleurs, pyro­manes… ou juste de rigo­ler un peu. Le nombre de pho­tos dis­po­nibles est ahu­ris­sant, la traque est sans pitié, mais la tâche est bien facile puisque ces idiots vont pour la plu­part se van­ter de leurs actions sur leur pro­fil Face­book, dont des cap­tures d’écran seront rapi­de­ment pos­tées sur inter­net et envoyées à la police. Enfin, une ten­dance nait consis­tant à pos­ter articles, pho­tos ou vidéos qui montrent com­ment Van­cou­ver c’est pas du tout des gens qui pètent des vitrines et qui gueulent, mais bel et bien tou­jours l’un des meilleurs endroit où vivre au monde grâce à la civi­lité bien cana­dienne de ses habi­tants, sa nature, son yoga, ses petits chiens dans… euh… enfin bref, que c’est top moumoute.

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A 10h le len­de­main matin la ville est déjà com­plè­te­ment net­toyée par les ser­vices muni­ci­paux aidés de cen­taines de volon­taires. Ces volon­taires auront d’ailleurs quelques jours plus tard droit à un petit déjeu­ner offert par The Bay ainsi que quelques autres cadeaux de remer­cie­ment de la part des com­merces du quar­tier. Les seuls indices des émeutes de la nuit sont les abris de bus endom­ma­gés et les vitrines des maga­sins rem­pla­cées par du contre-plaqué.

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Des van­cou­vé­rois decident alors d’ecrire sur les pan­neaux de The Bay (un équi­valent cana­dien des Gal­le­ries Lafayettes): mes­sages de sou­tien pour les Canucks, mes­sages d’excuses pour les pro­prié­taires de maga­sins ou pour le monde entier, mots d’amour pour Van­cou­ver, sa nature, son yoga, ses petits chiens dans des… MERDE, c’est dingue ça, désolé, je sais pas, ça vient tout seul. Bref. Tout le monde y va de son petit mot sentimental.

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En fin d’après-midi, il est dif­fi­cile de trou­ver une seule planche vierge en centre-ville.

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Une voi­ture de police, dont Véro­nique a des pho­tos, est éga­le­ment sou­dai­ne­ment recou­verte de post-its de remer­cie­ments à la police van­cou­vé­roise qui, si on peut lui repro­cher un cer­tain manque de pré­pa­ra­tion et de pré­ven­tion, a quand même très bien géré la situation.

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Comme le disait la même Véro­nique, qui m’a ôté les mots des doigts, ça montre à quel point le Canada, et par­ti­cu­liè­re­ment Van­cou­ver, est bel et bien le “pays des bisou­nours”, comme on aime à l’appeller. Et en tant que gros fran­çais cynique poilu, je ne me lasse pas de m’extasier sar­cas­ti­que­ment devant ces dif­fé­rences de men­ta­lité… mais ça me rap­pelle aussi pour­quoi j’ai quitté la France, et pour­quoi je me suis ins­tallé ici.

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30 mai 2011

Le jeu des differences pas importantes: les rues et les avenues

Je sais pas vous, mais moi, après toute une enfance pas­sée en France, je me suis habi­tué à cer­tains trucs vis-à-vis de la signi­fi­ca­tion des mots. Par exemple, une “entrée” (en fran­çais dans le texte) désigne le plat qui pré­cède le plat prin­ci­pal, et non pas le plat prin­ci­pal lui-même (les trois quarts des res­tau­rants nord-américains s’entêtent à pen­ser le contraire). Et une douche, c’est ce que tout le monde prend le matin pour être propre et sen­tir bon – c’est pas un truc pour se net­toyer le vagin.

Dans le même genre, quand on me parle de rues et d’avenues, je m’imagine des voies de cir­cu­la­tion urbaines plus ou moins grosses… mais pas ici. Regar­dons rapi­de­ment une carte de Van­cou­ver:

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Voilà, hop, c’est déjà n’importe quoi. Ils ont plein de petites ave­nues (une pour chaque pâté de mai­son) qui croisent une grosse rue. Ca devrait pas être l’inverse?

