mercredi 4 juillet 2007

Pote lâche indien

Quand on s'embête le week-end, et qu'il n'y a pas de conneries assez connes à la télé, c'est l'occasion d'aller se cultiver la tronche dans un musée.

Le Musée d'Anthropologie est situé sur le campus de l'Université de British Columbia. Au passage, vous pourrez remarquer que les universités américaines sont peut-être plus chères que les universités françaises1, mais elles ne plaisantent pas sur la taille des installations. Le musée lui même est d'ailleurs hébergé dans un bâtiment fort joli.

Trois Trucs

Le musée se focalise sur les aborigènes, également appelés premières nations, également appelés amérindiens, également appelés gens qui étaient là les premiers mais qu'avaient que des sagaies moisies alors que nous on avait des gros trucs en métal qui font vachement mal.

Au bout d'une heure à tourner et à écouter la guide, je comprends maintenant pourquoi la plupart des européens rejetent bien souvent l'idée que l'Amérique a une histoire longue de plusieurs milliers d'années:

  1. C'est méga compliqué: y'a plein de petites tribus éparpillées un peu partout, et chacun a ses rites, ses légendes, et bien souvent sa langue. Ca me semble assez similaire aux nombreuses tribus africaines, à la différence près qu'ils étaient moins noirs, et disaient probablement "ah non, merde, pas encore" lorsqu'il pleuvait. Et contrairement à l'Afrique, depuis la fin du 18ème siècle l'Europe a plus des masses de raisons de s'intéresser de près à l'histoire de l'Amérique.
  2. On sait pas grand chose: ces petits malins d'aborigènes, ils faisaient pratiquement tout avec le bois des cèdres roux du coin. L'avantage, c'est que c'est un bois mou facile à sculpter. Le problème, c'est que c'est un bois mou facile à bousiller. Donc au bout d'un siècle, rien qu'avec la pluie, il reste plus grand chose du super totem que Jean-Paul il s'est fait chier à faire pendant 6 mois avec ses petits doigts boudinés.
  3. Ils savent pas grand chose non plus: les aborigènes transmettent le gros de leur savoir par le bouche à oreille, l'apprentissage, les histoires qu'ils se racontent au coin du feu, et les séries télévisées. L'avantage, ceci dit, c'est que leur société pouvait apparemment s'adapter extrêmement facilement aux changements, contrairement à d'autres qui devaient attendre que des gens à Rome changent des trucs dans des vieux bouquins poussiéreux en Latin. Le problème, c'est que certaines histoires appartenaient à une famille donnée, "gardienne" de l'histoire en question. Je vous laisse imaginer le nombre d'histoires perdues ou totalement déformées que ça donne. Finalement, quelques vieux bouquins poussiéreux, ç'eût été utile aussi.

Albator version aborigène

Enfin bref, je vais pas tout vous raconter non plus, je vous laisserai découvrir tout ça pendant votre visite. Sachez quand même que vous y apprendrez comment faire une boite avec un seul bout de bois et aucun clou. Vous comprendrez aussi au passage le jeu de mots pourri (et assez approximatif) du titre de ce billet.

L'exposition temporaire, pendant notre visite, concernait les masques Africains, et leur signification artistique et sociale. Très intéressante, mais malheureusement trop courte.

Masque africain

Mais le musée est en pleine expansion, et va doubler de taille au cours de l'année. On peut donc espérer plein de bonnes choses dans un futur proche.

Enfin, le clou du spectacle, c'est la très médiatisée sculpture du Corbeau et des Premiers Hommes, réalisée par Bill Reid. Je vous avais dit qu'on le recroiserait celui-là.

Le corbeau et les premiers hommes

La statue, réalisée d'un bloc, représente une scène issue d'une légende Haida (un des peuples aborigènes du coin) qui décrit comment les premiers hommes ont été découverts sur une plage de Colombie Britannique par le Corbeau, un dieu facécieux. Eh ouais, non seulement par ici on a inventé Greenpeace et Starbucks2, mais aussi carrément l'humanité. On fait pas les choses à moitié.

Bref, voilà. Maintenant qu'on s'est bien cultivés la tronche, on peut retourner se vautrer dans un train de vie de débauche grasse et commerciale typiquement américaine, un burger dans la main gauche, et la télécommande dans la main droite... ah merde, on a que du tofu et des frisbees. Saleté de côte ouest...

1 Le Canada est moins cher que les Etats-Unis, mais vous pouvez quand même compter dans les 7000$ (4800€) pour une année d'ingénierie appliquée à UBC. Evidemment, une comparaison aussi simpliste n'a aucun sens puisque les vies étudiantes américaine/canadienne et française n'ont pas grand chose à voir, et les programmes de bourses d'études sont bien plus développés ici, et tout ce sujet est bien plus compliqué que ça, mais ça vous donne un ordre d'idée quand même. Si vous voulez plus d'infos là-dessus, vous trouverez votre bonheur par ici.

2 Oui, bon, Starbucks ça vient de Seattle, normalement, mais du temps des premiers hommes, y'avait pas de frontières.

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