19 février 2013

Un vaccin et un kilo de tomates

Par chez nous, y’a pas de bureaux de poste. Et y’a pas de phar­ma­cies non plus.

Vous pou­vez vous bala­der dans la rue autant que vous vou­lez, vous en trou­ve­rez
pas. C’est parce qu’ils sont tou­jours héber­gés dans un autre maga­sin, la plu­part
du temps une grande surface.

En pra­tique, ça change pas grand chose au schmil­blic, vous allez tou­jours
faire la queue quelque part pour récu­pé­rer vos petits médi­ca­ments déli­ca­te­ment
dosés
… sauf qu’on peut aussi vous y admi­nis­trer des vac­cins, comme
celui contre la grippe. Rajou­tez un kilo de tomates et quelques bananes, et hop,
vous avez fini tout ce que vous deviez faire aujourd’hui.

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Notez le petit paravent der­rière lequel on va vous piquer avec la seringue.
C’est très chou[1]


  1. Chou? Legumes? Ho ho? Ha ha?  ↩

1 mai 2012

Le 20 avril, la journée qui sent bon

La semaine der­nière c’était le 20 avril, ce qui cor­res­pond (en nota­tion anglo-saxonne où le mois pré­cède le jour) à “4/20”, autre­ment connu comme “le jour où tout le monde fume des ciga­rettes rigo­lotes tota­le­ment ouver­te­ment”.

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Bon, en fait, c’est un peu tous les jours comme ça à Van­cou­ver (est-ce que vous recon­nais­sez le mon­sieur sur l’affiche?), mais d’habitude les gens n’en font pas toute une his­toire. Sauf, donc, le 20 avril.

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Par contre, comme la fois der­nière, j’ai oublié mon appa­reil photo. C’est dingue, quand même. Du coup, je vais vous le faire façon “Ins­ta­gram”, avec des pho­tos floues, sur-exposées, sur-vignettées, et toutes vertes. C’est bien, ça fait super méga tendance.

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Cette année, les orga­ni­sa­teurs ont blo­qué la rue qui longe la Gal­le­rie d’Art pour y ins­tal­ler divers stands, ainsi que 2 scènes de concerts – l’une avec un groupe de hip-hop déba­lant des paroles légè­re­ment anar­chistes, et l’autre avec des gens qui repren­naient “Dark Side of the Moon“… on peut dif­fi­ci­le­ment faire plus cliché.

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Je vous avoue qu’en me bala­dant, je me deman­dais bien ce que tous ces gens ven­daient. Des “mas­ter kushis”? Des “bud­ders”? Du “honey oil”? Et des bibe­lots bizarres?

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Heu­reu­se­ment qu’il y avait des gens nor­maux pour vendre des gâteaux et de la limonade!

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Enfin sauf qu’après en avoir consommé j’avais super chaud, et j’avais encore plus la dalle… allez savoir… et puis je sais plus ce qui s’est passé après, mais je me suis réveillé avec un chat mort dans les mains et un goût bizarre sur la langue. Mais je m’égare, ça n’a rien à voir avec le sujet de cet article.

Comme on pou­vait s’y attendre, la police était pré­sente en force. Des camions entiers de CRS étaient… euh… ah non, y’avait juste 4 ou 5 flics en vélo. Au temps pour moi.

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Ah là là, quelle bande de laxistes de gauche, ces Cana­diens! Quand Sar­kozy sera ré-élu pour un second man­dat, j’éspère bien qu’il va net­toyer tout ça au kär­sher. Lit­té­ra­le­ment, hein, j’veux dire. Parce que les mani­fes­ta­tions comme ça, géné­ra­le­ment, ça laisse plein de déchets par terre.

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Et voilà, c’était 4/20 ver­sion 2012!

30 avril 2012

Une vidéo vaut mieux que 10 articles

Alors hop un peu de pub pour Sté­pha­nie qui a par­ti­cipé à ce clip, qui vous illustre des points qu’on a déjà abor­dés sur ce blog :

Ainsi que d’autres faux-pas cultu­rels que les fran­çais font à Vancouver.
Aussi, au Canada lorsqu’on est fran­çais, on doit tou­jours pré­ci­ser : “de France” sinon les gens croient qu’on est québécois.
Bon vision­nage, et s’il y a des pri­vate jokes van­cou­vé­roises que vous ne com­pre­nez pas, il faut nous l’indiquer dans les com­men­taires : ça nous fera de bons sujets d’articles !