En fait, au Canada (ainsi que dans d’autres pays comme les Etats-Unis), la plu­part des villes adoptent un sys­tème où les déno­mi­na­tions de “rue” et “ave­nue” sont don­nées aux axes orien­tés dans un sens donné. Ainsi, à Man­hat­tan, les rues sont orien­tées d’Est en Ouest, alors que les ave­nues sont orien­tées du Nord au Sud. A Van­cou­ver, comme vous pou­vez le consta­ter, c’est l’inverse – les ave­nues sont orien­tées Est/Ouest et les rues Nord/Sud (vous vous rap­pel­lez qu’ici on a un sys­tème rou­tier en grille, j’espère?). Il n’y a pas vrai­ment de stan­dard, chaque ville fait ce qu’elle veut (et cer­taines ont un sys­teme encore com­plè­te­ment différent).

Là où ça devient le bor­del, c’est que cer­taines de ces villes (et plus par­ti­cu­liè­re­ment Van­cou­ver) se sont déve­lop­pées en l’espace de quelques décen­nies plu­tôt que quelques siècles. Les res­pon­sables de la pla­ni­fi­ca­tion urbaine n’ont pas tou­jours pris le temps de renom­mer les voies ou de pré­voir de la place dans les numé­ros pour des futurs quar­tiers. Ainsi, vers Stra­th­cona et Grandview-Woodlands, au Nord de la 1ère Ave­nue, toutes les rues sont, euh, des rues (c’était ça ou numé­ro­ter les ave­nues avec des nombres néga­tifs). Et le gros axe qui tra­verse le quar­tier s’appelle “Com­mer­cial Drive”, alors que le suf­fixe “Drive” est d’habitude réservé aux rues semi-privées qui vous amènent chez un particulier.

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Vous avez aussi d’autres sub­ti­li­tés comme les rues inter­rom­pues: si vous avez un obs­tacle, genre un parc, un lac ou je sais quoi, une rue peut se ter­mi­ner en cul-de-sac, et reprendre de l’autre côté. Par exemple, ici, “Osler Street” (orien­tée Nord/Sud, donc… vous sui­vez un peu, oui?) s’arrête devant le Jar­din Bota­nique de Van Dusen et conti­nue vers Sud.

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C’est super pour trou­ver une addresse non? Et ça c’est sans comp­ter les rares (mais bien réelles) occu­rences de rues et d’avenues por­tant le même nom.

Bref, pre­nez un GPS quand vous par­tez en vadrouille…

1 mai 2011

L’art d’attendre le bus: le retour

Si vous êtes un lec­teur de longue date, vous vous rap­pel­lez peut-être que l’un de mes pre­miers chocs cultu­rels en arri­vant à Van­cou­ver était la décou­verte qu’ici les gens font la queue pour attendre le bus. Genre une vraie queue, l’un der­rière l’autre, et on monte cha­cun à son tour sans essayer de gru­ger. Aujourd’hui, pour vous mon­trer que ça peut prendre des pro­por­tions incroyables, je vous ai fait une petite vidéo:

17 avril 2011

Prenez la télécommande, l’infirmière sera là dans une minute

Vous avez déjà vu le géné­rique de Dex­ter? Ou n’importe quelle scène se dérou­lant dans une salle de bains nord-américaine? Vous savez, le genre de scène pen­dant laquelle les per­son­nages se net­toient bien conscien­cieu­se­ment les dents avec du fil den­taire? Ouais, eh ben vous savez com­bien de fois j’ai uti­lisé du fil den­taire pen­dant mon quart de siècle passé en France? Zero… ce qui est aussi le nombre de fois où l’un de mes den­tistes m’aurait recom­mendé de le faire.

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La pre­mière chose qu’on m’a dit en arri­vant ici, c’est “mon­sieur Cha­bant, vous êtes au Canada, main­te­nant, et chez nous, on flosse” (du verbe “flos­ser”, angli­cisme tota­le­ment assumé parce qu’on uti­lise tel­le­ment peu de fil den­taire en France qu’on a même pas de verbe pour en dési­gner l’usage). Et juste après, on m’a dit “alongez-vous, pre­nez la télé­com­mande, l’infirmière sera là dans une minute”.

