12 novembre 2007

Malédiction ou bonbon

Bon, on me l’a réclamé plu­sieurs fois donc je me bouge un peu les fesses, mais pas trop vite comme vous pou­vez le consta­ter… mon article sur Hal­lo­ween arrive donc lar­ge­ment après que tout le monde ait fini ses sucre­ries, rangé son cos­tume, et com­mencé à réfle­chir à sa lettre pour le Père Noël.

Hal­lo­ween, ici, on plai­sante pas avec ça. Pra­ti­que­ment la moi­tié des maga­sins, res­tau­rants et autres affichent des déco­ra­tions de sai­son une semaine avant la date fati­dique. Ca laisse per­plexe quand on va louer une voi­ture et qu’on voit des sque­lettes atta­chés au mur der­rière le comp­toir… Les bons fran­çais réac­tion­naires vont pro­ba­ble­ment sou­pi­rer et secouer la tête, mau­gréant qu’une fête com­mer­ciale et com­mer­cia­li­sée de ce genre, typi­que­ment amé­ri­caine, est sur­tout une bonne occa­sion de res­ter chez soi à lire du Houel­le­becq en signe de rébel­lion. Ces gens là seraient à mon avis tota­le­ment à côté de la plaque. Hal­lo­ween est quand même vache­ment plus rigo­lote et moins com­mer­ciale que, disons, Noël, la Saint-Valentin, ou même la Fête des Mères1. Et puis la fête n’est même pas d’origine amé­ri­caine mais bien euro­péenne (prin­ci­pa­le­ment irlan­daise et écos­saise), et sa forme moderne n’est que le résul­tat d’une lente évo­lu­tion des tra­di­tions des 2 siècles derniers.

Le 31 octobre, ça com­mence avec la plu­part des entre­prises qui ferment en milieu d’après-midi (15h pour la mienne). Tous les gens avec enfants rentrent chez eux pour pré­pa­rer les cos­tumes de leurs bam­bins. Les autres rentrent pour pré­pa­rer leurs propres cos­tumes, ou pour au moins tra­vailler à vider et sculp­ter une citrouille (le fameux “Jack-o’-lantern”), que ce soit pour la mettre devant chez eux ou pour par­ti­ci­per à l’un des nom­breux concours de vigueur (donc cer­tains sont pro­po­sés par votre propre entre­prise). Et ceux qui détestent Hal­lo­ween, les enfants, les citrouilles, ou tout sim­ple­ment la terre entière, rentrent chez eux pour cui­si­ner des tartes à l’arsenic et mettre des lames de rasoir dans des barres cho­co­la­tées. Mal­heu­reu­se­ment pour eux, les auto­ri­tés ont pro­cédé pen­dant les jours pré­cé­dents à un mar­te­lage média­tique à base de “n’acceptez rien d’un étran­ger qui ne soit pas sous embal­lage d’origine”. Ca empêche de décou­vrir que la vieille dame au bout de la rue fait de suc­cu­lentes Tro­pé­ziennes, mais que vou­lez vous… “Have a fun and safe Hal­lo­ween!”, comme ils disent.

Barbecue et partouze

Ensuite, il s’agit de savoir quoi faire pen­dant la nuit où les esprits enva­hissent le monde des vivants. On peut évi­dem­ment res­ter à la mai­son pour dis­tri­buer des frian­dises à des gamins sur­vol­tés et, pour cer­tains, rela­ti­ve­ment dubi­ta­tifs quant à la via­bi­lité com­mer­ciale d’un évè­ne­ment où on reçoit des sucre­ries tota­le­ment gra­tui­te­ment et sans aucune contre-partie. On peut aussi faire du porte à porte soi-même, mais m’est avis qu’un grand gars basané de 29 balais déguisé en Bat­man aurait du mal à récol­ter beau­coup plus que des regards inquiets. La der­nière option, donc, et non des moindres, est de pro­fi­ter du nombre effa­rant d’attractions ouvertes pen­dant les quelques jours pré­cé­dant Hal­lo­ween.

Fumer est mauvais pour la santé

Evi­dem­ment, les mai­sons han­tées en tout genre sont les plus cou­rantes, et sont dis­sé­mi­nées un peu par­tout de Sur­rey à North Van­cou­ver avec des prix allant de la gra­tuité à quelques dol­lars, en pas­sant par des dons de nour­ri­ture pour des oeuvres cari­ta­tives. Les trains fan­tômes sont en 2ème posi­tion, mais mal­heu­reu­se­ment, celui du Stan­ley Park a été annulé cette année à cause de la grève des employés muni­ci­paux (les salauds). Après, y’a les moins cou­rants mais non moins popu­laires pirates (arrrh!), qui avaient eu peu avant leur fête annuelle du “Talk like a pirate day”. Et puis il y a les cen­taines de soi­rées Hal­lo­ween dans les divers bars et clubs bran­chés de la métro­pole. Mais l’un des évè­ne­ments les plus connus est sans doute le Play­land Fright Night.

Votre âme m'appartient désormais

Play­land, vous vous en rap­pel­lez sans doute, c’est le parc d’attractions de Van­cou­ver. Pour Hal­lo­ween, ils redé­corent tout le parc avec moultes acces­soires effrayants, et mettent en place des attrac­tions inédites (prin­ci­pa­le­ment, comme vous pou­vez vous en dou­ter, des mai­sons han­tées). Avec de la fumée par­tout, des lumières inquié­tantes, des sor­cières sur des bûchers, des gens déca­pi­tés, des sque­lettes, des zom­bies, et Lara Fabian en concert2, l’ambiance y est. Mais c’est sur­tout le nombre de per­sonnes qui viennent dégui­sées qui est incroyable. Cer­tains jouent le jeu jusqu’au bout, et arrivent à mettre la panique dans les files d’attente pen­dant quelques secondes grâce à un jeu d’acteur bien pré­paré et des acces­soires effi­caces (men­tion spé­ciale au “zom­bie tueur à la pelle”). Bref, c’est ben l’fun.

Mais le mieux, à Hal­lo­ween, c’est le len­de­main. Parce que tout le monde a des restes de bon­bons et les ramène au bou­lot… Raaah, don­nez moi tout ce qui est aci­dulé! Raaah!

1 C’est mon avis, et je le partage.

2 Non, je déconne, il s’agit de faire peur pour rigo­ler. Il s’agit pas de pro­vo­quer des crises car­diaques pour de vrai, non plus.

  • Ano­ny­mous

    Raaaaahhh des bom­becs aci­du­lés ! j’en veux !
    Bel article qui me rapelle mon pre­mier hal­lo­ween à NY, en rési­dence U, alors que c’était une fête incon­nue en France. On frappe à la porte de ma chambre, j’ouvre. Un gorille… gigan­tesque !! j’ai bondi en arrière, hurlé, me suis cognée la tête. Son­née. L’étais tout confus, le grand amer­loc.
    Mais fina­le­ment… j’ai passé une très bonne soi­rée ;-)
    he he he.
    Have fun !
    et merci encore pour ce ton si perso, très vivant et juste assez piquant !
    Bri­git

  • Ludo­vic

    Merci Bri­gitte!

    Pour ceux qui lisent les com­men­taires, hop, vous pou­vez aller voir les pho­tos de la soi­ree Hal­lo­ween de ma bou­tique de BDs (qui est dans notre quar­tier)… y’en a qui se font chier pour les cos­tumes quand meme…