22 mars 2012

Le PMU du coin

Pen­dant que ma femme vous écrit des articles super infor­ma­tifs à pro­pos de trucs super sérieux, je me suis aperçu que je ne vous ai jamais parlé d’un sujet qui vous brûle la mous­tache depuis plu­sieurs années: “c’est quoi l’équivalent du bar PMU au Canada?

(oui, je sais, c’est tota­le­ment sidé­rant com­ment j’arrive à devi­ner les ques­tions de mon lectorat)

La réponse, aussi incroyable que ça puisse paraître, est que, euh, il n’y a pas d’équivalent. Désolé. Déjà, les courses de che­vaux, c’est pas trop le dada des Cana­diens. Ensuite, sur un conti­nent où les éta­blis­se­ments fran­chi­sés sont ultra-majoritaires, on ne trouve mal­heu­reu­se­ment pas autant de petits bars du coin où le pro­prio vous garde votre ardoise jusqu’à la fin du mois et vous inter­pelle par votre sur­nom avec un accent régio­nal amu­sant. Et enfin, dans une pro­vince où les régle­men­ta­tions sur la consom­ma­tion d’alcool sont dras­tiques, trou­ver un lieu où on peut s’enfiler un p’tit jaune à 15h30 pei­nard avec ses potes relève du défi.

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Mais ça ne veut pas dire qu’il n’existe pas un lieu typique où les pauvres vont pour dis­cu­ter du der­nier match de foot en buvant des bières dégueu­lasses et en man­geant des caca­huètes cou­vertes d’urine des 12 pré­cé­dents clients. Enfin sauf qu’ici ça sera plu­tôt, dans l’ordre: hockey sur glace, café jus-de-chaussette, et bei­gnets. Pas d’urine, à priori, donc c’est déjà ça de gagné.

Tim Hortons Café

Vous avez déjà vu ces gobe­lets rem­plis de café brû­lant? Non? Eh ben soit vous n’habitez pas au Canada, soit vous êtes aveugle – on en voit par­tout ici. Et ça vient de chez Tim Hor­tons, une véri­table ins­ti­tu­tion Cana­dienne (vous pen­sez bien, la chaîne a été fon­dée par un ancien joueur de hockey).

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Evi­dem­ment, ils vous font croire que le café est pré­paré sur place, un peu comme chez Star­bucks, mais on ne me la fait pas, je sais que c’est une immense machination.

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L’autre grande tra­di­tion, chez Tim Hor­tons, c’est les bei­gnets. Ca, les Cana­diens ils les aiment leurs bei­gnets… mais je vais pas trop me plaindre vu qu’il est cou­rant que quelqu’un au bou­lot en ramène une boite de temps en temps pour par­ta­ger avec ses col­lègues. Et moi, du sucre plein de gras cou­vert de gra­tuité, je suis pour.

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Le pire, chez Tim Hor­tons, c’est qu’il se passe géné­ra­le­ment un truc comme ça à la caisse:

  • Bon­jour mon­sieur, que puis-je pour vous aujourd’hui?”
  • Bon­jour madame, je vou­drais une boite de 12 Tim­bits, 2 bei­gnets au cho­co­lat, un bei­gnet avec le sorte de pus jau­natre dedans, et un bei­gnet avec des petits bidules arc-en-ciel des­sus qui font joli.”
  • Bien sûr. Une bois­son avec cela?”
  • Euh oui, je vais prendre un café moyen et un cho­co­lat chaud de daube. Et met­tez moi un de vos crois­sants aussi. Ils sont pour­ris mais j’ai faim.”
  • Pas de pro­blème. Ca vous fera deux dol­lars qua­rante cinq.”
  • Euh… $2.45? Pour tout ça?”
  • Oui mon­sieur, tout est là sur la fac­ture. Vous vou­lez don­ner $1 en plus pour des orphe­lins malades unijambistes?”
  • UN DOLLAR? Non mais ça va pas, pour ce prix là je peux me reprendre deux dou­zaines de bei­gnets en plus! D’ailleurs, hop, ajoutez-les moi tout de suite.”