Hein?

Je sais pas pour vous, mais tous les den­tistes que j’ai eu en France étaient des bon­hommes qui fai­saient leur truc tout seul. On a droit à ses trous-de-nez poi­lus et à une grosse lampe dans la gueule assis dans un coin de son bureau. Mais un peu comme pour les rendez-vous chez le méde­cin, les dif­fé­rences entre les den­tistes fran­çais et cana­diens com­mencent avec le décor: on va dans une “cli­nique den­taire” où plu­sieurs den­tistes exercent et passent de salle en salle plu­tôt que chez un den­tiste par­ti­cu­lier où on se fait soi­gner dans son bureau. Ensuite, le den­tiste ne s’occupe que des pro­cé­dures médi­cales à pro­pre­ment par­ler – pour tout ce qui est net­toyage et entre­tien des dents, les infir­mières s’occuperont de vous. Vous avez tou­jours la lampe dans la gueule, mais la petite étu­diante en den­tis­te­rie est quand même plus mignonne que le gros den­tiste barbu (non pas que ça aide beau­coup puisqu’elle va quand même vous char­cu­ter les gen­cives mais bon, on fait ce qu’on peut pour oublier). En plus, comme je le men­tion­nais pré­cé­dem­ment, les cli­niques den­taires semblent sou­vent avoir une télé­vi­sion au pla­fond ainsi que des écou­teurs sans fil, si jamais vous vou­lez vous chan­ger les idées pen­dant la séance de tor­ture (mais bon, en semaine, à 10h30, y’a pas grande chose d’autre à la télé que des trucs genre “Mai­tresses et patients”…). Ah là là, une télé­vi­sion au pla­fond, moi, ça me laisse rêveur pour notre chambre à cou­cher… mais ça serait beau­coup de bou­lot à ins­tal­ler, il fau­drait virer le miroir et toute la déco “peau de zèbre” alors bon, pfiou…

Ma femme me dit que son den­tiste en région pari­sienne avait aussi la TV, mais alors ça, c’est les pari­siens, ils se la pètent tout le temps… chez moi dans le Nord, on avait juste un mar­teau, une per­ceuse, et du ciment (j’exagère à peine).

Enfin bref, si c’est pas la pana­cée niveau méde­cine géné­rale à Van­cou­ver, on trouve par contre que les soins den­taires sont de meilleure qua­lité ici. Et non, c’est pas (seule­ment) à cause de l’infirmière!

1 avril 2011

De la multi-culturalité Canadienne

Il est inter­dit en France, depuis belle lurette, de col­lec­ter des infos sur les ori­gines eth­niques ou raciales des gens lors des recen­se­ments natio­naux. Dif­fi­cile alors d’estimer à quel point la France est multi-culturelle, mais les ins­ti­tuts comme l’INSEE et l’INED four­nissent des esti­ma­tions qui placent le nombre de per­sonnes nées à l’extérieur du ter­ri­toire fran­çais autour de 13% de la popu­la­tion totale.

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(non la photo n’a pas grand chose à voir mais il fal­lait bien mettre quelque chose pour vous atti­rer l’oeil… ça a marché?)

Le Canada, par contre, est un bon gros pays de droite qui a été fondé par des immi­grants bour­rus et qui n’a pas dans son his­toire récente d’épisode sombre concer­nant un quel­conque suivi d’une cer­taine mino­rité eth­nique à des fins lugubres. Du coup, l’institut natio­nal de sta­tis­tiques tient un compte pré­cis des dif­fé­rentes ori­gines eth­niques, et on sait par le der­nier recen­se­ment de 2006 qu’environ 21% des per­sonnes vivant au Canada n’y sont pas nées.

