11 avril 2010

Le retour des prix hors-taxe: l’explication chiante

Allez hop, vite: vous avez 15 dol­lars dans votre poche et vous voyez les affiches suivantes:

Plat du jour

Wrap

Chez qui vous allez manger?

Pour les expa­triés et les tou­ristes, l’une des pre­mières dif­fé­rences frap­pantes entre l’Amé­rique du Nord et l’Europe est l’affichage des prix. En effet, le Canada et les Etats-Unis font par­tie de cette mino­rité de pays cré­tins qui affichent leurs prix hors taxes, et de la moi­tié de pays intel­li­gents qui affichent leurs prix hors pour­boires… bref, vous allez payer sacré­ment plus que le prix affi­ché. On en avait déjà parlé lors d’une baisse des taxes il y a 2 ans, et si vous avez bien suivi, la réponse est “je vais chez le Pakis­ta­nais qui fait des wraps à $5.99 parce qu’avec $15 j’ai pas assez d’argent pour un repas à $15”. Par contre, ce dont on avait pas parlé, c’est de l’explication pour laquelle ça se passe comme ça…

La rai­son, supre­nante, de cet affi­chage qui ferait hur­ler les asso­cia­tions de consom­ma­teurs fran­çaises est simple: un mélange d’embroglio politico-administratif et de gou­ver­ne­ments sou­cieux de l’opinion publique.

Crepes japonaises

Avant 1991, il n’existait au Canada aucune taxe sur les ventes. La seule taxe exis­tante était une taxe fédé­rale rela­ti­ve­ment obs­cure, la FST (“taxe sur les ventes de pro­duc­teurs”). Le pro­blème de la FST était qu’elle ne s’appliquait qu’à une caté­go­rie rela­ti­ve­ment res­treinte de pro­duits, et seule­ment en amont dans la chaine de pro­duc­tion (elle était invi­sible aux consom­ma­teurs). Cela néces­si­tait donc beau­coup de pape­rasses jus­ti­fi­ca­tives entre pro­duc­teurs, et ren­dait cer­taines indus­tries cana­diennes peu com­pé­ti­tives à l’export. Aussi, son appli­ca­tion non-systématique défor­mait les marchés.

En 1991, par contre, un gou­ver­ne­ment conser­va­teur cen­triste (quoique légè­re­ment à droite sur les sujets éco­no­miques) se met à intro­duire un sytème de taxe sur la valeur ajou­tée sous la forme de la GST (“taxe sur les pro­duits et ser­vices”), fixée alors à 7%. Le sys­tème de taxe ajou­tée signi­fie, grosso-modo, que chaque maillon de la chaine de pro­duc­tion paie des taxes sur ses achats, puis fait payer des taxes sur ses ventes à ses clients, mais ne reverse que la dif­fé­rence (ou “valeur ajou­tée”) à l’état. Vu de loin, ce sys­tème res­semble à notre bien nom­mée TVA natio­nale. De toutes façons, vu de loin, pra­ti­que­ment toutes les taxes sur les ventes appli­quées dans le monde (sauf aux Etats-Unis parce que c’est des gros nazes) sont ins­pi­rées de la TVA fran­çaise, intro­duite en 1954 dans une ver­sion un peu plus réduite que celle qu’on connait main­te­nant (elle fut éten­due dans les années 60 par Valéry Gis­card d’Estaing). Encore une grande inven­tion fran­çaise, quoi… pas la peine de nous remer­cier, les gars.

Bref, rendez-vous compte que l’introduction d’une telle TVA au Canada est un évè­ne­ment rela­ti­ve­ment récent, et les gens qui se rap­pellent de “l’avant GST” sont nom­breux… vous pou­vez ima­gi­nez qu’à l’époque, ils n’étaient pas super contents, sur­tout qu’au même moment toutes les pro­vinces, sauf l’Alberta, décident éga­le­ment d’appliquer une taxe pro­vin­ciale, la PST (“taxe pro­vin­ciale sur les ventes”), avec des taux entre 6 et 12%. Les taxes totales sur les ventes sont donc une com­bi­nai­son de TVA fédé­rale (la GST) et de TVA pro­vin­ciale (la PST).

IMG_0983

Fai­sons main­te­nant une brève pause et remon­tons au 19ème siècle, lorsque l’Acte Consti­tu­tio­nel de 1867 fut signé. C’est un docu­ment extrê­me­ment impor­tant car il fait par­tie des quelques étapes qui uni­fièrent le Canada en un domi­nion fédé­ral avec le sys­tème poli­tique que l’on connait main­te­nant. Le pro­blème c’est que pour uni­fier des ter­ri­toires aussi immenses et éloi­gnés les uns des autres, il était impé­ra­tif de leur lais­ser un mini­mum d’autonomie. Un petit détail de cet acte consti­tu­tio­nel déclare ainsi (allez savoir pour­quoi) que chaque pro­vince déci­dera comme bon lui semble des lois gou­ver­nant le mar­ke­ting et l’affichage des prix. Par contre, et afin d’établir une cer­taine pro­tec­tion des citoyens contre le bon vou­loir des pro­vinces, une autre clause indique que seul le gou­ver­ne­ment fédé­ral peut mettre en place un quel­conque impôt indi­rect. Si une pro­vince décide d’inventer un nou­vel impôt, il sera obli­ga­toi­re­ment direct afin que les citoyens de cette pro­vince soient plei­ne­ment conscients de la situation.