Bon, le dia­logue n’est peut-être pas ultra fidèle (à part la fin), mais tout ça pour dire que Tim Hor­tons, c’est tel­le­ment pas cher que ça m’a troué le cul les 2 fois où j’y ai été. Com­pa­rez ça à un café super ten­dance fren­chouille du quar­tier bobo avec la déco industrio-Européenne où pour juste le même cho­co­lat chaud de daube et le même crois­sant moisi vous en avez pour $32 (avant taxes et pourboire)…

Bref:Tim Hor­tons. Allez-y, sinon vous n’avez pas eu l’expérience Cana­dienne complète.

19 octobre 2011

Toilettes méga-publiques

On avait il y a long­temps abordé les grandes dif­fé­rences d’hygiène et d’organisation des toi­lettes entre la France et le Canada, et plus spé­cia­le­ment à quel point les toi­lettes publiques sont ici rela­ti­ve­ment peu pri­vées (c’est con à dire comme ça mais c’est impor­tant!)… eh bien j’ai récem­ment trouvé les pires des toi­lettes pos­sibles, dans un centre com­mer­cial de Seat­tle:

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Vous voyez les portes? Ouaip, elles ne vont pas beau­coup plus haut qu’une hau­teur d’épaule, et si vous êtes assez près, vous pou­vez faire cou­cou au mec qui fait caca sans avoir besoin de vous mettre sur la pointe des pieds. Ca donne envie, non?

24 août 2011

Les ados, ces gros nazes

Au Canada, quand on vient d’avoir eu son per­mis de conduire, on doit mettre pen­dant quelques temps un “N” sur le cul de la voi­ture de ses parents pour indi­quer qu’on est un gros n00b. Sauf que les ado­les­cents cana­diens, qui sont pas beau­coup plus malins que les ado­les­cents fran­çais, ils tournent l’autocollant de 90 degrés pour que ça fasse un “Z”.

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Vous voyez? Genre le mec il veut avoir l’air cool alors qu’il conduit une Honda Civic toute moche.

Aaah ces jeunes… de mon temps on était pas aussi nazes…

18 juin 2011

Riot 2011

Voilà que s’achève une semaine bien agi­tée pour Van­cou­ver.. si vous n’y habi­tez pas, vous avez pro­ba­ble­ment vu dans les jour­naux ce qui s’y est déroulé mer­credi soir, mais le plus impor­tant est ce qui s’est passé jeudi… mais réca­pi­tu­lons un peu d’abord.

Mer­credi soir, les Canucks de Van­cou­ver affron­taient les Bruins de Bos­ton en finale de la coupe Stan­ley, un des tro­phées les plus impor­tants en hockey sur glace. Les enjeux étaient de taille (pour ceux qui se sou­cient de ce genre de truc), mais je vous redi­ri­ge­rai vers mon article d’il y a 3 jours si vous vou­lez plus de détails. L’important est de savoir que la der­nière fois où les Canucks etaient en finale, en 1994, ils avaient perdu et des émeutes avaient éclaté en centre-ville. Mal­gré l’optimisme ambiant dans la ville depuis le début de la semaine, tout le monde se deman­dait ce qui arri­ve­rait après le match.

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On pou­vait se dire que c’était mal parti en voyant le nombre abher­rant de gens venus regar­der le match dans les “fan-zones” du centre-ville sur écran géant. Là où, pour les matches pré­cé­dents, tout le monde était gen­ti­ment assis par terre, c’était tel­le­ment blindé mer­credi soir que tout le monde était debout, incon­for­ta­ble­ment ser­rés, et avec une vue sou­vent obs­truée de l’écran géant.

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Il y avait aussi plus de cré­tins que d’habitude, entre ceux qui arri­vaient déjà tout exci­tés à coups de “Fuck Bos­ton!”, et ceux qui esca­la­daient tout et n’importe quoi pour mieux voir.