Vu comme ça, on peut pas dire qu’il y ait un CRS qui pète 3 pattes à un canard sans papiers… mais la dif­fé­rence est dans l’évolution des chiffres: là où la diver­sité cultu­relle fran­çaise est plu­tôt stable depuis quelques décen­nies, la diver­sité cultu­relle cana­dienne monte, sur­tout dans les grandes villes du pays. Pour vous don­ner une idée de la chose, à la louche, il y a 2 fois plus de nou­veaux immi­grés arri­vant au Canada chaque année que pour la France, alors que la France a 2 fois plus d’habitants à la base.  Ainsi, l’institut natio­nal de sta­tis­tiques pré­voit qu’en 2031 un tiers des cana­diens serait membre de “mino­ri­tés visibles” (un terme cana­dien contro­versé qui com­mence à être uti­lisé aussi en France), avec des chiffres grim­pant jusqu’à 2 tiers pour les agglo­mé­ra­tions urbaines de Toronto et Van­cou­ver. Ce genre d’évolution démo­gra­phique aura sans doute un impact très mar­qué sur la vie poli­tique locale et nationale.

Y’en a qui vont me deman­der “Toronto et Van­cou­ver? Pas Mont­réal?”. Ben non, appa­rem­ment, pas trop. Je me suis posé la ques­tion aussi, et j’ai été voir les sta­tis­tiques démo­gra­phiques pour les 3 villes, ainsi que pour le pays en géné­ral. Atten­tion, les gars, il va y avoir des sta­tis­tiques et des graphes et plein de trucs chiants comme je sais que vous aimez. Comme d’hab’, si je raconte une conne­rie, corrigez-moi dans les commentaires.

Langue Prin­ci­pale du Foyer

D’abord, j’ai regardé la répar­ti­tion natio­nale de la langue prin­ci­pa­le­ment par­lée dans les foyers:

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On y voit que 89% des cana­diens parlent fran­çais ou anglais chez eux.

A Toronto et Van­cou­ver (res­pec­ti­ve­ment), seule­ment 72% des gens parlent prin­ci­pa­le­ment anglais, avec le fran­çais perdu quelque part entre le rou­main et le taga­log. Notez la pré­sence asia­tique plus mar­quée à Van­cou­ver (avec un total de 12% rien que pour les dif­fé­rents dia­lectes chinois).

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En com­pa­rai­son, Mont­réal mélange beau­coup plus fran­co­phones et anglo­phones (70% et 17% res­pec­ti­ve­ment), mais héberge moins de gens par­lant une langue étrangère:

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Pays de Naissance

Si on regarde la répar­ti­tion de per­sonnes nées au Canada par rap­port à celles nées ailleurs, on retombe sur le chiffre natio­nal déjà men­tionné de 79% contre 21%:

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Toronto est la ville la plus cos­mo­po­lite, avec un impres­sion­nant 47% d’immigrants, sui­vie par Van­cou­ver avec 42%… de quoi don­ner des cau­che­mars à l’extrême droite française:

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Mont­réal, par contre, reste pra­ti­que­ment iden­tique à la moyenne natio­nale avec 22% d’immigrés:

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D’après quelques esti­ma­tions trou­vées ça et là sur inter­net, il semble que c’est légè­re­ment supé­rieur au taux d’immigrés à Paris, par exemple.

Autres Chiffres

Si on regarde le nombre d’immigrés arri­vés dans les 3 villes depuis les années 60, on peut voir que Toronto est la ville la plus attrac­tive, pro­ba­ble­ment grâce aux nom­breuses oppor­tu­ni­tés de tra­vail qu’elle pos­sède. Mont­réal et Van­cou­ver ont des flux d’immigration simi­laires, mais il ne faut pas oublier que Mont­réal est 3 fois plus grande à la base.