Reve­nons main­te­nant en 1991. Le gou­ver­ne­ment fédé­ral vient d’introduire la GST avec, entre autres, le but de rendre les taxes plus “visibles” pour les consom­ma­teurs (par oppo­si­tion à la pré­cé­dente FST). Il sou­haite éga­le­ment rendre le mélange entre taxes fédé­rales et pro­vin­ciales plus simple, en encou­ra­geant les pro­vinces à adop­ter une taxe “har­mo­ni­sée” (HST) qui com­bi­ne­rait GST et PST… mais les pro­vinces ont d’autres idées en tête. Face à une opi­nion publique lar­ge­ment mécon­tente à l’idée d’une hausse des prix, elles pré­fèrent en mettre le plus pos­sible sur le dos d’Ottawa. Ainsi, lorsque le débat se pré­sente de déci­der s’il faut impo­ser un affi­chage TTC (“toutes taxes com­prises”), les pro­vinces choi­sissent d’éviter le sujet: toute cette his­toire de taxes est la faute du gou­ver­ne­ment fédé­ral, après tout, et ils veulent une taxe “visible”, qu’ils disent! De toutes façons, les pro­vinces n’ont consti­tu­tio­nel­le­ment pas le droit d’imposer un affi­chage des prix avec la PST com­prise car celle-ci devien­drait alors une taxe indi­recte (selon la défi­ni­tion cana­dienne du terme qui dit que la taxe est indi­recte si elle est, entre autres, “cachée” dans une autre tran­sac­tion finan­cière… on ne sait pas si le fait qu’elle soit indi­qué sur le reçu de caisse la rend ou non visible puisque la ques­tion n’a jamais été sérieu­se­ment étu­diée). Inver­se­ment, le gou­ver­ne­ment fédé­ral ne peut rien impo­ser aux pro­vinces sur ce sujet (à part peut être sur l’inclusion de la GST uni­que­ment), tou­jours à cause de la consti­tu­tion. Ils auraient pu en pro­fi­ter pour la chan­ger pour l’occasion, mais je sup­pose que ça aurait décu­plé la com­plexité d’une ini­tia­tive déjà pas super tri­viale à la base.

Du coup, on laisse le choix aux maga­sins d’adopter l’affichage qu’ils dési­rent… et par souci de com­pé­ti­ti­vité, tout le monde adopte rapi­de­ment l’affichage hors taxes (ça le fait mal d’afficher un pro­duit à $115 alors que le voi­sin l’affiche à $99, même si on met un gros pan­neau “les prix sont TTC !”).

Notez qu’il existe tout un tas d’exceptions: les pompes à essence, les tickets de cinéma ou de théâtre, les taxis, les parc-mètres et autres machines auto­ma­tiques, les télé­phones publics, cer­tains trucs comme les zoos et les parcs d’attraction, etc… tous font figu­rer des prix TTC (pro­ba­ble­ment parce que le gros de la clien­tèle est com­po­sée de tou­ristes qui sup­portent mal l’affichage hors taxes). Bref, bon­jour le bor­del pour le consom­ma­teur (mais moi j’m’en fous, j’suis riche donc je regarde pas ce que je paie).

Pour ter­mi­ner, voilà un petit résumé des évè­ne­ments rela­tifs à notre sujet depuis 1991:

  • Le parti conser­va­teur qui avait intro­duit la GST était à l’époque bien évi­dem­ment majo­ri­taire dans la Chambre des Com­munes, avec 169 sièges sur 295. Pen­dant les élec­tions de 1993, ils se font détruire par les élec­teurs et se retrouvent avec seule­ment 2 sièges, au pro­fit des libé­raux de Jean Chré­tien. Ouaip. Deux sièges. Avoir intro­duit la GST de manière aussi visible était donc un bon sui­cide poli­tique. Des gens (dont beau­coup de conser­va­teurs même) pensent que ça se serait beau­coup mieux passé s’ils avaient réussi à impo­ser des affi­chages de prix TTC sur le plan fédé­ral, limi­tant ainsi la “mémoire” des cana­diens sur le chan­ge­ment des prix à la caisse. Notez qu’on trouve encore de nos jours des gens qui râlent en récla­mant le retrait de la GST… un peu comme les gens qui réclament le retrait de l’euro en Europe, quoi, mais avec 10 ans de plus et une che­mise à carreaux.
  • En 1992, le Qué­bec intro­duit la QST (“taxe qué­bé­coise sur les ventes”) comme alter­na­tive aux PSTs des autres pro­vinces (parce que le Qué­bec fait jamais comme les autres). Son fonc­tion­ne­ment en rap­port à la GST est proche de la taxe har­mo­ni­sée (HST) vou­lue à l’origine par le gou­ver­ne­ment fédé­ral, mais elle est admi­nis­trée par Revenu Qué­bec (le fisc local), et n’apporte pas vrai­ment d’amélioration sur le plan admi­nis­tra­tif des entre­prises aux autres sys­tèmes PST/GST.
  • En 1997, une réelle HST est mise en place en Nou­velle Ecosse, Nou­veau Bruns­wick, et Terre-Neuve (qui veulent qu’on les appelle “Terre-Neuve-et-Labrador” mais on a pas que ça à foutre). Appa­rem­ment, l’accord entre ces pro­vinces et le gou­ver­ne­ment fédé­ral incluait à l’origine des condi­tions sur l’affichage de prix TTC sur cer­tains pro­duits et ser­vices, mais ces clauses ont été com­bat­tues féro­ce­ment par les entre­prises natio­nales, pas très chaudes à l’idée de devoir main­te­nir deux affi­chages de prix dif­fé­rents dans leurs maga­sins, cata­logues, sites inter­net, etc., en fonc­tion de la pro­vince concernée.
  • En 2006, puis en 2008, le gou­ver­ne­ment fédé­ral baisse la GST de 1% (elle est main­te­nant à 5%), prin­ci­pa­le­ment à cause de pro­messes élec­to­rales (comme quoi des fois les poli­ti­ciens les tiennent).
  • Au 1er juillet pro­chain, la Colom­bie Bri­tan­nique et l’Onta­rio vont éga­le­ment mettre en place la HST. L’Onta­rio aura exac­te­ment la même taxa­tion que les autres pro­vinces déjà sujettes à la HST, soit 13%. La Colom­bie Bri­tan­nique fait sa maline avec une HST de 12%, mais prin­ci­pa­le­ment parce que la PST y était jusqu’à main­te­nant 1% plus basse que chez ses copines… et comme l’introduction de la HST est déjà très impo­pu­laire, ça serait encore plus le bor­del si le gou­ver­ne­ment rajou­tait 1% en plus (on en repa­lera, de toutes façons, c’est le genre de bor­del poli­tique fédéral/provincial bien cana­dien qu’on ne connait pas en France, ça vous chan­gera du bou­clier fis­cal et des bur­kas). En tous cas, ça fout la pres­sion sur les quelques pro­vinces res­tantes qui n’ont pas encore har­mo­nisé leurs taxes…