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Il n’y avait pour­tant pas grand monde de bourré, d’après ce que j’ai pu voir. Les maga­sins d’alcohol avaient été for­cés de fer­mer en milieu d’après-midi, et la police contrôl­lait l’entrée des “fan-zones” pour empê­cher l’introduction de bois­sons alcoo­li­sées et d’objets dangereux.

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Assez rapi­de­ment, un doute planne quand même sur la ville. Les Bruins sont clai­re­ment meilleurs, et les Canucks, endor­mis, se font mener 1–0, puis 2–0, puis 3–0… Avant même que le score final ne soit atteint (un hon­teux 4–0), les gens com­men­çaient déjà à par­tir. Cer­tains parce qu’il étaient juste dégoû­tés, mais d’autres (par exemple les familles avec enfants) parce qu’ils crai­gnaient des vio­lences à venir. A la fin du match, cer­tains balancent leurs déchets vers l’écran géant et d’autres com­mencent à s’exciter. Un feu est allumé dans une pou­belle… c’est le début d’une émeute pas comme les autres.

Ima­gi­nez un petit groupe de gens qui font un feu, puis vont ren­ver­ser une voi­ture un peu plus loin…. et des dizaines de mil­liers de gens autour qui regardent et prennent des vidéos avec leur télé­phone (il y avait plus de 100.000 per­sonnes répar­tis sur quelques pâtés de mai­son à l’origine). C’est assez sur­réel. Alors que tout le monde allait par­tir dépité, tout d’un coup il y a un truc exci­tant qui se passe et ils décident de res­ter pour voir. C’est con les gens.

Face à une foule émo­tio­nel­le­ment vola­tile et en quête des sen­sa­tions fortes qui lui ont man­qué pen­dant le match, la police pré­pare l’équipement anti-émeute à quelques blocs de là. Mais un ami raconte comme ça s’est passé: à la simple vue des bou­cliers et des casques, les gens qui s’en allaient changent d’attitude et font demi-tour pour aller voir ce qui se passe! C’est con les gens.

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S’il est facile de décrire à quel point les réels cas­seurs – ceux qui ont brûlé les pre­mières voi­tures, cassé les pre­mières vitrines et déva­li­sés les pre­miers maga­sins – sont des petits cons de racailles qu’on devrait net­toyer au kär­cher (je vous fais un mix sar­ko­ziste pour l’occasion parce que j’ai pas trouvé grand chose dans les dis­cours de Ségo­lène), on ne pourra jamais assez répe­ter à quel point tous ces gens qui sont res­tés plan­tés là comme des mou­tons sont aussi des cré­tins de pre­mier ordre. Entre les gros blai­reaux qui se pre­naient fiè­re­ment en photo devant les voi­tures en feu et ceux qui pous­saient des cris d’encouragement aux cas­seurs, tous ces gens ont lar­ge­ment empê­ché la police de faire son tra­vail. Sans eux, les forces de l’ordre auraient été en mesure d’intervenir immé­dia­te­ment et d’arrêter le petit groupe de van­dales avant qu’ils ne fassent plus de dégâts ou qu’ils motivent d’autres à les rejoindre.

L’émeute en elle-même était ensuite très clas­sique – mais sim­ple­ment à une échelle van­cou­vé­roise: une quin­zaine de voi­tures retour­nées et brû­lées, une dizaine de maga­sins van­da­li­sés, et la police mon­tée cana­dienne sur leurs beaux che­vaux. Men­tion spé­ciale pour la police, d’ailleurs, qui est res­tée tota­le­ment de marbre face aux déluges d’insultes, de débris, et de gens qui s’embrassent par terre (oui, je sais, cette photo a été expli­quée et c’est pas vrai­ment ça qui se passe, mais bon…).

Tout ça nous amène donc à ce qui est le plus inté­res­sant, et qui ne sera pro­ba­ble­ment pas relayé dans les jour­naux étrangers.