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Les chiffres géné­ra­tio­nels confirment que les Mont­réa­lais sont prin­ci­pa­le­ment des Cana­diens de longue date com­pa­rés aux Toron­to­nois ou Van­cou­vé­rois (les chiffres sont en pour­cen­tages de la popu­la­tion totale de l’agglomération; “1ère géné­ra­tion” signi­fie immi­gré, “2ème géné­ra­tion” signi­fie enfant d’immigré):

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Bref, tout ça semble bien indi­quer que Mont­réal a pro­por­tio­nel­le­ment à Toronto ou Van­cou­ver non seule­ment moins d’immigrés, mais éga­le­ment un moindre flux d’immigration. La répu­ta­tion de Mont­réal comme ville super multi-culturelle en prend un coup, mais je sup­pose que cette répu­ta­tion est sur­tout issue des fes­ti­vals et évè­ne­ments cultu­rels qui s’y tiennent pen­dant l’été plu­tôt que de sa popu­la­tion (parce que bon, ici à Van­cou­ver, par exemple, on a un sacré paquet de Chi­nois, mais c’est pas avec une parade à 2 ronds tous les ans et quelques res­tos sym­pas qu’on va don­ner des orgasmes aux touristes…).

Pour­quoi je vous parle de tout ça, au fait? Eh bien parce que le Canada effec­tue un recen­se­ment de la popu­la­tion tous les 5 ans et que le pro­chain est… la semaine pro­chaine. Rien qu’à nous deux on va faire grim­per le nombre de fran­co­phones dans le coin d’au moins, pfiou, 3 ou 4%!

2 mars 2011

Les pates carbo du caribou

On vous l’a déjà raba­ché plu­sieurs fois mais l’un des sujets de conver­sa­tion prin­ci­paux entre un Fran­çais métro­po­li­tain et un Fran­çais expa­trié est celui de la bouffe. Un l’instar d’un oncle inquiet pour votre santé, le Fran­çais métro­po­li­tain va vous deman­der, les mains trem­blantes, si au Canada on peut trou­ver du fro­mage qui pue ou du vin qui pique ou du foie gras ou des crois­sants ou je sais quoi. Et la réponse sera inva­ria­ble­ment: “oui, on en trouve, c’est juste que ça peut coû­ter par­fois cher”.

Par contre, per­sonne ne nous demande si on trouve du lait UHT. Parce que ça, y’en a pas. Et y’a d’autres trucs aux­quels on ne pense pas du tout…

Tenez, par exemple, vous connais­sez pro­ba­ble­ment tous la recette des “pâtes carbo” que Jean-Kevin nous détaille de manière brillante sur son site (ce qui lui vaut d’ailleurs un pro­cès, puis des expli­ca­tions for­cées). Pour résu­mer, vous met­tez des pâtes à cuire 10 minutes, vous faites reve­nir des petits lar­dons Herta dans une poëlle, et vous rajou­tez des oeufs et de la crème fraiche. Vous avez pro­ba­ble­ment tous fait ça dans votre chambre d’étudiant de 18m2 quand vous étiez jeune (par contre vous avez peut-être pas tous chopé des meufs comme Jean-Kevin, mais c’est pas grave).

Mais au Canada? Hor­reur, mal­heur! Impos­sible de suivre la recette! (com­ment font les étu­diants pour cho­per des meufs? Mystère!)

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D’abord, on ne trouve pas de crème fraîche comme en France. On a plu­sieurs variantes d’un truc qui s’appelle “sour cream” (ou “crème sûre” en qué­be­cois) qui est plus légère que notre crème frâiche nor­male (14% de matières grasses? non mais fran­che­ment?). C’est de la crème fraiche légère, quoi. Le genre de truc que j’essaie d’éviter d’habitude parce que les trucs légers, c’est pas bon pour mon cho­les­té­rol. Ils ont aussi quelques rares trucs nom­més “crème fraîche” avec un taux de matières grasses décent, mais la tex­ture est tou­jours un peu dif­fé­rente… mais c’est pas grave, on s’y fait rapidement.

L’autre grand drame, c’est qu’il n’y a pas de petits lar­dons Herta. Y’a pas de petits lar­dons tout court, d’ailleurs. Les lar­dons, il faut se les faire à la main, avec sa planche à décou­per et tout.