Pfiou. Voilà, je crois que vous savez à peu près tout, main­te­nant (si j’ai dit une conne­rie, insul­tez moi en com­men­taire)… et s’il y a des futurs expa­triés parmi vous qui s’inquiètent, sachez que l’affichage des prix en maga­sin suit en géné­ral les autres bonnes pra­tiques fran­çaises, comme par exemple l’affichage du prix par unité de poids ou de volume afin de mieux com­pa­rer… et comme il n’y a aucune GST ou PST sur la plu­part des articles de votre panier de courses (nour­ri­ture, bois­sons non-alcoholisées, etc.), les prix affi­chés en super­mar­ché sont effec­ti­ve­ment ceux que vous paie­rez à la caisse.

IMG_5742

IMG_5743

Ca y est, tout le monde est endormi?

30 mars 2010

Le problème du croissant

Les bou­lan­ge­ries fran­çaises sont rela­ti­ve­ment cou­rantes à Van­cou­ver. Le pro­blème c’est que si la plu­part des vitrines, de loin, ont l’air fran­co­pho­ne­ment allé­chantes, quand on rentre dedans c’est une autre his­toire. A “La Bou­lan­ge­rie” on se fait ser­vir par une indienne bizarre, et à la “Baguet­te­rie Pari­sienne” il s’agit de deux japo­naises, par exemple. Bref, comme bien sou­vent en amé­rique du nord, on use et abuse de la France pour atti­rer sans honte et à grands coups de pho­tos de la Tour Eif­fel le client vers des pro­duits qu’on pro­met de qua­lité, mais qui sont en réa­lité bien moyens, voire pire. Alors oui, OK, la natio­na­lité des cais­sières n’a géné­ra­le­ment pas d’impact sur la qua­lité des pro­duits, mais quand même si je vais dans un res­tau­rant à sushis et que tout le monde a l’air pakis­ta­nais, j’ai des doutes. Les bonnes sur­prises sont rares.

Dans le cas des bou­lan­ge­ries fran­çaises d’ici, le bât blesse prin­ci­pa­le­ment au niveau des crois­sants. Les crois­sants à Van­cou­ver sont tout sim­ple­ment rare­ment bons. Ils sont tout secs, genre ils ont oublié de mettre le beurre (ce qui est un comble quand on fait des crois­sants au beurre). Ca doit être l’effet west-coast, c’est des crois­sants dié­té­tiques, peut-être. En tous cas, je sais pas vous, mais moi, si j’ai pas besoin de m’essuyer les mains après avoir mangé un crois­sant, c’est qu’il y a un pro­blème… le pain est vague­ment man­geable, mais vous vous en sor­ti­rez géné­ra­le­ment mieux (et pour moins cher) en allant dans d’autres bou­lan­ge­ries euro­péennes (prin­ci­pa­le­ment ita­liennes ou grecques… mais il faut aimer le pain ita­lien ou grec!), ou en allant dans celles qui ne se reven­diquent d’aucune natio­na­lité par­ti­cu­lière, genre Terra Breads (parce que c’est pas sous pré­texte qu’un pain n’est pas fait exac­te­ment à la fran­çaise qu’il n’est pas bon).

Terra Breads at Granville Market

On trouve aussi du bon pain dans les endroits les plus sur­pre­nants, mais le sujet a l’air plus dis­cu­table auprès des expa­triés van­cou­vé­rois (le pain de Costco, le pain de l’épicerie asia­tique de Stra­th­cona, etc…). Enfin le prin­ci­pal c’est que cha­cun trouve du pain qui lui plaise…

Terra Breads at Granville Market (close up)

…ce qui nous laisse quand même avec le pro­blème du croissant.

Eh bien la bonne nou­velle, pour les ama­teurs de vien­noi­se­ries de qua­lité, c’est qu’une vraie boulangerie/patisserie fran­çaise ouvre cette semaine! Avec des crois­sants blin­dés de beurre! (dont on me dit qu’il est néo-zélandais, d’ailleurs).

Croissants au beurre

Ca s’appelle “Baguette & Co”, c’est tenu par des amis, et ça ouvre le 1er avril à Kit­si­lano au milieu des bou­lan­ge­ries grecques de Greek­town. En bon busi­ness van­cou­vé­rois, B&C a sa page face­book avec toutes les infor­ma­tions néces­saires. La “french bakery with a twist” (c’est leur slo­gan) offrira même à ses sym­pa­thiques clients un espace avec tables et cana­pés pour dégus­ter ses pro­duits avec un petit café ou un thé… une expé­rience très Kits, quoi.

Patisseries francaises

Main­te­nant, on peut pas­ser au pro­blème sui­vant, celui du sirop de gre­na­dine, dont je soup­çonne qu’il sera poten­tiel­le­ment bien­tôt réglé… stay tuned.

Mise à Jour: la méga classe, William Gib­son aime les crois­sants de Baguette & Co, apparemment.