Comme d’habitude de nos jours (et d’autant plus sur la west coast), ça com­mence sur Twit­ter et Face­book. Pen­dant la nuit, des mil­liers et des mil­liers de van­cou­vé­rois font part de leur indi­gna­tion face aux évè­ne­ments qui se déroulent en direct sur les télé­vi­sions locales. C’est qu’en France on est bla­sés, mais pour les gens de Van­cou­ver, c’est du jamais vu. Enfin, du très rare­ment vu. Genre une fois tous les 15 ans (chez nous en France c’est limite une fois tous les 15 jours…). Et c’est pro­ba­ble­ment incon­ce­vable pour des fran­çais, mais les van­cou­vé­rois sont réel­le­ment atta­chés à leur ville – sa beauté, sa pro­preté, la civi­lité bien cana­dienne de ses habi­tants, leur sens com­mu­nau­taire, leur com­mu­nion avec la nature, leur yoga, leurs petits chiens dans des pous­settes, leur maga­sins de pro­duits orga­niques hors de prix, leur… euh, je m’emballe un peu mais bon, vous voyez le topo. Voir des émeutes pareilles se dérou­ler au coeur de leur ville était un réel choc. Ils étaient si fiers d’avoir pu mon­trer leur belle ville au monde entier pen­dant les Jeux Olym­piques – c’était pas pour qu’une bande de voyous lui détruise sa répu­ta­tion en une soi­rée. Beau­coup de van­cou­vé­rois étaient donc moti­vés pour réta­blir l’image de marque de leur ville le plus vite possible.

Avant minuit déjà des groupes de volon­taires s’organisent pour venir net­toyer le centre ville. D’autres groupes, sur Face­book ou Tum­blr, essaient de tra­quer les pho­tos et vidéos pos­tées par les mil­liers de couillons dont on a parlé pré­cé­dem­ment, et qui per­met­tront au moins d’identifier un bon nombre de van­dales, pilleurs, pyro­manes… ou juste de rigo­ler un peu. Le nombre de pho­tos dis­po­nibles est ahu­ris­sant, la traque est sans pitié, mais la tâche est bien facile puisque ces idiots vont pour la plu­part se van­ter de leurs actions sur leur pro­fil Face­book, dont des cap­tures d’écran seront rapi­de­ment pos­tées sur inter­net et envoyées à la police. Enfin, une ten­dance nait consis­tant à pos­ter articles, pho­tos ou vidéos qui montrent com­ment Van­cou­ver c’est pas du tout des gens qui pètent des vitrines et qui gueulent, mais bel et bien tou­jours l’un des meilleurs endroit où vivre au monde grâce à la civi­lité bien cana­dienne de ses habi­tants, sa nature, son yoga, ses petits chiens dans… euh… enfin bref, que c’est top moumoute.

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A 10h le len­de­main matin la ville est déjà com­plè­te­ment net­toyée par les ser­vices muni­ci­paux aidés de cen­taines de volon­taires. Ces volon­taires auront d’ailleurs quelques jours plus tard droit à un petit déjeu­ner offert par The Bay ainsi que quelques autres cadeaux de remer­cie­ment de la part des com­merces du quar­tier. Les seuls indices des émeutes de la nuit sont les abris de bus endom­ma­gés et les vitrines des maga­sins rem­pla­cées par du contre-plaqué.

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Des van­cou­vé­rois decident alors d’ecrire sur les pan­neaux de The Bay (un équi­valent cana­dien des Gal­le­ries Lafayettes): mes­sages de sou­tien pour les Canucks, mes­sages d’excuses pour les pro­prié­taires de maga­sins ou pour le monde entier, mots d’amour pour Van­cou­ver, sa nature, son yoga, ses petits chiens dans des… MERDE, c’est dingue ça, désolé, je sais pas, ça vient tout seul. Bref. Tout le monde y va de son petit mot sentimental.

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En fin d’après-midi, il est dif­fi­cile de trou­ver une seule planche vierge en centre-ville.

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Une voi­ture de police, dont Véro­nique a des pho­tos, est éga­le­ment sou­dai­ne­ment recou­verte de post-its de remer­cie­ments à la police van­cou­vé­roise qui, si on peut lui repro­cher un cer­tain manque de pré­pa­ra­tion et de pré­ven­tion, a quand même très bien géré la situation.