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C’est pas plus mal, remar­quez, puisque ça nous pousse à faire des pâtes carbo cor­rec­te­ment, avec la pan­cetta et tout le bou­sin (ça, y’a aucun pro­blème pour trou­ver de la pan­cetta à Van­cou­ver, y’en a dans toutes les grandes sur­faces au rayon bou­che­rie). Par contre, entre les lar­dons Herta et la pan­cetta, y’a comme une légère dif­fé­rence de goût (genre les lar­dons Herta ils ont pas de goût, alors que la pan­cetta oui, vous voyez?). Du coup, ça peut faire un choc la pre­mière fois. Si vous êtes un peu sen­sible du palais, je recom­mande de mélan­ger la pan­cetta avec du cana­dian bacon, bien moins fort. Visuel­le­ment, vous ver­rez à peine la dif­fé­rence – tous les lar­dons se res­semblent plus ou moins – mais le plat final sera plus doux.

Et voilà com­ment on fait des pâtes carbo au Canada! Fas­ci­nant, non?

17 janvier 2011

En 2011, tout le monde est gentil

Oui, bon, ça com­mence à faire un peu tard pour sou­hai­ter une bonne année, mais on est encore en Jan­vier donc ça marche… et vous savez que pen­dant la sai­son de ski et de cadeaux, il faut pas trop comp­ter sur moi. Enfin bref, bonne année à tout le monde!

Quelle est donc la bonne réso­lu­tion de 2011? J’en sais rien, perso je prend pas de bonnes réso­lu­tions, mais si vous vou­lez ame­ner un peu du Canada dans votre vie, vous pou­vez déci­der de deve­nir plus gen­til! “Gen­til com­ment?”, allez-vous me deman­der… “Gen­til comme un poli­cier Cana­dien” que je vais vous répondre.

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Vous vous rap­pel­lez peut-être de cette anec­dote d’il y 2 ans, où un poli­cier, nous voyant pico­ler du vin rouge de manière tota­le­ment illé­gale sur la plage, vient nous voir pour nous dire “his­toire que vous soyez au cou­rant, ça, c’est illé­gal ici” et repart aus­si­tôt. Eh bien je peux vous en racon­ter d’autres, des anec­dotes… par exemple, un ami de Seat­tle qui, un peu fati­gué par la route pour venir à Van­cou­ver par le vol en avion pour Cal­gary, enchaine les bourdes rou­tières les unes après les autres. Un poli­cier l’arrête deux ou trois fois de suite, s’excusant à chaque fois: “excusez-moi, mon­sieur, mais vous sem­blez avoir grillé un feu rouge”. Ou “excusez-moi, mon­sieur, j’ai bien peur que vous ne vous soyez engagé dans une rue à sens unique”. Au final, le poli­cier offre de l’excorter jusqu’à son hotel.

Un autre ami, qui se fait cho­per sans titre de trans­port à la sor­tie du Sky­train, donne un faux nom au poli­cier qui décide ensuite d’appeller le cen­tral pour véri­fier son iden­tité, men­tion­nant que si tout est en ordre, il le lais­sera par­tir sans amende. Mon ami s’enterre dans un gouffre de cor­rec­tions à deux balles (“euh, en fait, mes amis m’appellent John, mais mon vrai nom c’est Ernest”), et le poli­cier, après un sou­pir et une deuxième véri­fi­ca­tion avec le cen­tral, le laisse par­tir avec un avertissement.

En par­lant du métro, d’ailleurs, les control­leurs de Trans­link sont les plus gen­tils du monde. En France, les control­leurs ils sont pas cons, ils contrôlent à la sor­tie du train, pour cho­per les malins qui ont voyagé sans payer. J’ai même vu plu­sieurs fois des control­leurs pos­tés der­rière un tour­nant du cou­loir de sor­tie, pour ne pas que les gens dans le train les aper­çoivent et décident de res­ter dans la rame jusqu’à la sta­tion sui­vante, mais avec des offi­ciers habillés en civil au niveau du quai pour jus­te­ment attra­per les per­sonnes ayant un com­por­te­ment sus­pect, genre “je fais demi-tour au der­nier moment”… mais ici non: ils contrôlent à l’entrée. A l’entrée! Et la moi­tié du temps, juste à côté des machines pour ache­ter les billets! Super intel­li­gent, non?