14 septembre 2009

Merci Liberation-BC

Si vous ne l’aviez pas déjà deviné depuis le temps, il faut savoir que Van­cou­ver, comme la plu­part des villes de la côte ouest, est pleine de végé­ta­riens défen­seurs de l’environnement et pro­tec­teurs des ani­maux qui font leur foo­ting tous les matins et conduisent des voi­tures hybrides en man­geant du tofu. Pour la ville d’où Green­peace est ori­gi­naire, dif­fi­cile d’imaginer autrement.

Il y a quelques temps, donc, un groupe de défense des ani­maux a dis­tri­bué ce genre de pros­pec­tus dans la rue:

foie_gras

Le titre signi­fie “Foie gras: com­bien de cruauté pouvez-vous ava­ler?”, et a pour but bien évi­dem­ment de vous dégoû­ter du foie-gras en vous expli­quant à quel point le pro­cédé de pro­duc­tion est affreux pour les oies et canards, pho­tos à l’appui. Moi ça m’a juste donné faim, mais bon, c’est ça les fran­çais. Bref, Liberation-BC, l’organisation res­pon­sable de cette cam­pagne de sen­si­bi­li­sa­tion, dénonce à la fois les pro­duc­teurs (la France, prin­ci­pal pro­duc­teur mon­dial, mais aussi la Hon­grie, le Canada, et les Etats-Unis), et les res­tau­rants et bou­tiques qui vendent du foie-gras dans leur menu ou leur éta­lages autour de Van­cou­ver.

Quel est le meilleur moyen de com­battre la consom­ma­tion de foie-gras? Un bon boy­cott des familles bien sûr! Et pour ce faire, Liberation-BC a le bon goût (ho ho ha ha) de vous don­ner la liste exhau­site de tous les com­merces dans les­quels vous pour­rez trou­ver du foie-gras! Super sympa, non? Parce qu’en plus, y’a plu­sieurs adresses qu’on connais­sait pas, nous.

Il fau­drait que je pense à aller les remer­cier un jour, quand même, mais je suis pas sûr qu’ils apprécient.

4 septembre 2009

La ligne du Canada

Canada Line

Parmi les nom­breux amé­na­ge­ments que nous amènent les imi­nents Jeux Olym­piques d’Hiver on trouve Canada Line, une nou­velle ligne de métro qui relie le centre-ville de Van­cou­ver à l’aéroport et à Rich­mond, en ban­lieue sud. Elle vient d’ouvrir mi-Août donc ça sent encore le neuf! Et pour une rai­son qui me dépasse, le pre­mier jour, il y avait des files d’attente pour mon­ter dans les rames! A croire qu’il y a rien de bien plus inté­res­sant à faire en été…

Tout comme les deux autres lignes, les rames sont cli­ma­ti­sées, auto­ma­tiques et sans chauf­feurs, et on peut faci­le­ment essayer de se sui­ci­der en sau­tant sur les voies depuis le quai (par contre le train arrive rela­ti­ve­ment len­te­ment donc je ne garan­tis pas le suc­cès de l’opération). Il y a quelques nou­veau­tés, par contre: des indi­ca­tions en temps réel du traf­fic dans les sta­tions, des rames conçues pour des voya­geurs encom­brés de nom­breux bag­gages, une cou­ver­ture réseau télé­pho­nique sur l’intégralité de la ligne pour que les hommes d’affaires impor­tants et les ado­les­centes éner­vantes puissent res­ter en com­mu­ni­ca­tion avec leurs potes, et des amé­na­ge­ments pour les vélos à la fois dans les sta­tions et dans les rames.

Si per­so­nel­le­ment je suis bien content de l’arrivée de cette nou­velle ligne, avec quelques sta­tions qui me ser­vi­ront bien, vous pou­vez bien vous dou­ter que sa construc­tion ne s’est pas dérou­lée sans protestations…

Déjà, n’importe quel pro­jet rela­tif de près ou de loin aux J.O. va atti­rer moultes détrac­teurs, et le dis­cours d’origine du conseil muni­ci­pal (“non non non, on vous assure, ça n’a rien à voir avec les jeux”) n’a sans doute pas arrangé les choses. C’est que Trans­Link, la com­pa­gnie de trans­ports publics locale, avait dans ses plans deux autres exten­sions, la Ever­green Line (pour des­ser­vir le “Tri­City Area” en ban­lieue est, main­te­nant pré­vue pour 2014), et une conti­nua­tion de la Mil­le­nium Line le long de Broad­way jusqu’à UBC (pré­vue d’ici 2020). Ces De nom­breuses per­sonnes pensent qu’il aurait été net­te­ment plus pro­duc­tif de construire l’une de ces 2 lignes en pre­mier, mais que la ligne en direc­tion de l’aéroport a été mise en avant dans l’espoir de faire plai­sir aux tou­ristes pen­dant la période des jeux. D’autres pensent que des inves­tis­se­ments dans le réseau de bus serait plus béné­fique. Cer­tains ont accusé Trans­Link d’avoir mani­pulé les pro­jec­tions d’usagers pour jus­ti­fier la construc­tion de la ligne, ou d’avoir mis en place des par­te­na­riats louches entre fonds publics et privés.

Le seg­ment de ligne le long de Cam­bie Street a été l’un des plus cri­ti­qués. Pen­dant la durée des tra­vaux, les plaintes de la part des habi­tants et des com­mer­çants ont été nom­breuses. Des bou­tiques et res­tau­rants ont mis la clé sous la porte en accu­sant les chan­tiers de construc­tion d’avoir tari leur clien­tèle, et ce mal­gré des cam­pagnes mar­ke­ting menées par Trans­Link pour pous­ser les gens à sou­te­nir leur quar­tier. Divers pro­cès ont été lan­cés, quelques-uns s’achevant avec une vic­toire de la part des com­mer­çants, et des larges sommes d’argent versées.

