16 juillet 2007

Le jeu des différences pas importantes: comment se la péter sur les plaques d’immatriculation

Les plaques d’immatriculation cana­diennes font toutes figu­rer un petit slo­gan pro­vin­cial, écrit au des­sus ou en des­sous du numéro d’immatriculation de la voi­ture. Et parce qu’ici, on sait se la péter1, on a droit à “Beau­ti­ful Bri­tish Colum­bia” (“Magni­fique Bri­tish Colum­bia”). Mais c’est encore rien face au deuxième slo­gan du coin, visible sur le site du gou­ver­ne­ment pro­vin­cial: “The Best Place On Earth” (“Le Meilleur Endroit Au Monde”). Si vous êtes pas convain­cus, vous pou­vez tou­jours prendre une petite ciga­rette qui faire rigo­ler, ça vous per­met­tra de mieux vous rendre compte2.

Un détail inté­res­sant est la plaque qué­be­coise. Au moment où la grande majo­rité des pro­vinces com­men­çait à ajou­ter un slo­gan à leurs plaques (au début des années 60), le qué­bec optait pour “La Belle Pro­vince” (eux aussi ils savent se la péter). Mais ils changent d’avis en 78, suite à l’arrivée au pou­voir du Parti Qué­bé­cois3 (favo­rable à la sou­ve­rai­neté du Qué­bec, et donc une manière net­te­ment plus sérieuse de se la péter). Depuis, le slo­gan offi­ciel est l’énigmatique “Je me sou­viens”. Enig­ma­tique, donc, car per­sonne ne, euh, se sou­vient réel­le­ment de ce dont il faut se sou­ve­nir. Mince alors.

Du coup, tout le monde y va de sa petite inter­pré­ta­tion, allant des gen­tilles (“Je me sou­viens de mon héri­tage fran­çais”), aux un peu plus méchantes (“Je me sou­viens de ce que les anglais ont fait aux fran­çais ici”), voire aux car­ré­ment pas contentes du tout (“Je me sou­viens de ce que nous ont fait les fran­çais4). En pra­tique, il est pro­bable que le gars qui a écrit le slo­gan à l’origine l’ait sim­ple­ment repris de l’une de ces plus célèbres cita­tions: “Je me sou­viens que né sous le lys, je croîs sous la rose”, qui se réfère, res­pec­ti­ve­ment, aux emblêmes fran­çais et anglais de l’époque. Net­te­ment moins rigolo, mais ô com­bien plus consen­suel5.

Mais bon, nous on s’en fout de tout ça. Après tout, c’est loin, et on est trop occu­pés à faire des salo­pe­ries d’activités phy­siques dehors… parce que c’est joli, quand même, la Colom­bie Bri­tan­nique… Si si, même que c’est mar­qué sur les plaques d’immatriculation, donc c’est sûre­ment vrai…

1 Mais de manière cool, hein, parce que c’est la côte ouest, quand même.

2 Comme le disait un col­lègue, dans “Colom­bie Bri­tan­nique”, y’a “Colom­bie”, c’est pas pour rien.

3 Oui, le “P.Q.”. Dif­fi­cile de lire un article poli­tique sans rica­ner bêtement.

4 Dans la série “ça n’arrange pas l’image anglo-saxonne des fran­çais qui laissent tom­ber tout le monde à chaque guerre”, je vous pré­sente la Bataille des Plaines d’Abraham, où l’armée fran­çaise, après une escar­mouche contre l’armée anglaise, s’est bra­ve­ment reti­rée, lais­sant le Qué­bec (et tous les fran­çais y vivant) tom­ber sous le contrôle anglais. Bon, okay, ça c’est la ver­sion méchante. Dans la ver­sion gen­tille, on passe juste pour des demeu­rés qui, mal­gré une meilleure posi­tion stra­té­gique et plus de sol­dats, arrivent quand même à perdre. Ah non, merde, c’est méchant aussi ça. Euh, on va juste dire que les condi­tions pour une vic­toire n’étaient pas favorables.

5 Enfin on pour­rait tou­jours objec­ter qu’il y avait de la crois­sance éga­le­ment du temps où on contrô­lait la région, non mais.

5 réponses à “Le jeu des différences pas importantes: comment se la péter sur les plaques d’immatriculation”

  1. Etienne S. dit :

    Ah non, mais pas du tout. On n’a pas aban­donné le Que­bec (enfin pas moi, mais j’étais pas encore né) car nous n’avions pas le cou­rage, mais pour d’autres raisons.

    C’est clair que nous étions les plus fort. Mais il faut com­prendre, les Fran­çais en avaient marre de la pou­tine. Les Anglais le savaient, ils ont alors fait des frites. Les Fran­çais se sont alors reti­rés pour aller man­ger les frites (qui rappelons-le sont belges). Et c’est depuis cette triste his­toire qu’ont les appelles les French Fries.

    Et voilà, et en prime tu as l’histoire du pour­quoi on appelle les frites, les French Fries chez tes voi­sins du sud.

    (bon, et j’invente aussi des his­toires quand je veux… On va dire que c’est le soleil de Malai­sie hein…)

  2. Bertrand dit :

    Ah ouais, content que t’en parles, moi aussi ça me fas­cine. La liste com­plète des slo­gans des Sta­zu­nis se trouve ici:
    http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_U.S._state_slogans

    C’est le para­dis de l’euphémisme. Par exemple, mon Washing­ton y est “ever­green state”, ce qui est une jolie façon de dire qu’il pleut tout le temps. On trouve aussi “asshole of the world” pour l’Alabama. Nan, en fait cet article Wiki­pe­dia est sans doute un des meilleurs exemples de n’importe quoi pas véri­fié dont le site est capable. Il n’y en a sans doute pas un de vrai. Bref.

  3. Pierre dit :

    Oui… alors moi, si j’en crois la dis­cus­sion sur le sujet que j’ai eue avec des cana­diens des deux bords (pré­ci­sons qu’il s’agit de “bords” lin­guis­tiques et non pas de toute autre sorte de bord sur laquelle je n’ai pas l’information) lors d’une récente confé­rence pro­fes­sio­nelle de lob­byist (y a un mot qué­be­cois pour lob­byist?), la France n’aurait *pas vrai­ment* perdu la bataille des Plaines d’Abraham, mal­gré de trom­peuses apparences…

    M’enfin je dis ça je dis rien! ;)

  4. Ludovic dit :

    Ah, euh, oui, ha haaa, on s’est “reti­rés comme des princes”, en fait.

    Par contre, le slo­gan de l’Alabama, je le trouve pas, même en regar­dant les der­nieres ver­sions dans l’historique de l’article…

  5. Ludovic dit :

    …et tiens, par contre, le “ever­green state” n’apparait même pas, alors que c’est pour­tant bien le slo­gan de Washing­ton: http://www.15q.net/wa.html

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