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Comme le disait la même Véro­nique, qui m’a ôté les mots des doigts, ça montre à quel point le Canada, et par­ti­cu­liè­re­ment Van­cou­ver, est bel et bien le “pays des bisou­nours”, comme on aime à l’appeller. Et en tant que gros fran­çais cynique poilu, je ne me lasse pas de m’extasier sar­cas­ti­que­ment devant ces dif­fé­rences de men­ta­lité… mais ça me rap­pelle aussi pour­quoi j’ai quitté la France, et pour­quoi je me suis ins­tallé ici.

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30 mai 2011

Le jeu des differences pas importantes: les rues et les avenues

Je sais pas vous, mais moi, après toute une enfance pas­sée en France, je me suis habi­tué à cer­tains trucs vis-à-vis de la signi­fi­ca­tion des mots. Par exemple, une “entrée” (en fran­çais dans le texte) désigne le plat qui pré­cède le plat prin­ci­pal, et non pas le plat prin­ci­pal lui-même (les trois quarts des res­tau­rants nord-américains s’entêtent à pen­ser le contraire). Et une douche, c’est ce que tout le monde prend le matin pour être propre et sen­tir bon – c’est pas un truc pour se net­toyer le vagin.

Dans le même genre, quand on me parle de rues et d’avenues, je m’imagine des voies de cir­cu­la­tion urbaines plus ou moins grosses… mais pas ici. Regar­dons rapi­de­ment une carte de Van­cou­ver:

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Voilà, hop, c’est déjà n’importe quoi. Ils ont plein de petites ave­nues (une pour chaque pâté de mai­son) qui croisent une grosse rue. Ca devrait pas être l’inverse?

En fait, au Canada (ainsi que dans d’autres pays comme les Etats-Unis), la plu­part des villes adoptent un sys­tème où les déno­mi­na­tions de “rue” et “ave­nue” sont don­nées aux axes orien­tés dans un sens donné. Ainsi, à Man­hat­tan, les rues sont orien­tées d’Est en Ouest, alors que les ave­nues sont orien­tées du Nord au Sud. A Van­cou­ver, comme vous pou­vez le consta­ter, c’est l’inverse – les ave­nues sont orien­tées Est/Ouest et les rues Nord/Sud (vous vous rap­pel­lez qu’ici on a un sys­tème rou­tier en grille, j’espère?). Il n’y a pas vrai­ment de stan­dard, chaque ville fait ce qu’elle veut (et cer­taines ont un sys­teme encore com­plè­te­ment différent).

Là où ça devient le bor­del, c’est que cer­taines de ces villes (et plus par­ti­cu­liè­re­ment Van­cou­ver) se sont déve­lop­pées en l’espace de quelques décen­nies plu­tôt que quelques siècles. Les res­pon­sables de la pla­ni­fi­ca­tion urbaine n’ont pas tou­jours pris le temps de renom­mer les voies ou de pré­voir de la place dans les numé­ros pour des futurs quar­tiers. Ainsi, vers Stra­th­cona et Grandview-Woodlands, au Nord de la 1ère Ave­nue, toutes les rues sont, euh, des rues (c’était ça ou numé­ro­ter les ave­nues avec des nombres néga­tifs). Et le gros axe qui tra­verse le quar­tier s’appelle “Com­mer­cial Drive”, alors que le suf­fixe “Drive” est d’habitude réservé aux rues semi-privées qui vous amènent chez un particulier.

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Vous avez aussi d’autres sub­ti­li­tés comme les rues inter­rom­pues: si vous avez un obs­tacle, genre un parc, un lac ou je sais quoi, une rue peut se ter­mi­ner en cul-de-sac, et reprendre de l’autre côté. Par exemple, ici, “Osler Street” (orien­tée Nord/Sud, donc… vous sui­vez un peu, oui?) s’arrête devant le Jar­din Bota­nique de Van Dusen et conti­nue vers Sud.

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C’est super pour trou­ver une addresse non? Et ça c’est sans comp­ter les rares (mais bien réelles) occu­rences de rues et d’avenues por­tant le même nom.