Et évi­dem­ment, les dépas­se­ments de coûts et l’impact de la ligne de métro sur les taxes locales ou les valeurs immo­bi­lières garan­tissent que la Canada Line sera le bouc émis­saire de bien des maux, à tort ou a rai­son, pen­dant quelques années. Si j’ai le temps et le cou­rage, je vous par­le­rai d’ailleurs de l’autre bonne source de cri­tiques, à savoir le Vil­lage Olym­pique, qui déchaine d’ailleurs encore plus les passions.

En tous cas, moi je m’en fous, main­te­nant je peux aller chez Best Buy et Cana­dian Tire en métro et ça c’est cool.

MàJ: notez que la branche du métro qui va à l’aéroport éco­pera d’une sur­taxe à par­tir, nor­ma­le­ment, de Jan­vier pro­chain. L’augmentation tari­faire devrait per­mettre à la fois à Trans­Link de rem­bour­ser ses dettes plus rapi­de­ment, mais aussi de cal­mer les autres com­pa­gnies de trans­ports (taxis, navettes, etc.) qui ne voient pas toute cette affaire d’un très bon oeil.

20 octobre 2008

Garage ou jardin

A ma connais­sance, il n’y a pas en amé­rique du nord de bra­de­ries comme on en trouve en France ou en Bel­gique. Le Qué­bec a bien la “Bra­de­rie de Mode Qué­be­coise”, mais, euh, c’est pas tout à fait la même chose…

La bra­de­rie la plus connue en France est la bra­de­rie de Lille, qui à une époque pas si loin­taine était un énorme évè­ne­ment où on pou­vait trou­ver sur les trot­toirs de la ville tout un tas de trucs et bidules sor­tis des gre­niers et caves de per­sonnes en tous genre. Main­te­nant, c’est sur­tout une excuse pour se bour­rer la gueule de bière et de moules-frites, les trot­toirs étant squat­tés par des ven­deurs ambu­lants sud-américains qui jouent en boucle des reprises de la lam­bada à l’oca­rina, et les rues blo­quées par des mil­lions de visi­teurs ayant vu “Bien­ve­nue chez les Ch’tis”… mais bon, c’est tou­jours aussi rigolo.

Je ne sais pas trop pour­quoi il n’y a pas de bra­de­ries simi­lai­re­ment orga­ni­sées en amé­rique du nord puisqu’après tout les trot­toirs y sont plus propres et beau­coup plus larges, mais ici ils pra­tiquent une variante qui est assez proche de cer­tains de nos vide-greniers. Ils appellent ça “yard sale” ou “garage sale” (“vente de jar­din” ou “vente de garage”, lit­té­ra­le­ment). Comme le nom l’indique, ça se passe dans le jar­din ou dans le garage d’un particulier.

Vente de garage, de jardin

Pen­dant l’été, on voit ainsi plein de pan­neaux en car­ton ou d’affiches faites à la main qui indiquent une vente en cours à proximité.

La grosse dif­fé­rence c’est qu’ils uti­lisent sou­vent le “honour sys­tem” (“système de l’honneur”), un sys­tème de fonc­tion­ne­ment qu’on retrouve un peu par­tout dans les socié­tés anglo-saxonnes. Avec ce sys­tème, le pro­prié­taire laisse toutes ses affaires devant chez lui, ajoute quelques infor­ma­tions de prix, et place un récep­tacle quelque part pour que les ache­teurs de pas­sage puissent lais­ser leur argent. Ainsi, si vous n’avez pas besoin de mar­chan­der un prix, vous n’avez pas à attendre que le ven­deur revienne…

Si vous êtes cho­qués par ce type de sys­tème, vous deman­dant comme ça peut bien mar­cher en pra­tique, bravo, vous êtes français.

Un autre endroit typique où vous pou­vez retrou­ver le sys­tème de l’honneur est votre lieu de tra­vail. A mon bou­lot, les crois­sants, barres cho­co­la­tées, soupes ins­tan­ta­nées et autres petits snacks sont en libre accès. Une grille de prix est affi­chée sur un mur et un petit panier est placé en dessous.

J’espère que votre maman vous a bien éle­vés. Sinon, pas de pro­blème: “je suis fran­çais” est une excuse en soi.

1 septembre 2008

La cour de la nourriture

En tant que fran­çais, on le sait bien, un repas est un évè­ne­ment hau­te­ment social. Le pro­blème, c’est qu’avant de choi­sir où aller man­ger, il faut que tout le monde se mette d’accord sur le type de nour­ri­ture… et là, c’est le drame. Sur­tout quand on est sur la côte ouest où les végé­ta­riens sont légion.

Le food court vient au secours des groupes en détresse, à condi­tion de bien vou­loir sacri­fier un peu sur la qua­lité de la nourriture.

Food Court

Un food court, c’est un endroit où tout un tas de ser­vices de res­tau­ra­tion rapide sont regrou­pés autour d’une “cour” où les gens peuvent man­ger ensemble, indé­pen­dam­ment du comp­toir où ils ont acheté leur déjeuner…

Mais laissez-moi tout d’abord faire une petite digres­sion sur la res­tau­ra­tion rapide, ou fast food, en amé­rique du nord.

Le pro­blème du terme “fast food” est qu’il a non seule­ment une conno­ta­tion extrê­me­ment péjo­ra­tive en France, mais est en plus bien sou­vent syno­nyme avec ham­bur­gers, voire même car­ré­ment McDonald’s. Cer­tains asso­cient à ce terme tous les bons vieux débats sur la “mal­bouffe”, l’invasion du mode vie amé­ri­cain, et les gros mous­ta­chus qui démontent des bâti­ments avec leurs potes.

A la base, le fast food est sim­ple­ment un res­tau­rant dans lequel vous allez com­man­der votre repas au comp­toir, contrai­re­ment à s’assoir à une table et attendre qu’un ser­veur daigne venir s’occuper de vous. Une autre pro­priété cou­rante est la pos­si­bi­lité de prendre votre nour­ri­ture à empor­ter, plu­tôt que de la man­ger sur place.