De temps en temps, ils contrôlent à l’embarquement du train, loin der­rière la ligne de vali­da­tion du titre de trans­port, mais même là il est facile de s’en tirer. Par exemple, l’excuse du “oh mince, par­don, j’ai oublié de vali­der mon ticket, je vais aller le faire tout de suite” marche. Si si, j’ai testé pour vous, et quelques autres per­sonnes m’ont dit que ça avait mar­ché pour eux aussi. Trop gen­tils les control­leurs. Et c’est pas qu’ils sont stu­pides, hein… on voit clai­re­ment sur leur visage qu’ils ne vous croient pas, mais c’est juste que, ben, c’est la west coast, quoi. C’est pas grave… cool, gars. Relax. Pas de pres­sion. Wha­te­ver.

Evi­dem­ment, les poli­ciers et les control­leurs ne sont pas 100% gen­tils, faut pas pous­ser non plus. Le Canada c’est le pays des Bisou­nours, mais même chez les Bisou­nours y’a des méchants. Mais j’ai pour l’instant entendu énor­mé­ment plus d’anecdotes du genre “ils sont soit super gen­tils, soit super cons… peut-être les deux” que des anec­dotes du genre “CRS SS sales encu­lés de leur mère”… donc voilà, en 2011, répan­dez bon­heur et joie autour de vous, soyez gen­til comme un poli­cier Canadien!

20 octobre 2010

Vous avez des raisins?

Il y a plu­sieurs trucs ano­dins qui sur­prennent cer­tains Fran­çais quand on en fait men­tion dans la conver­sa­tion, et pour lequels je ne m’étais jamais posé de ques­tions. Par exemple, si je dis “j’ai été à Ikea dans ma Toyota”, je fais par­fois face à l’étonnement d’apprendre que, oui, il y a des maga­sins Ikea au Canada (et pra­ti­que­ment par­tout ailleurs dans le monde, en fait) et que, oui aussi, on y trouve des voi­tures japo­naises et pas que des amé­ri­caines (et heu­reu­se­ment, vu la qua­lité des voi­tures amé­ri­caines…). Mais rien n’étonne un Fran­çais plus que d’apprendre que les Cana­diens pro­duisent leur propre vin – et c’est géné­ra­le­ment suivi par une ques­tion lourde de sous-entendus: “mais, euh, c’est bon?”.

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Pour­tant, un peu comme pour les crêpes au sucre, on peut pen­ser que si vous avez des rai­sins, et si vous avez une cave, vous pou­vez faire du vin, non? Mais il faut dire que la binouze, avec le fro­mage qui pue, c’est le truc fran­çais par excel­lence, et vu com­ment on est bien chau­vins, on aura ten­dance à igno­rer ou déni­grer la pro­duc­tion étran­gère. Sans comp­ter que les lob­bys des pro­duc­teurs de vin sont bien effi­caces… et de toutes façons ache­ter une bou­teille aus­tra­lienne ou amé­ri­caine quand on peut ache­ter une bou­teille locale, ça n’a pas beau­coup d’intérêt. Bref, on ne peut pas trop blâ­mer le Fran­çais moyen d’ignorer l’existence de pro­duc­tion viti­cole à l’exterieur de l’hexagone, mais je trouve ça rigolo quand même.

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Les deux régions pro­duc­trices de vin les plus connues dans ce coin d’amérique du nord sont la val­lée de Napa en Cali­for­nie, avec plus de 300 vignobles, et la val­lée de Oka­na­gan, à 5 heures de route envi­ron de Van­cou­ver, qui héberge plus de 200 vignobles. Dans les deux cas, on y trouve des vignobles de toutes tailles, allant de la petite bou­tique fami­liale à la grande entre­prise, mais la val­lée de Napa fait sor­tir un nombre de bou­teilles bien supé­rieur, par­ti­ci­pant gran­de­ment au Etats-Unis déte­nant le titre de 4ème pro­duc­teur de vin der­rière la France, l’Ita­lie et l’Espagne. Le Canada, lui, est bien loin dans le clas­se­ment (quelque part entre la 20ème et la 30ème place selon l’année et les cri­tères consi­dé­rés). Même ici, la part de mar­ché de vin local (prin­ci­pa­le­ment ori­gi­naire de Colom­bie Bri­tan­nique et d’Onta­rio) est légè­re­ment mino­ri­taire, les gens pré­fé­rant ache­ter du vin issu de ter­roirs étran­gers plus prestigieux.