Bref, pre­nez un GPS quand vous par­tez en vadrouille…

1 mai 2011

L’art d’attendre le bus: le retour

Si vous êtes un lec­teur de longue date, vous vous rap­pel­lez peut-être que l’un de mes pre­miers chocs cultu­rels en arri­vant à Van­cou­ver était la décou­verte qu’ici les gens font la queue pour attendre le bus. Genre une vraie queue, l’un der­rière l’autre, et on monte cha­cun à son tour sans essayer de gru­ger. Aujourd’hui, pour vous mon­trer que ça peut prendre des pro­por­tions incroyables, je vous ai fait une petite vidéo:

17 avril 2011

Prenez la télécommande, l’infirmière sera là dans une minute

Vous avez déjà vu le géné­rique de Dex­ter? Ou n’importe quelle scène se dérou­lant dans une salle de bains nord-américaine? Vous savez, le genre de scène pen­dant laquelle les per­son­nages se net­toient bien conscien­cieu­se­ment les dents avec du fil den­taire? Ouais, eh ben vous savez com­bien de fois j’ai uti­lisé du fil den­taire pen­dant mon quart de siècle passé en France? Zero… ce qui est aussi le nombre de fois où l’un de mes den­tistes m’aurait recom­mendé de le faire.

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La pre­mière chose qu’on m’a dit en arri­vant ici, c’est “mon­sieur Cha­bant, vous êtes au Canada, main­te­nant, et chez nous, on flosse” (du verbe “flos­ser”, angli­cisme tota­le­ment assumé parce qu’on uti­lise tel­le­ment peu de fil den­taire en France qu’on a même pas de verbe pour en dési­gner l’usage). Et juste après, on m’a dit “alongez-vous, pre­nez la télé­com­mande, l’infirmière sera là dans une minute”.

Hein?

Je sais pas pour vous, mais tous les den­tistes que j’ai eu en France étaient des bon­hommes qui fai­saient leur truc tout seul. On a droit à ses trous-de-nez poi­lus et à une grosse lampe dans la gueule assis dans un coin de son bureau. Mais un peu comme pour les rendez-vous chez le méde­cin, les dif­fé­rences entre les den­tistes fran­çais et cana­diens com­mencent avec le décor: on va dans une “cli­nique den­taire” où plu­sieurs den­tistes exercent et passent de salle en salle plu­tôt que chez un den­tiste par­ti­cu­lier où on se fait soi­gner dans son bureau. Ensuite, le den­tiste ne s’occupe que des pro­cé­dures médi­cales à pro­pre­ment par­ler – pour tout ce qui est net­toyage et entre­tien des dents, les infir­mières s’occuperont de vous. Vous avez tou­jours la lampe dans la gueule, mais la petite étu­diante en den­tis­te­rie est quand même plus mignonne que le gros den­tiste barbu (non pas que ça aide beau­coup puisqu’elle va quand même vous char­cu­ter les gen­cives mais bon, on fait ce qu’on peut pour oublier). En plus, comme je le men­tion­nais pré­cé­dem­ment, les cli­niques den­taires semblent sou­vent avoir une télé­vi­sion au pla­fond ainsi que des écou­teurs sans fil, si jamais vous vou­lez vous chan­ger les idées pen­dant la séance de tor­ture (mais bon, en semaine, à 10h30, y’a pas grande chose d’autre à la télé que des trucs genre “Mai­tresses et patients”…). Ah là là, une télé­vi­sion au pla­fond, moi, ça me laisse rêveur pour notre chambre à cou­cher… mais ça serait beau­coup de bou­lot à ins­tal­ler, il fau­drait virer le miroir et toute la déco “peau de zèbre” alors bon, pfiou…

Ma femme me dit que son den­tiste en région pari­sienne avait aussi la TV, mais alors ça, c’est les pari­siens, ils se la pètent tout le temps… chez moi dans le Nord, on avait juste un mar­teau, une per­ceuse, et du ciment (j’exagère à peine).

Enfin bref, si c’est pas la pana­cée niveau méde­cine géné­rale à Van­cou­ver, on trouve par contre que les soins den­taires sont de meilleure qua­lité ici. Et non, c’est pas (seule­ment) à cause de l’infirmière!