Enfin, étant donné le nom, il est bien évident que le fast food est censé vous déli­vrer de la nour­ri­ture rapi­de­ment, ce qui exclut toute cui­sine néces­si­tant plus de 10 minutes de cuis­son. Cela ne veut pas dire, par contre, que la nour­ri­ture est for­cé­ment pré­pa­rée à l’avance et vous est ser­vie réchauf­fée (comme c’est sou­vent le cas chez Mc Do ou Quick). Cela veut juste dire qu’il faut que le plat soit prêt rapi­de­ment. Cer­taines chaînes comme Fat­bur­ger (enfin un resto pas hypo­crite) ou Vera’s Bur­ger Shack vous cui­ront votre bur­ger à la demande, sur mesure.

Bref, le fast food en soi n’est qu’un cer­tain type de ser­vice qui se dif­fé­ren­tie du res­tau­rant “clas­sique” de la même façon qu’un pub se dif­fé­ren­tie d’un bar. On peut qua­li­fier de fast food n’importe quel ven­deur de kebab, de pizza, ou de sand­wich, ainsi que les café­te­rias diverses et variées.

Bref, reve­nons à notre food court.

Dans un food court, tous les fast foods sont réunis autour d’une zone où de nom­breuses tables et chaises sont dis­po­nibles. Cha­cun va cher­cher la nour­ri­ture qui lui convient, et tout le monde se réunit ensuite pour man­ger ensemble.

Les types de nour­ri­ture dis­po­nibles sont plus ou moins variés en fonc­tion de la taille du food court, mais on y trouve sou­vent les mêmes incon­tour­nables comme des bur­gers, des sushis, des plats thai­lan­dais ou viet­na­miens (dont de la cuis­son au wok), des salades (ce qui inclut les salades de fruits éga­le­ment), des piz­zas, des donairs, des kebabs, des souv­la­kis, des sand­wichs, etc.

Géné­ra­le­ment, la qua­lité de la nour­ri­ture est en des­sous de ce qu’on peut trou­ver dans un “véri­table” res­tau­rant du même type, mais comme je le disais au début, on va au food court quand on a un temps de déjeu­ner limité, quand on arrive pas à se mettre d’accord avec ses com­pa­gnons, ou quand on a tout sim­ple­ment aucune autre idée. Et puis des fois on trouve des trucs très bien, comme par exemple un stand qui sert d’authentiques et excel­lentes crêpes bre­tonnes au food court du Har­bour Centre (dites bon­jour au chef de ma part).

Allez, je vais me prendre une salade au tofu, moi… (okay, pas crédible).

24 août 2008

La ville ville dans la cité ville urbaine, encore

Au tout début de ce blog, j’avais parlé de Metro­po­lis at Metro­town, le 2ème plus grand centre com­mer­cial du Canada, et pro­ba­ble­ment celui avec le nom le plus stu­pi­de­ment redon­dant du monde. Par contre, a l’époque, je n’avais pas fait de pho­tos… j’ai rec­ti­fié ce manque lors d’une balade récente à Bur­naby

Metrotown (1)

Comme je le disais déjà la pre­mière fois, Metro­town, c’est super grand. Sérieux, il vaut mieux mettre des chaus­sures confor­tables pour s’y bala­der parce que ça peut durer long­temps. Pra­ti­que­ment 200km2 sur 4 niveaux.

Metrotown (2)

Notez au pas­sage le texte de pré­sen­ta­tion de leur site offi­ciel:

With 450 stores, Metro­po­lis at Metro­town is Bri­tish Columbia’s lar­gest shop­ping centre. Mil­lions of indi­vi­dual shop­pers find what they’re loo­king for and have a great time doing it. It’s a des­ti­na­tion in itself with must-see attrac­tions like one-of-a-kind events, world-class res­tau­rants and theatres, not to men­tion great shop­ping.

Ce qui donne, pour les anglophobes:

Avec 450 bou­tiques, la Ville-Ville dans la Cité Ville Urbaine est le plus grand centre com­mer­cial de Colom­bie Bri­tan­nique. Des mil­lions de pigeons vic­times de la publi­cité trouvent tout un tas de conne­ries à ache­ter et trouvent ça super amu­sant. C’est une des­ti­na­tion en elle-même, avec des attrac­tions à ne sur­tout pas rater comme des évè­ne­ments uniques, des res­tau­rants de renom­mée mon­diale et des ciné­mas, sans oublier du maga­si­nage1 de qualité.

Ouais… genre… “une des­ti­na­tion en elle-même”… des “res­tau­rants de renommé mon­diale”… Ah ça, ici, on aime se la péter.

Dans mon poste ori­gi­nal, je men­tion­nais aussi que je com­pre­nais mieux pour­quoi les ado­les­cents en manque d’activités pou­vaient en amé­rique du nord aller glan­der dans les centre com­mer­ciaux (on voit sou­vent ça dans les séries à 2 balles). C’est parce qu’il y a moultes cana­pés et fau­teuils, cafés et bars, et autres ser­vices et ins­tal­la­tions cru­ciales à une bonne glande pro­lon­gée. Voyez par vous-mêmes…

Metrotown (3)

Pour­quoi ces jeunes là ne vont-ils pas fumer des pétards sur la plage comme tout le monde, ça me dépasse…

Metrotown (4)

Enfin bref, voilà, main­te­nant vous voyez à quoi ça res­semble… et… euh… ça res­semble à un centre com­mer­cial, quoi. Dingue, non? Entre les dif­fé­rences cultu­relles hal­lu­ci­nantes et le dépay­se­ment total, j’espère que ce blog vous fait rêver, dites moi.

