1 août 2007

Le jeu des différences pas importantes: vocabulaire et mentalité

Il existe 2 termes anglais qui n’ont pas, à ma connais­sance, d’équivalence en fran­çais: jay­wal­king et lit­te­ring. Leur absence dans la langue de Racine1 est pour moi assez révé­la­trice de la men­ta­lité française.

To Jay­walk, c’est le verbe décri­vant l’action de tra­ver­ser en dehors des pas­sages pié­tons, ou lorsque le feu est rouge. Là où en France la plu­part des gens (moi y com­pris) se conten­te­ront de regar­der dis­trai­te­ment à droite (peut-être à gauche s’ils sont par­ti­cu­liè­re­ment pru­dents ce jour là) pour tra­ver­ser une rue, indé­pen­dem­ment de la pré­sence de pein­ture blanche au sol ou de la cou­leur cou­rante du petit bon­homme (dans les cas où il y en a un à proxi­mité), à Van­cou­ver, on res­pecte scru­pu­leu­se­ment le code de la route. Notez le “scru­pu­leu­se­ment”. On peut même rem­pla­cer “scru­pu­leu­se­ment” par “extrê­me­ment stu­pi­de­ment”, si vous vou­lez vrai­ment savoir. Donc oui, ça veut dire que si vous êtes sur une rue déserte, avec 3km de chaque côté sans une voi­ture en vue, 90% des gens atten­dront quand même que le petit bon­homme passe au vert (enfin au blanc, ici). Et dans les 90%, vous pou­vez comp­ter Laure, ma chère com­pagne, qui a le don de me for­cer à res­pec­ter les lois. Appa­rem­ment, c’est net­te­ment moins extrême dans le reste du Canada, mais on notera quand même que le cana­dien moyen est un peu moins témé­raire que le fran­çais moyen sur le sujet.

To lit­ter, c’est le verbe décri­vant l’action de lais­ser ses détri­tus par terre. Ainsi, lorsqu’un fran­çais quitte la plage et laisse des canettes de bière, des embal­lages plas­tiques et des crottes de chien sur le sable, on ne sait pas trop com­ment décrire ça à part en disant, assez géné­ra­le­ment, qu’il salit la plage. Quand un cana­dien fait pareil, par contre, hop, il lit­ter. On ne peut nier que cette avan­cée lin­guis­tique ful­gu­rante est remar­qua­ble­ment pra­tique. Mais sinon, oui, les rues, les parcs et les plages de Van­cou­ver sont pra­ti­que­ment imma­cu­lées, que ce soit par leur absence de détri­tus, ou par leur absence de déjec­tions canines.

Que peut-on donc conclure de tout ceci? Eh bien outre le fait que les fran­çais sont des bar­bares qui tra­versent n’importe où et n’importe quand tout en balan­çant leurs salo­pe­ries par terre, on peut en conclure que les pas­sages pié­tons en France sont fina­le­ment assez propres. C’est pas fabu­leux ça, hein? Vive la France!

1 Bah oui, merde, y’a pas que Molière qui parle fran­çais, bor­del de chiotte.

8 réponses à “Le jeu des différences pas importantes: vocabulaire et mentalité”

  1. Futur Papa dit :

    Ces mots existent en fran­cais :
    Lit­ter : déchet­ter.
    Jay­wal­king : jeanmarcher.

    On te par­donne, ca fait long­temps que t’as quitte notre beau pays (ou il fait beau, tiens, pour une fois).

  2. Ludovic dit :

    Si le mot “déchet­ter” semble être uti­lisé de manière abu­sive sur inter­net alors que son exis­tence n’est agréée ni par le Centre Natio­nal des Resources Tex­tuelles et Lexi­cales, ni par l’Académie Fran­çaise, le mot “jean­mar­cher”, lui, com­plè­te­ment fic­tif et inusité, est tel­le­ment mignon qu’il méri­te­rait d’être ajouté offi­ciel­le­ment à la langue fran­çaise… jolie inven­tion :)

  3. Veronique dit :

    Pour le jay­wal­king, je me fais la même réflexion que toi tous les matins et soirs en allant au/sortant du bou­lot. Je suis la seule à regar­der, éva­luer et déci­der de tra­ver­ser quelle que soit la cou­leur du petit bon­homme. Les autres attendent sage­ment. Ils ont peut-être peur de se prendre une amende, cela dit.

  4. Colin dit :

    Cette des­crip­tion s’applique tout aussi bien à l’Allemagne! Ici, on se fait même engueu­ler quand on fait pas du vélo sur le bon trottoir!

  5. Etienne dit :

    Ah tiens, tout comme Col­lin. Avant la Malai­sie (pour les vacances ca doit etre un pays impecc je pense… Pour y vivre… euh… Joker), j’etais en Alle­magne (la en plus) et il n’etait pas rare de voir que j’etais le seul abruti (bah sans doute pour les autres j’etais/suis un abruti) a regar­der le petit bon­homme (rouge ou vert), puis a regar­der a droite et a gauche, puis a tra­ver­ser… Et je me suis fait engueu­ler plu­sieurs fois par des gens qui eux sont capables d’attendre 5 minutes, meme si il n’y a pas de voiture.

  6. Vince dit :

    J’adore ta conclu­sion: les pas­sages pié­tons fran­çais sont propres! Génial :-) C’est un début!

  7. […] France, le petit bon­homme qui indique quand on peut tra­ver­ser la rue (pour ceux qui le res­pectent) est rouge et vert, comme les feux de cir­cu­la­tion pour voi­tures (logique, quoi). A […]

  8. […] assumé parce qu’on uti­lise tel­le­ment peu de fil den­taire en France qu’on a même pas de verbe pour en dési­gner l’usage). Et juste après, on m’a dit “alongez-vous, pre­nez la télé­com­mande, l’infirmière […]

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