26 janvier 2010

Pour les pigeons

Le down­town east­side, qu’on trouve dans la par­tie est du centre ville, est de loin le quar­tier le plus démuni de Van­cou­ver. Il est aussi l’un des quar­tiers les plus polé­miques avec l’arrivée immi­nente des jeux olym­piques… mais la mai­rie vient de faire taire (au moins tem­po­rai­re­ment) cer­taines mau­vaises langues en bou­clant les tra­vaux de Pigeon Park, une petite place tri­an­gu­laire sur Car­rall et Has­tings.

Pigeon Park (1)

Cette place était jusque récem­ment prin­ci­pa­le­ment occu­pée par des four­nis­seurs et consom­ma­teurs de drogues dures, et les bancs squat­tés par des sans-abris. Il n’était pas inha­bi­tuel de trou­ver des seringues usées ou des excré­ments humains par terre. Le pro­blème c’est qu’à un pâté de mai­son de là on trouve Gas­town, avec ses bars hup­pés et ses vieux immeubles indus­triels trans­for­més en lofts bobos, et Chi­na­town, avec ses jar­dins, ses mar­chés, et son fes­ti­val du nou­vel an qui tom­bera pile pen­dant les J.O. Et des tou­ristes qui, en se trom­pant de rue, peuvent tom­ber sur des dro­gués et des odeurs de caca, ça fait pas super classe.

Pigeon Park (2)

Lorsque la muni­ci­pa­lité avait annoncé le pro­jet de revi­ta­li­sa­tion du down­town east­side il y a 3 ans, des gens avaient pré­dit que cer­tains tra­vaux trai­ne­raient en lon­gueur his­toire de gar­der les “indé­si­rables” en dehors des zones tou­ris­tiques. Mais au bout du compte, c’est la muni­ci­pa­lité qui a eu le der­nier mot… et si la théo­rie de la vitre bri­sée est un mini­mum vraie, ça pour­rait être le début d’une réha­bi­li­ta­tion pour un quar­tier mal­heu­reu­se­ment bien connu.

En retour­nant dans le down­town east­side avec mon appa­reil photo, j’ai pu encore une fois consta­ter que ses habi­tants sont pour­tant sym­pa­thiques et prompts à enga­ger la conver­sa­tion. Vous obtien­drez par exemple bien sou­vent des recom­men­da­tions de pho­tos ou de balades. J’en pro­fite d’ailleurs pour vous racon­ter cette ren­contre que j’ai eu l’année der­nière avec un barbu du quartier:

Le barbu

J’avais dis­cuté avec lui pen­dant une bonne demi-heure de pho­to­gra­phie, d’architecture et de sculp­ture. Il avait suivi, disait-il, les cours de l’Uni­ver­sité Emily Carr en art et design, mais avait ensuite enchainté les pro­blèmes… il ne s’est pas attardé sur le sujet mais avait men­tionné de rôle de la drogue, et un acci­dent qui l’a privé de sa main gauche, rem­pla­cée par un cro­chet méca­nique. Il sem­blait tou­te­fois tou­jours motivé par toute forme de créa­tion artis­tique. Après m’avoir indi­qué des endroits inté­res­sants à prendre en photo, il m’a confié qu’il abor­dait par­fois des pho­to­graphes ama­teurs pour leur deman­der de prendre une photo spé­ci­fique. Il m’avait ainsi raconté, le sou­rire aux lèvres, com­ment il avait repéré une fois un man­ne­quin dans une vitrine de maga­sin récem­ment aban­donné. Il man­quait une main au man­ne­quin. Il avait donc convaincu un pas­sant de le suivre, s’était glissé dans la vitrine à côté du man­ne­quin, enle­vant son cro­chet et pre­nant la même pose. Il aurait aimé voir la photo finale mais est sim­ple­ment content d’avoir eu l’idée.

Le truc con c’est que j’ai oublié de lui deman­der son nom.

Une réponse à “Pour les pigeons”

  1. Sylvain dit :

    Belle his­toire. Tu vas etre oblige de retour­ner le voir pour lui don­ner la photo !

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