20 novembre 2007

Vancouver, son accueuil chaleureux, sa nourriture saine…

En ce moment, vous enten­dez peut-être par­ler de Van­cou­ver et de la Colom­bie Bri­tan­nique un peu plus que d’habitude dans les jour­naux papiers, télé­vi­suels ou inter­nau­tiques. C’est vrai­ment super puisque ça risque de se tra­duire en une aug­men­ta­tion de l’afflux tou­ris­tique pro­vin­cial… car les attraits du “plus bel endroit du monde” sont indéniables:

1) On a des pro­fes­seurs d’anglais pédo­philes. Certes, celui-là exer­çait en Thaï­lande, mais il vient de Maple Ridge. Il avait posté des pho­tos de ses exploits sur inter­net, pen­sant qu’un petit tour­billon pour cacher son visage suf­fi­rait à gar­der l’anonymat. Mais c’était sans comp­ter sur la magie de la tech­no­lo­gie moderne, l’acharnement d’Inter­pol, et la par­ti­ci­pa­tion de tout plein de gens à tra­vers le monde pour l’identifier.

2) On a des tueurs en série. En ce moment se déroule le pro­cès du (s’il est déclaré cou­pable) plus pro­li­fique de toute1 l’histoire du Canada. Mal­gré un nombre estimé de 26 vic­times (toutes des femmes, et toutes des pros­ti­tuées ou des consom­ma­trices de drogue issues du Down­town East­side), le pro­cès en cours se concentre sur les 6 pre­miers meurtres, de manière à rendre le tout plus gérable (mais ça durera quand même une bonne année). Il y aura ensuite d’autres pro­cès pour les 20 autres meurtres, voire plus puisque Robert William Pick­ton aurait avoué à un poli­cier se fai­sant pas­ser pour son com­pa­gnon de cel­lule qu’il a en fait égorgé 49 femmes.

Là où ça devient crous­tillant2, c’est qu’il aurait pré­ten­du­ment donné les cadavres à man­ger aux cochons de la ferme qu’il pos­sède avec son frère et sa soeur. Heu­reu­se­ment, tout ça ne s’est pas retrouvé dans le com­merce, mais les voi­sins et la famille à qui il don­nait régu­liè­re­ment du jam­bon et du sau­cis­son fait mai­son doivent être végé­ta­riens depuis peu.

3) Enfin, et pro­ba­ble­ment le plus média­tisé du moment (à confir­mer par toi, cher public, dans les com­men­taires), on a des poli­ciers qui tuent des gens avec des tasers dans les salles d’attente d’aéroports. Ca n’est pas la pre­mière fois qu’une per­sonne meurt des suites d’un choc élec­trique4 nor­ma­le­ment conçu pour être non-léthifère, mais tout un tas de choses en font la goutte d’eau qui fait débor­der le vase.

Déjà, la scène d’intervention poli­cière a été fil­mée par un témoin. La vidéo fut tout d’abord confis­quée par la police et pla­cée avec les autres pièces du dos­sier, mais après une pour­suite judi­ciaire enga­gée et gagnée par le témoin en ques­tion, elle a été res­ti­tuée et pos­tée sur You­Tube. Dif­fi­cile de déduire grand chose de cette vidéo (sauf pour ceux qui ont déjà leur conclu­sions toutes faites), mais elle a au moins per­mis de “cor­ri­ger” les “erreurs” dans le pre­mier com­mu­ni­qué de presse du RCMP (Royal Cana­dian Moun­ted Police, ou, donc, la police mon­tée cana­dienne, sur­nommé “moun­ties” ici).

Ce qu’on ne voit pas sur la vidéo c’est bien sûr le contexte de l’affaire. Pour vous résu­mer ça gros­siè­re­ment (avec donc toutes les approxi­ma­tions qui vont avec), on sait que Robert Dzie­kanski, un immi­gré polo­nais de 40 ans et sosie de Eduardo Pisani, venait en Colom­bie Bri­tan­nique pour vivre avec sa mère. Cette der­nière s’est gourré en lui disant d’attendre au niveau de la récu­pé­ra­tion des bag­gages, car, pour les vols inter­na­tio­naux, cette zone n’est pas acces­sible aux visi­teurs. Ne par­lant pas un mot d’anglais, il a donc poi­reauté comme un con pen­dant 10 heures sur place (oui, ça fait long). Après quelques heures, sa mère est ren­trée chez elle, pen­sant que son fils avait raté son avion. Robert, lui, a com­mencé à s’agiter au bout d’un moment. Dif­fi­cile de dire ce qui s’est vrai­ment passé, mais il parait clair qu’il a fait fuir le per­son­nel des douanes, pro­ba­ble­ment lorsqu’il a com­mencé à bou­ger des meubles et balan­cer des chaises par terre pour ouvrir la porte don­nant sur la salle d’attente publique. Per­sonne n’a pu com­mu­ni­quer avec lui (per­sonne n’a même peut-être essayé), et la police a fina­le­ment été appel­lée. Entre deux (ver­sion offi­cielle) et quatre (pour cer­tains témoins) coups de taser plus tard, Robert est par terre, mort d’un arrêt cardiaque.