1 Terme qué­be­cois offi­ciel pour tra­duire “shop­ping”.

14 août 2008

Juste histoire que vous soyez au courant…

Elo­die a fait men­tion de l’anecdote récem­ment et ça m’a rap­pellé que je n’ai pas parlé de ce “petit détail” sur les lois locales…

Lors du der­nier pic-nic de blog­gueurs fran­co­phones van­cou­ve­rois, on avait ça:

Hors-la-loi

A un moment, deux poli­ciers en quad qui patrouillaient la plage s’arrêtent à côté de nous. Tout le monde se regarde un peu gêné, atten­dant de voir ce que les poli­ciers vont dire. Fina­le­ment, l’un d’eux nous lance: “bon, les gars, juste his­toire que vous soyez au cou­rant, ça, c’est illé­gal ici”, en agi­tant son bras vague­ment en direc­tion des bou­teilles de vin. Tout le monde pense “ouais, on sait”, mais per­sonne ne dit rien. Deux secondes plus tard, les poli­ciers repar­taient vers de nou­velles aven­tures en direc­tion du soleil cou­chant (oui, l’uniforme, ça me fait de l’effet).

Parce que oui, boire de l’alcool en public est illé­gal ici.

J’entends déjà les grands cris hor­ri­fiés de l’assistance, mais je vous arrête tout de suite: moi, je m’en fous, je ne bois pas d’alcool (j’aime pas le goût… l’une des seules fois où j’ai bu de l’alcool c’était au Car­na­val de Qué­bec parce qu’il fai­sait super trop froid sa mère en calice).

Bref, pour reve­nir à nos mou­tons bour­rés à la bière, il est illé­gal de consom­mer des bois­sons alcoo­li­sées en public sauf dans les endroits qui ont une exemp­tion, comme par exemple les concerts en plein air, les fêtes foraines, les fêtes de quar­tier, etc. De plus, vous ne pou­vez pas ache­ter d’alcool là où vous faites vos courses. En effet, l’alcool s’achète ici dans des bou­tiques spé­cia­li­sées et agréées, les “Liquor Stores1, dont les affaires sont sur­veillées par le gou­ver­ne­ment pro­vin­cial (prin­ci­pa­le­ment le fait de ne vendre que de l’alcool d’origine contrô­lée… votre petit alcool de bois fait mai­son devra donc res­ter dans le cercle fami­lial, et le cercle d’amis, et le cercle de gens qui vous contactent par SMS ou via Inter­net et à qui vous refi­lez des bou­teilles en cachette dans le parc…).

Tout ça, c’est bien, ça apprend la vie aux jeunes, qui doivent trou­ver moultes astuces pour échap­per à la police, comme par exemple enter­rer les canettes de bière dans le sable lorsqu’ils vont boire sur la plage le soir. Oh, et l’âge légal mini­mum pour boire au Canada est 19 ans sauf en Alberta, Mani­toba et Qué­bec où c’est 18 ans. Je vous laisse ima­gi­ner les virées d’adolescents entre pro­vinces, ainsi que les virées d’américains mon­tant au Canada à la recherche de bière facile (l’âge légal dans l’état de Washing­ton est 21 ans!). Tout un sys­tème pour échap­per au sys­tème. C’est beau la jeunesse.

image

Pour ce qui est de l’alcool au volant, c’est 0.5g en France, mais 0.8g au Canada (ce qui cor­res­pond à notre “état aggravé d’ébriété”). Je suis divisé entre pen­ser que ça signi­fie que les fran­çais ne sont fina­le­ment pas de si gros alco­los que ça, ou, au contraire, que si, en fait.

Si vous vou­lez plus de détails crous­tillants sur les lois locales, vous pou­vez aller sur le site du gou­ver­ne­ment pro­vin­cial. Vous appren­drez par exemple qu’il est inter­dit de mon­trer, dans une publi­cité pour de l’alcool, un mec bourré qui dit que l’alcool c’est génial et que les enfants doivent en boire. Oua­houh, dingue.

Pour reve­nir à l’anecdote, mes connais­sances cana­diennes me disent que la police a pour habi­tude de vider ou de confis­quer l’alcool et par­fois d’obliger les gens à se dis­per­ser, à moins que quelqu’un dans le tas com­mence à faire son malin, auquel cas il peut se retrou­ver au poste pour la nuit. Dans notre cas, par contre, on a juste eu un aver­tis­se­ment rapide… Je sais pas si c’était le fait de tous par­ler en fran­çais ou le fait qu’on avait des bou­teilles de vin plu­tôt que des sales can­nettes de bière à 2 balles qui a mis les poli­ciers dans une humeur coulante…

…ou alors c’est juste qu’ils ont été impres­sion­nés par l’abominable cli­ché qu’on repré­sen­tait, avec notre fro­mage qui pue, notre vin rouge, notre sau­cis­son et notre pain, sans comp­ter les gugusses en train de chan­ter la Mar­seillaise pour Radio Canada (ecou­tez la 2ème par­tie de l’émission du 14 juillet 2008).

Mau­dits français…

1 Le Canada n’est pas le seul pays à limi­ter la vente d’alcohol à des maga­sins spé­cia­li­sés (les détails varient entre pro­vinces, en plus). Les Etats-Unis le font aussi ainsi que, par exemple, l’Aus­tra­lie, la Nouvelle-Zelande, la Fin­lande, le Dan­mark, la Suède ou la Nor­vège. Dans cer­tains endroits il s’agit d’obtenir une acré­di­ta­tion, alors que dans d’autres une société ou asso­cia­tion (sou­vent gou­ver­ne­men­tale) pos­sède le mono­pole de dis­tri­bu­tion… reste plus qu’à faire pareil avec les autres drogues pour dou­bler le bud­get national!

25 mai 2008

La semaine où Vancouver devient civilisée

Dingue.

Cette semaine ont ouvert, à quelques jours d’intervalle, un maga­sin H&M et un maga­sin Apple. L’un à côté de l’autre, en plus. Tous deux au Paci­fic Centre Mall, en centre ville.

A ma gauche, les filles et petits minets poussent des cris en sau­tillant, mais atten­dront pro­ba­ble­ment les soldes avant d’y aller.