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Les varié­tés de vin local vont du Pinot Noir au Char­don­nay en pas­sant par le Gewürz­tra­mi­ner et autres varié­tés com­munes, mais les pro­duc­teurs pren­dront bien le temps de vous expli­quer les dif­fé­rences de goût auquelles vous pou­vez vous attendre par rap­port au vin fran­çais étant don­nées les dif­fé­rences de météo, de ter­rain, de fûts, ou sim­ple­ment de procédés.

Pour un Fran­çais en visite dans la région, outre goû­ter aux vins fami­liers et se plaindre qu’ils ne sont pas aussi bons que chez nous, il sera typique de goû­ter au “ice wine” (“vin de glace”). On peut aussi en trou­ver en Alle­magne appa­rem­ment, mais vous avoue­rez que ça sonne quand même bien Cana­dien. Comme son nom l’indique, il s’agit de vin fait à par­tir de vignes ayant gelé (il est donc géné­ra­le­ment cueuilli et mis en bou­teille bien plus tard que les autres vins). Le résul­tat est un vin sucré géné­ra­le­ment servi en accom­pa­gne­ment du dessert.

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La val­lée de Oka­na­gan se trouve sur les rives du lac Oka­na­gan, et d’une dizaine d’autres lacs plus petits. M’enfin quand je dis “petits”, c’est à l’échelle cana­dienne, hein. Le lac Oka­na­gan fait par exemple 135km de long, soit le double du lac Léman.

Le lac est d’ailleurs soit-disant la demeure d’un monstre marin, Ogo­pogo, un ser­pent de mer de 15 mètres de long, pro­ba­ble­ment “vu” ori­gi­nel­le­ment par des indiens bour­rés au whisky écos­sais bon mar­ché. Désolé, j’ai pas de pho­tos à vous mon­trer, j’étais non seule­ment sobre, mais mon appa­reil photo aussi.

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Outre la pro­duc­tion de vin, la val­lée de Oka­na­gan est aussi grande pro­duc­trice de fruits, notam­ment les pêches et nec­ta­rines, et une des­ti­na­tion esti­vale très pri­sée des Van­cou­vé­rois. La route pour s’y rendre est très jolie (on passe tour à tour à tra­vers la cam­pagne, le désert, les mon­tagnes et les immenses forêts), et on y trouve moultes petits cha­lets et B&Bs à louer pour le week-end afin de s’adonner aux joies des sports nau­tiques, du golf, de la ran­don­née, et bien évi­dem­ment de la tour­née des caves. Région tou­ris­tique oblige, il fau­dra faire atten­tion aux prix par­fois abu­sifs pour une visite ou une attrac­tion qui s’avère déce­vante. Et moi, pour un truc à deux balles, je veux pas payer plus que deux balles.

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Après tout ça, vous allez me dire “mais alors, sérieux, il est bon leur vin?”. Eh ben ça, j’en ai fran­che­ment aucune idée parce que, voyez-vous, j’aime pas le vin (mais je vous invite à dis­cu­ter des mérites et défauts du vin cana­dien dans les com­men­taires). Je trouve ça dégueu­lasse, ça a un goût de moi­sis­sure (ce qui est assez logique vu le pro­cédé). Vous pou­vez ima­gi­ner que ça trau­ma­tise les Amé­ri­cains, ça, un Fran­çais qui n’aime pas le vin. Et en plus je fume pas et j’aime pas le foot… Mais je leur réponds que je me suis fait foutre dehors, ça les rassure.

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