Evi­dem­ment, les doigts sont poin­tés vive­ment un peu par­tout. Aux 4 inter­ve­nants moun­ties tout d’abord5, qui auraient mieux dû gérer l’incident sans avoir recours tout de suite aux tasers, sur­tout que la plu­part des témoi­gnages men­tionnent que la vic­time s’était cal­mée à la vue des poli­ciers. Au RCMP ensuite, qui a essayé d’embrouiller le public en alté­rant sub­ti­le­ment les faits. A l’aéroport, dont les camé­ras de sécu­rité auraient dû per­mettre de voir qu’un gars poi­reau­tait depuis 10 heures à côté des carou­sels. Au per­son­nel de l’aéroport, qui aurait dû pou­voir com­mu­ni­quer avec le voya­geur. Aux gardes de sécu­rité qui auraient pu s’occuper du pro­blème en pre­mier, aux tech­ni­ciens de sur­face qui auraient du mieux net­toyer par terre, aux fabri­quants de meubles, qui ne fabriquent pas des meubles faci­le­ment empi­lables, et j’en passe… Et avec une moyenne de 4 morts par taser par an au Canada, les asso­cia­tions telles qu’Amnesty Inter­na­tio­nal réitèrent leur appel à la sus­pen­sion de l’utilisation des tasers, au moins jusqu’à ce que la qua­lité de l’équipement soit control­lée et que les agents soient cor­rec­te­ment entrai­nés à les utiliser.

C’est un inci­dent vrai­ment énorme ici, et cer­tains parlent de “honte sur le pays”. Sur­tout qu’à peine une semaine après, c’est le Qué­bec qui en remet une couche avec une autre vic­time de taser poli­cier à Mont­réal. J’ai comme l’impression que les fabri­quants de tasers vont perdre pas mal de contrats juteux avec le gou­ver­ne­ment, sauf lob­bying effi­cace ou dés­in­té­res­se­ment du public pour cause de divorce entre Tom et Katie ou autre évè­ne­ment impor­tant du même genre.

Bref, voilà. J’espère que je vous ai donné envie de nous rendre visite à Van­cou­ver! L’accueil y est cha­le­reux, la nour­ri­ture est saine… n’oubliez pas non plus de prendre un bon imper­méable et des chaus­sures de rechange parce qu’il pleut tout le temps au début de l’hiver. Et un bon livre, aussi, parce que rappellez-vous qu’il n’y a rien à faire, ici.

1 Oui oui, le siècle et demi entier.

2 C’est un jeu de mots de mau­vais goût3, vous allez com­prendre juste après.

3 Et ça aussi c’est un autre jeu de mots mal­sain. J’ai mangé du clown, ce matin, moi.

4 D’ailleurs, vous connais­sez la dif­fé­rence entre Claude Fran­çois et Ayr­ton Senna? Claude était meilleur conducteur…

5 Et non, au risque de cas­ser les cli­chés habi­tuels, ils n’ont pas néces­sai­re­ment le cha­peau et l’uniforme rouge, ou même un éta­lon entre les jambes (insé­rer ici blague gau­loise).

3 réponses à “Vancouver, son accueuil chaleureux, sa nourriture saine…”

  1. Delph dit :

    Quoi Tom et Katie divorcent?!
    Nan plus sérieu­se­ment, cette his­toire est effec­ti­ve­ment arri­vée en France mais vu l’agitation du moment ça n’a pas fait le poids… J’avais lu ça sur un autre blog il y a quelque jour et c’est mar­rant de voir les dif­fé­rences de ver­sion (genre 10h à poi­reau­ter contre 7h dan sl’autre article). Cela dit ceci s’explique sûre­ment pas les com­plé­ments d’enquête au fil des jours…
    Puisque c’est ça je ne retour­ne­rai pas à Van­cou­ver de sitôt!

  2. Etienne dit :

    Comme dit Delph plus haut: Ah? Katie et Tom divorcent?

    Sinon:
    - Che­rie, defais les bagages, on ne part plus chez Ludo, c’est pas la peine!

    Plus serieu­se­ment, ici (Malai­sie) nous n’en avons abso­lu­ment pas entendu par­ler. Ce qui est a moi­tie eton­nant pour un pays qui montre une sacree vio­lence a la TV alors qu’ils inter­disent (i.e. cen­surent) le moindre bai­ser chaste entre deux per­sonnes non mariees…

    C’est clair que l’histoire du Polo­nais est affli­geante… Mais l’homme est ainsi fait, et on parle plus sou­vent de la brutalite/gaffe des flics plu­tot que ce qu’ils font bien.

  3. Anonymous dit :

    Ces poli­ciers cana­diens ne sont que de petits joueurs : en France, le pres­tige de l’uniforme per­met aux poli­ciers de cau­ser les mêmes dom­mages sans dégai­ner le moindre taser. Ils leur suf­fit de son­ner à la porte des sans papiers pour que ces der­niers se jettent avec femme et enfants par les fenêtres. Cette année la dis­tri­bu­tion du calen­drier pour les bonnes oeuvres de la police est d’ailleurs par­ti­cu­liè­re­ment redou­tée. On peut s’étonner de l’irresponsabilité cri­mi­nelle des pou­voirs publics qui per­mettent tou­jours aux poli­ciers de se pro­me­ner dans les rues en uni­forme. Il suf­fi­rait de leur impo­ser un tutu ou une tenue rouge avec un cha­peau qui fait rire pour que ce genre de drames n’arrivent pas… mais du coups il fau­drait leur filer des tasers…
    A+
    Phi­lippe

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