A ma droite, les affi­cio­na­dos d’iPods et de fri­gos ont fait la queue toute la mati­née pour avoir un t-shirt gra­tuit avec tout achat de plus de 12000$.

Dingue, je vous dis. La chose la plus incroyable qui se passe à Van­cou­ver depuis que Syl­ves­ter Stal­lone a tourné Rambo.

A ce train là, on va peut être com­men­cer à avoir autre chose à faire que de juste glan­der sur la plage à fumer des ciga­rettes qui font rigo­ler.

23 février 2008

Loonie Tunes

Les anglo-saxons ont une tra­di­tion étrange: ils donnent des petits noms à leurs pièces de mon­naie. Les mau­vaises langues vont dire que c’est à cause des amé­ri­cains qui sont si amou­reux de leur argent, mais la pra­tique vient en fait d’Angle­terre, et remonte à assez loin.

Quand on habite dans un pays anglo-saxon, il est bon de connaître au moins vague­ment le nom des pièces de mon­naie car les com­mer­çants locaux vont sou­vent vous par­ler en ces termes (“vous n’avez pas un quar­ter pour arron­dir?”), plu­tôt qu’en termes de valeurs (“vous n’auriez pas 25 cen­times pour arron­dir?”). Voilà donc un petit guide illus­tré qui vous per­met­tra de ne pas pas­ser pour un tou­riste idiot à la caisse.

Canadian Loonie

La pièce la plus com­mune, et la plus connue, est le “loo­nie”, la pièce de 1 dol­lar. Elle tient son nom de l’oiseau repré­senté sur une des 2 faces, un Grand Plon­geur du Nord (Gavia Immer de son nom scien­ti­fique), et plus com­mu­né­ment appellé “Com­mon Loon”. On voit cet oiseau tout le temps dans le coin. C’est aussi un jeu de mots puisque “loo­ney” en anglais désigne une per­sonne men­ta­le­ment défi­ciente, ou plus géné­ra­le­ment quelque chose de com­plè­te­ment lou­foque. Encore une preuve que les cana­diens ne se prennent pas vrai­ment au sérieux, et une occa­sion de plus pour nos voi­sins du sud de se moquer…

Notez que le terme “loo­nie” est réel­le­ment ins­ti­tu­tion­nel, à tel point que les jour­naux éco­no­miques font état du “cours du loo­nie” pour dési­gner la valeur cou­rante du dol­lar canadien.

Les fran­çais cana­diens par­le­ront de “piastres” (pro­non­cez “piasses”), même si le terme fran­co­phone offi­ciel est le “huard”.

Canadian Toonie

De manière peu sur­pre­nante, la pièce de 2 dol­lars est appel­lée le “too­nie”, soit une fusion de “two” (“deux”) et “loo­nie”. On peut aussi appré­cier la réfé­rence aux “toons” (dimi­nu­tif de “car­toons”, soit “des­sin ani­més”, et prin­ci­pa­le­ment uti­lisé pour dési­gner un per­son­nage issu de ce médium), qui était déjà pré­sente avec le “loo­nie”, via les “loo­ney tunesqu’on ne pré­sente plus. Le terme “too­nie” est tou­te­fois très rare­ment utilisé.

Canadian Quarter

La pièce de 25 cen­times de dol­lar est appel­lée le “quar­ter”, ce qui est, vous avoue­rez, assez convenu étant donné sa valeur.

Les fran­çais cana­diens ne doivent pas savoir comp­ter puisqu’il parait qu’ils appellent cette pièce “trente sous” (pour des rai­sons his­to­riques, soit)… mais je ne me sou­viens pas avoir entendu ça du temps ou on était à Mont­réal, donc je doute que ça soit vrai­ment uti­lisé. Les lec­teurs rési­dant au Qué­bec pour­ront confir­mer ou infir­mer tout ça dans les commentaires…

Canadian Dime

La pièce de 10 cen­times de dol­lar est appellé “dime”. Et per­son­nel­le­ment, je trouve que le fait qu’elle soit plus petite que la pièce de 5 cen­times est très décon­cer­tant, sur­tout au début. De toutes façons, seule la taille des pièces per­met de dif­fé­ren­cier le quar­ter, le dime et le nickel dans le porte-monnaie, ce qui est moins effi­cace que les pièces d’euro, qui uti­lisent aussi dif­fé­rentes épais­seurs et dif­fé­rentes tex­tures de tranche.

Canadian Nickel

La pièce de 5 cen­times de dol­lar est appellé “nickel”, mais il n’y a presque plus de nickel dedans depuis le début du siècle1.

Canadian Penny

Enfin, la pièce de 1 cen­time de dol­lar est appel­lée “penny”.

Notez que les termes “quar­ter”, “dime”, “nickel” ou “penny” se retrouvent dans la plu­part des pays anglo­phones, de l’Angle­terre à l’Aus­tra­lie en pas­sant par l’Amérique du Nord.

Main­te­nant, avant qu’on me pose la ques­tion, non, à ma connais­sance, les billets n’ont pas de petit nom. Par contre, il existe des termes comme “grand”, qui désigne un mul­tiple de 1000. Ainsi, si vous ache­tez 2kgs de cocaïne, ou louez les ser­vices de 3 pros­ti­tuées de luxe pour la soi­rée, vous devrez ali­gner 12 grands, soit 12000 dol­lars. Enfin non pas que j’y connaisse quoique ce soit en drogue ou en pros­ti­tuées, hein, c’était juste un exemple comme ça. Sur­tout qu’en plus, y’a tou­jours un gars qui vient vous tabas­ser à la fin de la soi­rée pour vous deman­der le double, juste comme ça, parce qu’il est méchant… alors bon, franchement…

Voilà, vous êtes main­te­nant parés pour faire l’appoint!

1 Le 21ème. Vous savez? Celui dans lequel on est maintenant?